XIV INTRODUCTION
de la matière inefficace et par elle-même absolument invisible, ni de notre propre force, puisque, si nous leur donnions l'être, elles seraient à notre merci et nous pourrions les anéantir *.
Si la substance étendue n'a aucune puissance pour agir sur l'âme, ou pour exciter en elle des impressions et des idées, réciproquement l'âme n'a point d'efficace pour agir sur le corps ; et cela tient à la même cause, c'est-à-dire à la diflférence essentielle des deux substances. Malebranche, d'ailleurs, n'a aucune peine à montrer que la puissance humaine, si l'homme avait une puissance, serait parfaitement inutile, et que Dieu pourrait s'en passer. Que ne poussait-il plus loin sa démonstration, en prouvant que Dieu peut se passer de l'homme, et que, pour cette belle raison, l'homme hii-même n'existe pas ? Le monde, dit-il, est nécessaire ou ne l'est point, et, s'il ne l'est point, il dépend de Dieu. Il en dépend, non pas une première fois et à son commencement, car il en aurait dépendu et serait indépendant à l'heure qu'il est, ce qui ne se peut ; il en dépend dans son être et dans sa durée : Dieu est la cause qui le produit et, tout ensemble, la cause qui le con-
^ Ariiauld, enti^e autres accusations^ insista f'ortement sur ce que dans la doctrine de la vision en Dieu> voyant tout en DieU, nous y voyons aussi l'étendue i or* on ne peut voir en Dieu cô qui n'y est pas ; et d'aillôui's les idées de Dieu sont plus réelles en lui comnle archétypes, que leurs inlages ne le sont au dehors chacun selon son idée ou son espèce. Voyez à ce sujet Lettre 2, à M, Arnij n*> 11* Entr,f 1 et 8. « L'étendue intelligible qUe nous voyons dans la substance divine qui la renferme, n'est que cette même substance en tant que représentative des êtres matériels et participable par eux^ » Entri, 1, 6.
rWTRODUCTION. XV
serve. Conserver, qu'est-ce , sinon vouloir l'existence d'un être qui existait déjà ? Et qu'est-ce que créer, sinon vouloir l'existence d'un être qui n'existait point auparavant ? C'est donc par le même acte de la puissance divine que le monde est et qu'il dure : il est, il dure, par la volonté de Dieu, dont l'efficace est toute-puissante. Or, le monde serat-il tel que Dieu le veut, ou autrement? Evidemment tel que Dieu le veut, et parce qu'il le veut ainsi. Les modifications diverses du monde, et tous les mouvements qui s'y passent, existent donc en vertu de la volonté de Dieu, à moins qu'on ne dise, ou que quelque chose est indépendant de Dieu, ou que sa volonté n'est point efficace. La volonté humaine, qui s'ajoute à la volonté de Dieu, ne peut donc coopérer à la production de l'effet. Nous voulons, et Dieu produit. Notre volonté précède l'effet; la volonté de Dieu le cause. 11 n'y a qu'une cause et qu'une efficace *. L'homme voit tout en Dieu ; il fait tout par le secours de Dieu : de lui-même, il ne peut ni connaître le monde, ni agir sur lui. Et, sll y a une correspondance si parfaite entre nos volontés et les mouvements de la matière, entre les mouvements de la matière et nos conceptions, c'est que * Dieu est exact à mouvoir mon bras quand je désire qu'il soit mû, et à montrer le soleil plus petit à mesure qu'il disparaît à l'horizon.
Leibnitz, qui, aussi bien que Malebranche, niait
. 1 Cinquième Méd,, 6.