Rom. 11, 33. —3. Médit. JII
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en ce sens, qu'on ne peut rien savoir des desseins de mon père. Est-ce présumer de soi-même que d'assurer que Dieu a mis les yeux au haut de la tête dans le dessein qu'on vît de loin? Y a-t-il de la témérité à juger que Dieu a placé dans la bouche des dents, afin de broyer les fruits et les rendre plus propres à la nourriture du corps? Cela est si évident que c'est plutôt une témérité fort ridicule, que d'assurer que c'est le hasard qui arrange de cette sorte les parties du corps humain. Ne crains donc point de me demander ce que tu souhaites. Je prends un plaisir extrême à faire connaître aux hommes que la conduite de Dieu est infiniment sage, juste, réglée^ constante, uniforme, et que ses desseins sont toujours conformes à l'ordre, dignes de sa sagesse et de sa bonté.
4. Dites -moi donc, ma raison et ma lumière, qui assistez à tous les conseils de mon créateur, et qui voulez bien éclairer toutes les intelligences; pourquoi Dieu m'a-t-il donné un corps? pourquoi ne me fait-il pas sentir du plaisir dans l'exercice de la vertu comme dans la jouissance des corps? Dieu ne m'a fait et ne me conserve que pour lui, et mon corps infirme m'applique à ses besoins. Le plaisir m'unit aux objets qui semblent le répandre, et je n'en goûte aucun quand je pense aux vrais biens, du moins n'en goiité-je pas aussi régulièrement que dans l'usage des biens sensibles. Je voudrais bien savoir les raisons de cette conduite , si vous me jugez capable d'y entrer et de les porter.
5. Il faut, mon fils, que tu sois extrêmement attentif à mes réponses pour les concevoir distinctement, il faut que tu m'écoutes avec beaucoup d'humilité et de respect, afin que ce que je vas te dire te soit profitable. Car si tes sens et tes passions ne se taisent point, si tes préjugés se mêlent avec mes réponses, et que l'esprit d'orgueil ou ta paresse et ta négligence te fassent juger de ce que tu ne conçois pas clairement, tu tomberas dans des erreurs d'autant plus dangereuses, que les vérités que je veux t'apprendre sont de plus grande conséquence. Sois xlonc humble, attentif, respectueux, défie-toi de toi même, et mets ta confiance en moi. Surtout ne te rends qu'à l'évidence , c'est le caractère de la vérité ; c'est l'effet de la lumière; c'est une marque certaine que c'est moi qui parle. Ecoute-moi donc. Ce que tu souhaites de savoir dépend de deux principes.
6. Le premier est que la règle des desseins de Dieu c'est l'ordre ; le second que les voies ou les manières dont Dieu exécuta ses desseins, doivent nécessairement porter le caractère de ses attributs.
7. Selon le premier principe , toute récompense doit êti^e en
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quelque manière méritée; personne selon l'ordre ne doit être heureux sans avoir acquis quelque droit au bonheur par son travail. Dieu est un assez grand bien pour exiger de ses créatures qu elles se sacrifient, ou du moins qu'elles sacrifient quelque chose afin de jouir éternellement de lui. L'ordre veut, en un mot, que celui qui a mérité soit récompensé, que celui qui a démérité soit puni, que celui qui n'a ni mérité ni démérité ne soit ni récompensé ni puni. Car ne t'imagine pas que Dieu puisse, comme les hommes, être clément du miséricordieux par caprice, sans sagesse et sans raison. La miséricorde et la clémence de mon père s'accordent parfaitement avec les règles de la justice; et la justice qu'il rend aux gens de bien est toujours accompagnée de bonté et de miséricorde, puisque personne ne peut en rigueur de justice mériter un aussi grand bien qu'est celui de posséder Dieu éternellement.
8. Or, le travail ou le mérite des créatures raisonnables consiste dans le bon usage qu'elles font de leur liberté : et Ton fait bon usage de sa liberté, quand on se conduit uniquement par raison dans la recherche et dans le choix de son bien. Ainsi le travail ou le mérite des esprits est d'autant plus grand qu'ils souffrent davantage d'oppositions, ou qu'ils rejettent plus de plaisirs dans la recherche du vrai bien. Car tous les esprits veulent invinciblement être heureux ; et le plaisir rend heureux celui qui en jouit. Ils ne peuvent vouloir être malheureux, et la douleur rend malheureux celui qui la souffre. De sorte que celui qui sacrifie ces plaisirs actuels à l'amour de l'ordre, qui préfère la douleur actuelle au desordre, qui aime le vrai bien par raison, et qui n'écoute point le jugement des sens, mérite ; parce qu'il se sacrifie par ces divers combats. Il offre au juste juge ce qu'il est capable de lui donner ; il lui fait honneur de se tenir ferme sur sa parole ; et par la douleur qu'il souffre volontiers, quoiqu'elle le mette dans un état pire que le néant, il témoigne à Dieu qu'il le croit juste, fidèle, puissant et souverain. Car toutes les actions méritoires honorent les attributs divins et sont les vrais sacrifices que Dieu exige de ses créatures avant que de les combler légitimement de la gloire qu'il leur a promise.
9. Il fallait donc que l'âme fût unie au corps, pour que , recevant par le corps une infinité de sentiments agréables et désagréables, ainsi que tu l'éprouves sans cesse, elle eût toujours quelque chose à sacrifier à l'amour de l'ordre, et à l'honneur du vrai bien ; et qu'elle pût ainsi, par une infinité de mérites différents, recevoir avec quelque justice, une gloire qui y répondit, mais qui les surpassât infiniment. Pourquoi penses-tu (|ue mon père^ m'ait formé
un corps ? c'est afin que je puisse être son pontife * : c'est afin que j'eusse quelque chose à lui offrir. Car inon père, comme tu sais, ne se plaît pas à recevoir * des holocaustes ou les autres sacrifices de la loi des Juifs. Chaque chrétien en particulier est prêtre aussi bien que moi. Il a un corps à sacrifier, il peut dire comme moi à son Dieu : Hostiam et ohlationem noluisti, corpus auiem aptasti miki. Ce n'est pas que la destruction du corps qui arrive par la mort, soit le sacrifice que Dieu demande des hommes. Les pécheurS/Ot les impies offrent à Dieu ce même sacrifice. Ce que Dieu exige des créatures raisonnables, c'est un sacrifice spirituel ; c'est l'anéantissement de l'âme; c'est la privation des plaisirs; c'est la souffrance des douleurs ; ce sont les dispositions intérieures. Car Dieu est esprit et veut être ^ adoré en esprit et en vérité. Ainsi comme l'âme reçoit une infinité de divers sentiments par son corps, il a fallu qu'elle y fût unie, pour avoir sans cesse quelque chose à sacrifier, et mériter par là de jouir éternellement du souverain bien.
40. 0 Verbe éternel! que d'ordre, que de sagesse, que de bonté dans les desseins et dans la conduite de votre père ! mais quoi ? c'est Dieu qui donne sans cesse tous les sentiments que j'ai des objets, le plaisir, la douleur et tout le reste. Ce n'est point mon corps, car le corps ne peut agir sur l'esprit. C'est par les sentiments de l'âme que l'on peut offrir un sacrifice spirituel, parce que c'est par ces sentiments que l'âme même est sacrifiée. Sans ces sentiments sacrifier sa vie et répandre son sang, c'est offrir à Dieu un sacrifice semblable à celui des Juifs, c'est immoler une bête. Je consens à cela. Mais pourquoi ce corps, puis qu'il ne peut agir en moi ? Dieu ne peut-il pas sans ce corps impuissant et terrestre, donner à mon âme les mêmes sentiments que j'ai, et par là me faire mériter ma récompense et sacrifier mon être? Mais vous, mon Sauveur, pourquoi avez vous pris un corps? vous qui pouviez sans spn secours donner à votre âme tous les sentiments pénibles que vous avez soufferts dans votre passion ; sentiments qui ont été la matière de votre sacrifice spirituel? feésolvez, je vous prie, ce doute, qui semble renverser tout ce que vous venez d'établir.
44. Quand tu ne pourrais comprendre, mon cher fils, la réponse à la difficulté que tu proposes, tu ne devrais pas douter des vérités que tu comprends bien. Car tous ceux qui ont assez d'esprit pour former de bonnes difficultés n'en ont pas toujours assez pour entrer dans les principes dont dépend l'éclaircissement de ces mêmes difficultés.
42. Il est certain que les corps h'agissent point dans les esprits ,