‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 99 sur 145 · ONZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

ONZIÈME MÉDITATION

On peut connaître quelque chose des desseins de Dieu en consultant la souveraine raison. Dessein de Dieu dans l'union de Tâmc et du corps. Képonse à une objection.

\ . 0 Jésus! puisoue vous êtes la sagess^ du pèr^, vous entrez dans tous ses conseils; et puisqqe vops êtes l'ordre nécessaire et la

Méditations chrétiennes. 35 1

loi éternelle, vos avis sont toujours suivis , votre père vous aime par la nécessité de son être, il ne fait rien sans vous, il ne peut même rien vouloir [saris vous consulter. 0 sagesse éternelle, ne m'apprendrez-vous rien des desseins qu'il a eus danâ la production de son ouvrage? Que j'ai de prières à vous faire, que j'ai d'éclaircissements à vous demander ! Mais la crainte de vous offenser me retient ; j'appréhende de manquer de respect en voulant entrer, pour ainsi dire, dans la confidence que vous avez avec votre père. Vous m'avez permis dans les méditations précédentes de vous interroger sur toutes les vérités que vous renfermez comme Verbe divin. Voiis m'avez promis de me faire part de ce que vous possédez en qualité de sagesse et de vérité éternelle. Mais quand je pense qu'un savant philosophe * a dit que c'est être téméraire que de vouloir découvrir les fins que Dieu a eues dans la construction du monde ; quand je me souviens que votre apôtre a dit * que les jugements de Dieu sont impénétrables, que ses voies sont bien dînérentes des nôtres; et que personne n'est entré dans le secret de seâ conseils, j'hésite, parce que j'appréhende de n'avoir pas bieri entendu les réponses que vous m'avez déjà faites sur ce sujet. Délîvrez-moi donc, je vous prie, de l'embarrës où je me trouve , et faites-moi savoir, si c'est une curiosité qui vous choque , que de souhaiter de savoir quelque chose des desseins de votre père.

2. Tu ne peux, mon fils, me faire de prière qui nie soit plu^ agréable, et qui te soit plus utile. Je communique avec joie * tout ce que je possède en qualité de sagesse éternelle, ainsi que je t'ai déjà expliqué. Ne t'arrête point à ce que te disent les hommes, quelque savants qu'ils puissent être, si je ne confirmé leur sentiment par l'évidence de ma lumière. La connaissance des causes finales n'est pas nécessaire dans la physique dont parle ton philosophe ; mais elle est absolument nécessaire dans la religion. Si c'était trop présumer de soi-même que d'assurer que Dieu n'a pas fait les esprits pour les corps, que Dieu veut être mérité avant que d'être possédé, que Dieu a fait le monde présent pour le monde futur, tu vois bien que toute la religion serait renversée.

3. Sache donc que toutes les volontés de mon père sont toujours conformes à l'ordre ; car si les voies de Dieu sont si éloignées de celles des hommes, c'est que les volontés des hommes sont déréglées. Personne n'est entré dans le secret des conseils de Dieu. Cela est vrai en ce sens que personne n'y peut trouver à redire , que personne n'en peut connaître le détail. Mais cela n'est pas vrai

1. Descartes, Principes de philosophie, première partie, art. 28.

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