‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 10 sur 145 · INTRODUCTION» XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION» XV

même, mais en Dieu qai le lui cbmnciunique pa): sa grâce : et si, l'objet atteint, il nous reste encore de l'activité , que nous dépensons en pure perte jusqu*à ce qu'elle s*épuise, c'est qu'alors la grâce n'avait pas été justement mesurée à nos besoins. ** Si tu peux ne point t'arrêter , c'est que tu as du mouvement pour aller au delà*» ♦» Au dehors impuissance absolue d'effectuer ses désirs; au dedans, impuissance, d'aimer aucun bien en particulier, que par l'amour naturel et invincible que Dieu nous donne pour le bien en général ^ ; impuissance de diriger*sa pensée vers un bien quelconque, si ce n'^it^vec le secours de la grâce ; impuissance même de mériter la grâce *, car la grâce est prévenante, et l'homme, par lui-même , ne peut rien mériter de Dieu j voilà les entraves de la liberté. Nous pouvons prendre le mal pour le bien ; c'est là toute notre puissance, et notre prétendue liberté uest guère que Tinçontestable pouvoir qui nous a été donné de nous tromper sur le bien et le mal. Il est vrai que Malebranche. qui. nous refuse le pouvoir de former un désir, seifnble nous accorder celui de l'arrêter ; mais il ne songe pas que ces deux actions ne diffèrent que par leur fin ; que tous les actes volontaires ont la même nature, et qu'on ne peut arrêter une action qu'en produisant une action. Il dit à Dieu, dans la cinquième méditation: « Exaucez ma prière , après que vous r aurez formée m moi, »• Voilà en effet ce qui reste à la volonté de l'homme, entre la grâce de Dieu qui fait naître les désirs, et son efficace qui les accomplit.

Si c'est Dieu qui fait tout par des volontés immuables*, comment expliquer le mal, le péché, la création, les grâces particulières, les miracles ? Comment mettre d'accord cette volonté immuable du Dieu de la métaphysique avec l'in-

1. Cinquiàme Méd.^ 19. *- 2. Quinzième ^éti. , 10. - 3. Donaième Mid^, 19.

%\i INTRODUCTION.

tervention: fréquehte du Dieu des chrétiens dans le gouvernement du monde ? Malebranehe, qui voulait porter partout le flambeau de la philosophie, et ne se bornait point aux principes généraux et aux vérités premières, entreprend de rendre raison de toutes les vérités révélées, sans s'écarter de l'orthodoxie. Après avoir établi, par des considérations irès-belles et très-philosophiques , le grand principe que Dieu fait tout par des volontés immuables et par les moyens lés plus simples, au lieu de nier le mal, comme Leibnitz, il lereconneut expressément ; mais il demande, non pas si le monde est le meilleur possible ; mais s'il a été fait par les voies les plus simples et les plus générales. Il demande s'il vaudrait mieux que quelque mal disparût du monde, à la condition que Dieu eût recours à des moyens plus compliqués, et, par conséquent, moins dignes de «a nature. Dieu, dit-iU se glorifie de ses perfections, et il ne peut pas ne pas les exprimer dans ses ouvrages. Le monde exprime d'autant plus les perfections de Dieu, que tout s'y accomplit par des voies plus simples, et qu'un même principe y a des conséquences plus nombreuses. Dieu ne veut pas le mal ; il veut le bien par la voie la plus simple possible. Il ne veut pas la mort du juste ; mais il veut, en général, que telle loi qui cause sa mort s'accomplisse toujours, parce qu'elle importe à la sagesse et à la régularité de son gouvernement. Il s'est imposé à lui-même, dès le commencement, des lois qu'il ne peut changer, parce qu'il ne peut se repentir. La stabilité du monde dépend de la permanence de ses volontés , et ses volontés ne changeront point, parce qu'il aime son Verbe d'un amour nécessaire, et, dans la substance de son Verbe, les intelligibles et les archétypes du monde qui y sont renfermés.

Pourquoi Dieu a-t-il fait le monde î Étemel écueil de tous les systèmes ! Dieu se suffit à lui-même ; il est parfait ; il ne peut dépendre de ses créatures, ni pour son bonheur,

IMtaODUGTION. XVII

ni pour sa gloire. Les manichéens, qui font du monde un principe, et lopppsent éternellement à Dieu ; les sociniens, qui nient la création , et, tout en maintenant la dépendance du monde, lui aècordent Tétemité ; les éléates, qui n'admettent que Dieu tout seul, par l'impossibilité (ji expliquer la nécessité ou TutiUté du monde ; les panthéistes et les athées, qui suppriment Dieu ou divinisent le monde, parce qu'ils ne peuvent expliquer le rapport de deux principes et le parfait produisant îimparfait, sans nécessité, sans utilité ; toutes ces doctrines résolvent ce problème à leur manière, en essayant de le nier ou de le dissimuler, mais il n'en subsiste pas mdms, et il subsistera toujours à la confusion de la philosophie, tant que les hommes voudront connaître le pourquoi des causes premières. Les uns , attachés à la terre par la bassesse de leurs penchants et la faiblesse de leur vue, aiment mieux ne pas en sortir ; d'autres, du premier coup, élevés à la conception de Dieu, ne savent pas redescendre, et sacrifient la conséquence au principe. L'école d'Alexandrie , à moitié platonicienne, et qui, commençant par la dialectique, peut bien mépriser le monde, mais ne saurait le nier, croit proclamer une imperfection de Dieu en disant que, si l'imparfait n'était pas sorti du parfait, la perfection même aurait été plus parfaite ; mais elle ne proclame que sa propre faiblesse, la faiblesse et l'incurable orgueil de l'esprit humain. Malebranche, à qui le dogme chrétien devait apprendre à ne pas tenter Dieu et à respecter les mystères, tantôt humilie son orgueil, et tantôt, poussé par le besoin de tout expliquer et de tout comprendre, entrevoit la même pensée qui frappa les néoplatoniciens ; et le philosophe chrétien du xv!!"* siècle est-il bien loin de l'école d'Alexandrie quand il confesse, dans une de ses méditations S que M Dieu a bien voulu prendre la condition ba$se

Page 1