‹ OEuvres de Malebranche (volume 5)Chapitre 113 sur 170 · Princifws · texte numérisé non relu

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DES INCLINATIONS , etc. 305

qu'elles étaient seules, ne sont point assez grands pour laisser passer les parties grossières du salpêtre et quelques autres dont la poudre est composée , lorsqu'elles ont reçu l'agitation des parlies subtiles qui les environnent.

Car de même que Teau des rivières qui coule sous les ponts ne les ébranle pas à cause de la petitesse de ses parties, ainsi la matière très-subtile et très-déliée dont on vient de parler passe continuellement au travers des pores de tous les corps sans y faire des changements sensibles. Mais de même aussi que cette rivière est capable de renverser un pont lorsque, traînant dans le cours de ses eaux quelques grandes masses de glaces ou quelques autres corps plus solides, elle les pousse contre lui avec le même mouvement qu'elle a ; ainsi la matière subtile est capable de faire les effets surprenants que nous voyons dans les canons et dans les mines, lorsque ayant communiqué aux parties de la poudre qui nagent au milieu d'elle son mouvement infiniment plus violent et plus rapide que celui des rivières et des torrents, ces mêmes parties de la poudre ne peuvent pas librement passer par les pores du corps qui les enferme, à cause qu'elles sont trop grossières, de sorte qu'elles les rompent avec violence pour se faire un passage libre.

Mais les hommes ne peuvent pas si facilement se représenter des parties subtiles et déliées, et ils les regardent comme des chimères à cause qu'ils ne les voient pas. Contemplatio fere desinit cum aspectUy dit Bacon. La plupart même des philosophes aiment mieux inventer quelque nouvelle entité pour ne se pas taire sur ces choses qu'ils ignorent. Et si on objecte contre leurs fausses et incx)mpréhensibles suppositions qu'il est nécessaire que le feu soit composé de parties très-agitées, puisqu'il produit des mouvements si violents, et qu'une chose ne peut communiquer ce qu'elle n'a pas, ce qui certainement est une objection très-claire et très-solide ; ils ne manquent pas de tout confondre par quelque distinction frivole et imaginaire, comme celle des causes équivoques et univoques , afin de paraître dire quelque chose lorsqu'en effet ils ne disent rien. Car entin c'est une notion commune à des esprits attentifs qu'il ne peut pas y avoir dans la nature de véritable cause équivoque au sens qu'ils l'entendent, et que l'ignorance seule des hommes les a inventées.

Les hommes doivent donc s'attacher davantage à la considération des notions claires et distinctes s'ils veulent connaître la nature; ils doivent un peu réprimer et arrêter l'inconstance et la légèreté de leur volonté s'ils veulent pénétrer le fond des choses, car leurs esprits seront toujours faibles, superficiels et discursifs, si leurs yolontés demeurent ^ûniours légères, inconstantes ^t volages.

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il osl vrai (ju'il y a (|ijc!(|iin lalii^ue cl (|iril faut se contraindre pour se rendre alleiilif et pour péiiélrer le fond des choses que l'on veut savoir , mais on n'a rien sans peine. Il est honteux que des personnes d'esprit et des philosophes, (jui sont obligés par toutes sortes de raisons à la recherche et à la défense de la vérité, parlent sans savoir ce qu'ils disent, et se contentent de termes qui ne réveil- , lent aucune idée distincte dans les esprits attentifs.

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