‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

grandeur de la lune, les commissaires de l'Académie des sciences lui donnèrent l'avantage. Il s'était occupé de diverses études qui lui méritèrent le titre de membre honoraire de l'Académie des sciences, qu'il reçut en 1699. Il écrivit des réflexions sur la promotion physique, contre Boursier ; un traité de la Communication du mouvement, divers petits écrits polémiques, et un nombre infini de lettres. On en a publié récemment de très-importantes , et on en retrouve encore tous les jours. On découvre dans toutes ces lettres la grande aversion de Malebranchepourla polémique; ce qui ne l'empêche pas d'être très-mordant , trèsimpérieux, et de se départir à. peine de sa grande confiance dans la supériorité de ses principes , en répondant aux adversaires les plus illustres, au nombre desquels il faut compter Leibnitz. Leibnitz, qui, l'ayant visité, avait enfin réussi à l'engager dans une discussion à laquelle il répugnait toujours, le combattit aussi par lettres, et en obtint des réponses que Malebrançhe écrivait malgré lui, assurant que toutes ces disputes, orales ou écrites, n'étaient que du temps perdu. Leibnitz, Locke ont laissé chacun un Examen de son système. Le P. Dutertrc a composé, en 4 vol., une réfutation de. Malebrançhe où il le considère successivement comnie cartésien, comme auteur d'un nouveau système et comme théologien. Mais il est parvenu seulement à montrerNqu'il ne l'entendait pas. Est-il besoin d'en dire autant di^^ journalistes de Trévoux

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et du P. Tourneinine, et surtout du P. Hardouin, qui démontr3 en 60 pages que Malebranche est un athée? Il est vrai qu'on avait porté la même accusation contre Descartes, et qu'on ne l'a pas épargnée à Leibnitz.

De toutes les critiques qu'on pouvait lui faire , il n'en était point de plus pénibles à ses yeux , ni de plus insupportables, que celles qui établissaient des analogies entre son système et celui de Spinosa, de ce misérable, de cet impie, comme il ne manque jamais de le nommer. Il y a quelque temps qu'on a retrouvé et publié toute une correspondance entre Malebranche et Dortous de Mairan, depuis secrétaire de l'Académie des sciences, et qui ne faisait encore que de sortir du collège. Mairan, qui vient de lire Spinosa, en a été frappé comme d'une révélation; il ne dissimule pas à Malebranche l'attrait qui l'emporte vers cette philosophie, et, dans les raisons qu'il en donne, les principes mêmes de la Recherche de la Vérité sont rapprochés de ceux de V Éthique avec une intelligence et une habileté qui auraient effrayé un esprit moins dogmatique que celui auquel cette argumentation s'adressait. Mairan, qui, si on l'ose dire, se montre supérieur à Malebranche dans cette discussion, se présente comme un disciple qui demande qu'on l'éclairé; mais la charité de Malebranche ne le porte pas à discuter sérieusement un système aussi abominable ; et il est plus disposé à prier Dieu pour ce jeune esprit qui se four\'oie , qu'à devenir

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la cause occasionnelle de sa guérison. Avait-il quelque conscience confuse des rapports de sa philosophie avec celle de Spinosa ? Ou cette profonde horreur venait-elle seulement de Texistence d'une analogie qui l'irritait contre Spinosa sans qu'il en reconnût le motif? a Quel monstre, Âriste, quelle épouvantable et ridicule chimère! dit-il dans le neuvième entretien; assurément, s'il y a des gens capables de se forger un Dieu sur une idée si monstrueuse, ou c'est qu'ils n'en veulent point avoir, ou bien ce sont des esprits nés pour chercher dans ridée du cercle toutes les propriétés des triangles. » Malebranche était accablé de lettres et de visites. Tous ses efforts pour s'y soustraire , sa brusquerie même n'y pouvaient rien. 11 en reçut d'illustres Jacques 11 voulut le voir; le prince de Condé l'attira à Chantilly. Lèibnitz et Berkeley le visitèrent. Au milieu de cet empressement, Malebranche^ toujours malade, regardait tout ce temps comme perdu ; il voulait philosopher, mais non discuter. La visite de Berkeley fut peut-être la cause déterminante de sa mort. L'illustre philosophe anglais ne parvint pas aisément jusqu'au malade. Forcé de le recevoir, Malebranche à son ordinaire ne témoigna aucun empressement, et la conversation fut loin d'être aimable. Ces deux esprits ne se convenaient pas. La discussion fut aigre, et amena, pour Malebranche, des accidents qui hâtèrent sa fin. Il mourut âgé de 77 ans *. Sa réputation, comme

» Le 13 oct. 1715.

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penseur et comme écrivain, ne pouvait diminuer ; mais il ne conserva pas d'influence comme chef d'école. L'Allemagne était alors toute à Leibnitz, l'Angleterre et la France appartenaient à Locke. Diderot disait de lui : « Une page de Locke contient plus de vérités que tous les volumes de Malebranche; mais une ligne de celui-ci montre plus de subtilité, d'imagination, de finesse et de génie peut-être, que tout le gros livre de Locke. » Ce jugement montre bien, non pas assurément ce qu'il faut penser de Malebranche, mais ce que pensait de lui la génération qui le suivit.

Un méchant vers de Faydit,

Lui qui voit tout en Dieu, n'y voit pas qu'il est fou^

eut une fortune immense. Il est si commode pour le vulgaire de se débarrasser ainsi du fardeau de l'admiration et d'avoir pitié des hommes de génie ! Ce fou de Malebranche est une de nos grandes gloires nationales ; ses Visions métaphysiques sont une école de sagesse et de profonde philosophie, et plaise à Dieu pour l'honneur de la philosophie et les progrès de l'esprit humain , qu'il nous puisse naître encore des rêveurs comme lui ! J. S.

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