‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 21 sur 33 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

telle que Font exposée les Pères des premiers siècles, et principalement Clément d'Alexandrie et saint Augustin. Les rapports nombreux et bien constatés qui existent entre la théologie alexandrine et le dogme chrétien, expliquent les analogies frappantes de Malebranche avec Plotin et son école ; et plus Malebranche est fidèle aux vérités de la foi et s'efforce de les accorder avec son rationalisme, plus il se rapproche des alexandrins. Peuton s'en étonner, puisqu'il a, voulu comme eux confondre la philosophie avec la théologie, sinon dans leur méthode, du moins dans tous leurs résultats importants, et qu'il considérait cette même Trinité, à laquelle la foi l'obligeait de croire, comme une doctrine philosophique avouée par la raison, et même comme le principe et la source de toute philosophie et de toute lumière? Sans parler des alexandrins du iv** et du v** siècle, venus après les conciles généraux de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse, de Chalcédoine, et chez les quels par conséquent le plagiat et l'imitation du dogme chrétien se supposerait tout naturellement, s'il n'était pas évident à d'autres titres, Bayle avait sous la main une matière plus ample pour ses comparaisons avec Malebranche, dans le livre Des Mystères^ attribué par Proclus à lamblique, et qui, s'il n'est pas de lui, est du moins l'ouvrage d'un de ses contemporains et l'exposition* d'une doctrine avouée dans l'école. Là on démontre que nous ne connaissons pas Dieu par le raisonnement ou à

INTRODUCTION. XXXY

Faide du syllogisme, mais que la connaissance de Dieu est innée en nous, Ïjx^utoç Y^Satç, et tient intimement à notre essence * ; que dans de certains mo. ments, grâce à des pratiques religieuses, ou à une grande perfection philosophique, nous entrons en communion avec Tlntelligence éternelle, sans toutefois nous identifier avec elle comme dans réVcoatç, et connaissons ainsi directement et avec une plénitude que nos facultés propres ne sauraient atteindre la nature des choses sensibles, que nous contemplons alors, non en elles-mêmes, mais dans leurs idées, où elles nous apparaissent simultanément avec leurs causes et leurs effets, parce que ponr rintelligence éternelle il n'y a ni passé ni futur ^. N'est-ce pas là une doctrine plus voisine de la vision en Dieu que saint Augustin ? Le même livre Des Mystères enseigne encore que la grâce, ^ SoVtç Twv ôewv, qui nous est nécessaire pour accomplir notre salut, suivant l'expression fréquemment employée par Porphyre dans son ouvrage Sur V Abstinence^ ne peut être obtenue par des moyens naturels ® ; que la prière ou révocation n'agissent pas directement sur Dieu, car il n'y a pas d'action du fini sur l'infini ; mais que la grâce de Dieu, agissant suivant des lois générales et par une action et Une puissance infinie, tend totijours à se manifester partout où elle n'y rencontre pas d'obstacle, et

* be iiysieriis^ pretnière partie, ch. 3*

* De Mi/sieriiSf troisième partie^ ch; 3^ > De Mystertis, troisième partie, ch. 0*

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