IV INTRODUCTION
tence, et pour souveraine et unique autorité la clarté et l'évidence de ses conceptions, il ne fait que reconnaître sa route et s'y affermir. Une fois en possession de lui-même, il se définit une substance pensante ^ ; et comme il se sent contingent et limité, et qu'en même temps il a l'idée de l'infini, il en conclut hardiment que l'infini existe, marchant ainsi de la conséquence au principe, parce que, comme Malebranche le dira plus tard, en traduisant le système de son maître dans le sien, « rien de fini ne peut représenter Tinfini, et l'idée de Dieu est nécessairement Dieu lui-même *. » L'idée de la matière, c'est-à-dire, pour Descartes, d'une substance étendue, n'implique pas l'existence de la matière ; car il y a moins de perfection dans cette idée que dans l'esprit qui la conçoit ; mais elle se présente si natu* rellement à la pensée, elle se lie à tant de sentiments et de perceptions diverses, que Dieu qui a fait l'homme, et l'a créé avec cette idée de substance étendue dans des rapports si intimes et si fréquents, manquerait de véracité et ferait de nous le jouet d'une illusion fatale, si la matière n'existait pas 3, Ainsi se développe la pensée de Descartes : le doute méthodique est le commencement et la condition de sa philosophie ; l'évidence des conceptions en est la règle; l'existence du moi, comme sub-
1 « Il n*y a rien en nous que nous-devions attribuer à notre âme, sinon nos pensées. » Traité des Passions, 17. « Descartes, Méd.,Z; Principes ^ 18, 14, 20, 21. » Id., Méd., 6.