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assez grand pour lui faire perdre l'esprit pour toujours. Cc^i là la raison pour laquelle il vint au monde privé de sens. Voici celle pour laquelle il était rompu aux mêmes parties du corps que le criminel que sa mère avait vu mettre à mort.
A la vue de cette exécution si capable d'effrayer une femme , le cours violent des esprits animaux de la mère alla avec force de son cerveau vers tous les endroits de son corps qui répondaient à ceux du criminel < , et la même chose se passa dans Tenfant Mais, parce que les os de la mère étaient capables de résister à la violence de ces «prils, ils n*wi furent point blessés. Peut-être môme qu'elle ne ressentit pas la moindre douleur , ni le moindre frémissement dans les bras ni dans les jambes, lorsqu'on les rompait au criminel. Mais ce cours rapide des esprits fut capable d'entraîner les parties molles et tendres des os de l'enfant^ Car les os sont les dernières parties du corps qui se forment , et ils ont très-peu de consistance dans les enfants qui sont encore dans le sein de leur mère. Et il faut remarquer que si cette mère eût déterminé le mouvement de ces esprits vers quelque autre partie de son corps en se chatouillant avec force, son enfant n'aurait point eu les os rompus; mais la partie qui eût répondu à colle vers laquelle la mère aurait déterminé ces esprits eût été fort blessée , selon ce que j'ai déjà dit.
Les raisons de cet accident sont générales pour expliquer comment les femmes, qui voient durant leur grossesse des personnes marquées en certaines parties du visage , impriment à leurs enfants les mêmes marques, et dans les mêmes parties du corps; et l'on peut juger de là que c'est avec raison qu'on leur dit qu'elles se frottent à quelque partie cachée du corps , lorsqu'elles aperçoivent quelque chose qui les surprend , et qu'elles sont agitées de quelque passion violente , car cela peut faire que les marques se tracent plutôt sur ces parties cachées que sur le visage de leurs enfants.
Nous aurions souvent des exemples pareils à celui que nous venons de rapporter, si les enfants pouvaient vivre après avoir reçu do si grandes plaies; mais d'ordinaire ce sont des avortons. Car on peut dire que presque tous les enfants qui meurent dans le ventre do leurs mères , sans qu'elles soient malados , n'ont point d'autre cause de leur malheur que l'épouvante , quelque désir ardent , ou
' Scion la seconde suppo>Uiun.
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quelque autre passion violente de leurs mères. Voici un autre exemple assez particulier.
Il n'y a pas un an qu'une femme ayant considéré avec trop d'application le tableau de saint Pie, dont on célébrait la fête de la canonisation, accoucha d'un enfant qui ressemblait parfaitement à la représentation de ce saint. Il avait le visage d'un vieillard , autant qu'en est capable un enfant qui n'a point de barbe. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine , ses yeux tournés vers le ciel , et il avait très-peu de front , parce que l'image de ce saint, étant élevée vers la voûte de l'église en regardant le ciel, n'avait aussi presque point de front. Il avait une espèce de mitre renversée sur ses épaules, avec plusieurs marques rondes aux endroits où les mitres sont couvertes de pierreries. Enfm cet enfant ressemblait fort au tableau, sur lequel sa mère l'avait formé par la force de son imagination. C'est une chose que tout Paris a pu voir aussi bien que moi, parce qu*oa l'a conservé assez longtemps dans de l'esprit de vin.
Cet exemple a cela de particulier que ce ne fut pas la vue d'un homme vivant et agité de quelque passion qui émut les esprits et le sang de la mère pour produire un si étrange effet , mais seulement la vue d'un tableau : laquelle cependant fut fort sensible et accompagnée d'une grande émotion d'esprits, soit par l'ardeur et par l'application de la mère , soit par l'agitation que le bruit de la fête causait en elle.
Cette mère regardant donc avec application et avec émotion d'esr prits ce tableau , l'enfant , selon la première supposition , le voyait comme elle avec application et avec émotion d'esprits. La mère en étant vivement frappée l'imitait au moins dans la posture , selon la deuxième supposition ; car, son corps étant entièrement formé et les fibres de sa chair assez dures pour résister au cours des esprits, elle ne pouvait pas l'imiter ou se rendre semblable à lui en toutes choses. Mais les fibres de la chair de l'enfant étant extrêmement molles et par conséquent susceptibles de toutes sortes d'arrangements , le cours rapide des esprits produisit dans sa chair tout ce qui était nécessaire pour le rendre entièrement semblable à l'image qu'il voyait ; et l'imitation à laquelle les enfants sont les plus disposés fut presque aussi parfaite qu*elle le pouvait être. Mais celte imitation ayant donné au coryts de cet enfant une figure trop extraordinaire , elle lui causa la mort.
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Il y a bien d*autr66 exemples de la force de Timagination des mères dans les auteurs , et il n'y a rien de si bizarre dont elles n'ayortent quelquefois. Car non-seulement elles font des enfants difformes, mais encore des fruits dont elles ont souhaité de manger, des pommes , des poires , des grappes de raisin et (^'autres choses semblables. Les mères imaginant et désirant fortement de manger des poires par exemple, les enfants, si le fœtus est animé, les imagiDent et les désirent de même avec ardeur ; et ( que le fœtus soit ou ne soit pas animé ) le cours des esprits excité par Timage du froit désiré se répandant dans un petit corps fort capable de changer de figure à cause de sa mollesse, ces pauvres enfants deviennent ^mblables aux choses qu'ils souhaitent avec trop d'ardeur. Mais les mèr^ n'en souffrent point de mal, parce que leur corps n'est pas assez mou pour prendre la figure des corps qu'elles imaginent; ainsi elles ne peuvent pas les imiter ou se rendre entièrement semblables à elles.
Or il ne faut pas s'imaginer que cette correspondance que je viens d'expliquer, et qui est quelquefois cause de si grands désordres, soit une chose inutile ou mal ordonnée dans la nature. Au contraire elle semble très-utile à la propagation du corps humain ou à la formation du fœtus j et elle est absolument nécessaire à la transmission de certaines dispositions du cerveau qui doivent être différentes en différents temps et en différents pays; ♦car il est nécessaire, par exemple, que les agneaux aient dans de certains pays le cerveau tout à fait disposé à fuir les loups , à cause qu'il y en a beaucoup en ces lieux et qu'ils sont fort à craindre peureux.
Il est vrai que cette communication du cerveau de la mère avec celui de son enfant a quelquefois de mauvaises suites , lorsque les mères se laissent surprendre par quelque passion violente. Cependant il me semble que sans cette communication les femmes et les animaux ne pourraient pas facilement engendrer des ])elits de môme espèce. Car, encore que l'on puisse donner quelque raison de la formation du fœitis en général , comme M. Descartes l'a tenté assez heureusement, c>ependanl il est très-difficilo, sans cette communication du cerveau de la mère avec celui de l'enfant, d'expliquer cômïnent une cavale n'engendre point un bœuf, et une powle un œuf qui contienne une petite perdrix ou quelque oiseaii d'une nouvelle
lâG LIVRE DEUXIEME.
erfipëce, et je crois que ceux qui ont médité sur la fonnalioa du fixtus seront de ce sentiment.
II est vrai que la pensée ia plus raisonnable et la plus conforme a l'expérience sur cette question très-difficile de la formation du fœtus, c'est que les enfants sont déjà presque tout formés avant même l'action par laquelle ils sont conçus, et que leurs mères ne font que leur donner Taccroissement ordinaire dans le temps de la grossesse. Cependant cette communication des esprits animaux et du cerveau de la mère avec les esprits et le cerveau de Tenfant semble encore servir à régler cet accroissement et à déterminer les parties qui servent à sa nourriture à se ranger à peu près de la même manière que dans le corps de la mère , c'est-à-dire à rendre Tenfant semblable à la mère ou de même espèce qu'elle. Cela parait assez par les accidents qui arrivent lorsque l'imagination de la mère se dérègle et que quelque passion violente change la disposition naturelle de|son cerveau ; car alors, conune nous venons d'expliquer» cette communication change la conformation du corps de Tenfant, et les mères avortent quelquefois des fœtus d*autant plus sanblablés aux fruits qu'elles ont désirés que les esprits trouvent moins de résistance dans les fibres du corps de l'enfant.
On ne nie pas cependant que Dieu , sans cette communication dont nous venons de parler, n'ait pu disposer d'une manière si exacte et si régulière toutes les choses qui sont nécessaires à la propagation de l'espèce pour des sièdes infinis , que les mères n'eussent jamais avorté et même qu'elles eussent toujours eu des enfants de même grandeur, de même couleur, en un mot tels qu'on les eût pris Tuo pour l'autre ; car nous ne devons pas mesurer la puissance de Dieu par notre faible imagination, et nous ne savons point les raisons qu'il a pu avoir dans la construction de son ouvrage.
Nous voyons tous les jours que sans le secours de cette communication les plantes et les arbres produisent assez régulièrement leurs semblables, et que les oiseaux et beaucoup d'autres animaux n'en ont pas besoin pour faire croître et éclore d'autres petits lorsqu'ils couvent des œufs de différente espèce , comme lorsqu'une poule couve des œufs de perdrix ; car, quoique l'on ait raison de penser que les graines et les œufs contiennent déjà les plantes et les oiseaux qui en sortent, et qu'il se puisse faire que les petits corps de ces oiseaux aient reçu leur conformation par la communicalion dont on
DB l'imagination. — l" PABTIE. 167
j ^flé , et les plantes la leur par le moyen d'une autre communi- -a^x équivalente, cependant c'est peutrétre deviner. Mais, quand amie on ne devinerait pas , on ne doit pas tout à fait juger par les l'^esqœ Dieu a faites quelles sont celles qu'il peut faire.
Si on ooosidère toutefois que les plantes qui reçoivent leur accrois- ^j^aent par Faction de leur mère lui ressemblent beaucoup plus que
lies qui viennent de graine; que les tulipes , par exemple, qui ':auent de cayeox sont de mèoae couleur que leur mère , et que
M qui viennent de graine en sont presque toujours fort différ':3tes ; on ne pourra douter que si la communication de la mère l'ëcle fruit n'est pas absolument nécessaire afin qu'il soit de même •Niéoe, elle est toujours nécessaire afin que ce fruit lui soit entièrei^t semblable.
De sorte qu'encore que Dieu ait prévu que cette communication 3 cerveau de la mère avec celui de son enfant ferait quelquefois '^^r des /ceius et engendrer des monstres à cause du dérégie- Tat de rîmagination de la mère, cependant cette communication '^ si admirable et si nécessaire par les raisons que je viens de dire , K pour plusieurs autres que je pourrais encore ajouter, que cette *: Qoaiâsance que Dieu a eue de ces inconvénients ne lui a pas dû tapècher d'exécuter son dessein. On peut dire en un sens que Dieu : a pas eu dessein de faire des monstres; car il me parait évident que û Dieu ne faisait qu'un animal , il ne le ferait jamais monstrueux. Mats, ayant eu dessein de produire un ouvrage admirable par les -^■Âes les plus simples et de lier toutes ses créatures les unes avec les 'itr», il a prévu certains effets qui suivraient nécessairement de
:<rdre et de la nature des choses , et cela ne Ta pas détourné de «•fl deaseîtt. Car enfin, quoiqu'un monstre tout seul soit un ouvrage ^parfait, toutefois, lorsqu'il est joint avec le reste des créatures , il £ rend point le monde imparfait ou indigne de la sagesse du Créateur.
Nous avons suffisamment expliqué ce que l'imagination d'une tère peut faire sur le corps de son enfant ; examinons présentement '^pouvoir qu'elle a sur son esprit, et tâchons ainsi de découvrir les rx-emiers dérèglements de l'esprit et de la volonté des hommes dans leur origine , car c'est là notre principal dessein.
lY . 11 est certain que les traces du cerveau sont accompagnées des seatiments et des idées de l'àme, et que les ^molions des esprits
animaux ne se font point dans le corps qu'il n'y ait dans Tàme des mouvements qui leur répondent ; en un mot, il est certain que toutes les passions et tous les sentiments corporels sont accompagnés de véritables sentiments et de véritables passions de l'âme. Or, selon notre première supposition, les mères communiquent à leurs enfants les traces de leur cerveau, et ensuite le mouvement de leurs esprits animaux. Donc elles font naître dans l'esprit de leurs enfants les mêmes passions et les mêmes sentiments dont elles sont touchées, et par conséquent elles leur corrompent le cœur et la raison en plusieurs manières.
S'il se trouve tant d'enfants qui portent sur leur visage des marques ou des traces de l'idée qui a frappé leur mère , quoique les fibres de la peau fassent beaucoup plus de résistance au cours des esprits que les parties molles du cerveau, et que les esprits soient beaucoup plus agités dans le cerveau que vers la peau , on ne )^«eut pas raisonnablement douter que les esprits animaux de la mère ne produisent dans le cerveau de leurs enfants beaucoup de traces de leurs émotions déréglées. Or, les grandes traces du cerveau el les émotions des esprits qui leur répondent se conservant longtemps et quelquefois toute la vie, il est évident que, comme il n'y a guère de femmes qui n'aient quelques faiblesses et qui n'aient été émues de quelque passion pendant leur grossesse, il ne doit y avoir que trèspeu d'enfants qui n'aient l'esprit mal tourné en quelque chose et qui n'aient quelque passion dominante.
On n'a que trop d'expériences de ces choses, et tout ie monde sait assez qu'il y a des familles entières qui sont affligées de grandes faiblesses d'imagination qu'elles ont héritées de leurs parents ; mais il n'est pas nécessaire d'en donner ici des exemples particuliers. Au contraire , il est plus à propos d'assurer, pour la consolation de quelques personnes, que ces faiblesses des parents n'étant point naturelles ou propres à la nature de l'homme , les traces et leâ vestiges du cerveau qui en sont cause se peuvent effacer avec k temps.
On peut toutefois rapporter ici l'exemple du roi Jacques d'Angleterre, duquel parle le chevalier d'Igby dans le livre de la Poudra de sympathie qu'il a donné au public. Il assure dans ce livre que Marie Stuart étant grosse du roi Jacques, quelques seigneur d'Ecosse entrèrent dans sa chambre et tuèrent en sa présence ^n
DB l'1IIAG1:YATIOX. — r* PARTIE. 1^9
Kfétaire, qui était Italien, quoiqu'elle se fût jetée au-derant : eux pour les en empêcher ; que cette princesse y reçut quelques r.n'ics bJe^ures , et que la frayeur qu'elle eut fit de si grandes ri^iressiois dans son imagination , qu'elles se communiquèrent à -hnl qu'elle portait dans son sein : de sorte que le roi Jacques K-s dî5 demeura toute sa vie sans pouvoir regarder une épée nue. I :it qu'il Texpérimenta lui-même lorsqu'il fut fait chevalier, car
;rince lui devant toucher l'épaule de l'épée, il la lui porta droit «s viàage , et l'en eût même blessé si quelqu'un ne l'eût conduite iirîitement où il fallait. Il y a tant de semblables exemples , qu'il b{ inutile d'en aller chercher dans les auteurs. On ne croit pas Tùi ie trouve quelqu'un qui conteste ces choses ; car enfin on voit ^ trè:y-grand nombre de personnes qui ne peuvent souffrir la vue
ic rat , d'une souris, d'un chat, d'une grenouille, et principalei.at des animaux qui rampent , comme les serpents et les couleu- :ts , et qui ne connaissent point d'autre cause de ces aversions uraordinaires que la peur que leurs mères ont eue de ces divers i maux pendant leur grossesse.