XXX\1II INTRODUCTION
damnation éternelle pour effectuer le salut d'un grand nombre d*hommes, et se conformer ainsi à la Yolonté de Dieu, qui veut toujours le plus grand bien possible. L'adversaire le plus constant et le plus redoutable de Malebrancbe fut Ârnauld ; la discussion entre eux ne se maintint pas longtemps dans les bornes d'une polémique purement philosophique. Arnauld était dans Tapogée de sa gloire et de son talent ; Malebrancbe, plus jeune et n'ayant encore, au commencement de la querelle, d'autre titre que la publication récente de la Recherche de la Vérité^ avait un esprit intraitable, supportait difficilement la contradiction, s'irritait de la dialectique serrée qu'on employait contre lui, et se plaignait qu'Ârnauld ne l'entendît pas. « Et qui donc, mon père, lui disait Boileau, voulez-vous qui vous comprenne? » Le livre Des vraies et des fausses idées a raison sur presque tous les points contre la Recherclw de la Vérité; le point principal de la querelle était de nature à mettre les esprits positifs du côté d'Ârnauld, car il s'agissait de la vision en Dieu. Malebrancbe se plaignait d'être attaqué sur une question aussi métaphysique, entendue d'un si petit nombre de lecteurs. Ses réponses, ses dupliques avaient d'autant plus d'aigreur que les objections faisaient fortune. Sur la grâce, l'ortbodoxie était du côté d'Arnauld, et Bossuet l'excitait à ne pas ménager son antagoniste. Lui-même écrivait sur son. exemplaire de la Réponse de Malebrancbe ces mots devenus célèbres : Pulchra, nova, falsa.
IlSTRODUCTION. XXXIX
Cette Réponse fut imprimée en HoUaiide, parce qu'on n'avait point trouvé en France de censeur qui voulût l'approuver. La même chose avait failli arriver à la Recherche de la Vérité, à«»laquelle le docteur Pirôt refusa son approbation, et qui parut avec celle de Mézeray. Ainsi, malgré tous ses efforts, malgré saint Augustin dont il essayait de se couvrir, l'orthodoxie de Malebranche était au moins suspecte. Ses partisans, et il en avait beaucoup, même parmi les femmes, les Malebranchistes, comme on les appelait, ne trouvaient pas partout grande faveur ; et l'on connaît, par une récente publication de M. Cousin, les tribulations que causa au célèbre P. André, de la compagnie de Jésus, son attachement aux doctrines de la vision en Dieu et des causes occasionnelles. Pendant les discussions avec Arnauld, qui durèrent tant d'années, Bossuet fut sur le point d'entrer en lice, et Malebranche^ qu'il en menaçait, se contenta de lui répondre qu'il serait fier d'un tel adversaire. Bossuet s'abstint cependant, et il n'écrivit contre lui qu'une dissertation eu forme de lettre, où il le traite fort sévèrement. La lutte se prolongea même après la mort d'Arnaiild, qui était arrivée depuis cinq ans lorsque parut l'écrit Contre la prévention. Toutes les réponses de Malebranche, réunies en 4 vol. in-12, ont été publiées à Paris en 4709.
' Ses querelles avec Régis sur différents points de philosophie et de physique n'eurent jamais la même ihfiportance. Dans une discussion sur la