‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 101 sur 145 · Hebr. 8, 4. Ps. 39. — 2. Nrbr. 10. — 3. Jonn · texte numérisé non relu

Hebr. 8, 4. Ps. 39. — 2. Nrbr. 10. — 3. Jonn

et qu'il n'y a que celui qui doftne et qui te consente l'être, qlil puisse t'éclairer, et changer les modifications de ton être, tl est certain que Dieii n'a pës besoin d'instruments pour agir, que sa volonté est efficace par elle-même, et que ton corps ne contribue en aucune manière à l'efficace par laquelle tous les diverô sentiments dont tu es touché se produisent en toi. Et cependant il est certain que Dieu a dû, selon les règles de sa sagesse, te donner un corps, et la raison de cela dépend du second principe que je t'ai déjà expliqué : savoir que les voies ou les manières dont Dieu exécute ses desseins doivent nécessairement porter le caractère de ses attributs. Je te prouve de nouveau ce principe, et j'en résous ta difficulté. Écoute-moi.

i3. N'est-il pas évident qlié Dieu ne peut se démentir soimême , mépriser sa sagesse , rejeter mes conseils ? qu'étant sage , il doit agir sagement; étant imthuable, agir constamment; étaht une cause universelle , agir par des lois générales . en un mot, agir selon ce qu'il est? Un être sage fera-t-il, par des voies composées, ce qu'il peut exécuter par des voies simples? agira-t-il par des volontés particulières lorsque quelques volontés générales suffisent? et , si une conduite uniforme , constante , réglée peut former un ouvrage digne de lui, suivra-t-ll une conduite bizarre, chail'geatite, déréglée , et qui marque de l'inconstance et de l'ignorance dans celui qui la suit ? Je te dis la même vérité en plusieurs manières , afin qu'elle te frappe et que par là elle te force à la considérer ; car ce que je te dis est abstrait , et tu dois , pour ainsi dire , lé sentir pour t'en bien souvenir et pour en demeuret fortement convaincu.

M. Examine la cotlduite qiie Dieu tient dans l'ordre de la nature , regarde les corps qui t'environnent ; aucun n'est choqué sànâ être liîu , aucun n'est mu avant que d'être choqué. Si deux corps se choquent, ils se communiquent mutuellement leur mouvemeilt d'une manière constante et uniforme. Tous les corps grossiers tombent de haut en bas ; leur vitesse augmente avec la même proportion ; ils ne discernent ni la qualité ni la piété des personnes. Dieu fait pleuvoir dans le dessein de rendre les terres fécondes, et cependant il pleut sur les sablons et dans la mer , il pleut dans les grands chemins, il pleut également dans les terres itlégalement cultivées. N'est-il pas évident par tout ceci que Dieu n'agit point par des volontés particulières? La pluie fait croître un fruit, et la grêle le brise. Penses-tU que Dieu ait changé de dessein? Ne voiStu pas que c^est la même loi générale des coihmutiications des mouvements qui forme fet (Jul répand et la t)luie et la grêle , qUl fôiî

croître et qui sèche les plantes , qui donne la vie et la mort à toutes choses? Parcours toute la nature , considère tous les objets de tes sens , examine tout ce qui se passe en toi-même à l'occasion de ce qui arrive au dehors , et tu verras toujours que les efiFets' naturels portent le caractère de la cause qui leur donne l'être ; tu verras que tout est produit par une cause universelle qui suit constamment une même conduite , et qui établit des lois générales très-simples et très-fécondes, dont l'efficace est toujours déterminée par quelque cause occasionnelle : tu n'en peux pas douter si tu te souviens bien de ce que je t'ai dit dans tes Méditations précédentes. Convaincstoi de ce principe et ne l'oublie pas; car, de tous les principes , c'est le plus fécond.

4 5. Soit donc que tu considères l'idée que tu as de Dieu , soit que tu examines sa conduite , tu vois clairement que , bien qu'il fasse toutes choses , il n'agit point par des volontés particulières , parce qu'agir par des lois générales est une marque certaine d'une sagesse infinie qui prévoit ^out , d'une cause universelle qui fait tout, d'un être immuable et constant et dans ses desseins et dans sa conduite. Ainsi , quoique Dieu seul agisse dans les esprits, que tous les corps soient impuissants, il a dû unir les esprits aux corps, afin que ces deux substances pussent être l'une à l'autre causes occasionnelles des changements qui leur arrivent. Il a dû donner aux esprits, à l'occasion de ce qui se passe dans leurs corps, cette suite de sentiments qui est le sujet de leur mérite et la matière de leur sacrifice ; il a dû donner au corps , à l'occasion des désirs de l'âme, cette suite de mouvements et de situations qui est nécessaire à la conservation de la vie : rien n'est plus sage , rien n'est plus simple, rien n'est mieux réglé. On ne peut choquer ton corps sans l'ébranler toi-même , et l'on ne peut t'émouvoir sans que ton corps change de situation et de posture; tu regardes ton corps comme ta propre substance , à cause des lois de l'union de l'âme et du corps. Ainsi, lorsque tu sacrifies ton corps à l'amour de l'ordre, il te semble que tu te sacrifies toi-même.

46. C'est par ces mêmes lois que tu as rapport à tous les ouvrages de Dieu , et que tous les hommes établissent et observent entre eux les règles de la société civile. Ces lois, quoique extrêmement simples et générales , sont si fécondes que les effets en sont infinis. Par ces lois , Dieu ne conserve pas seulement le monde présent, il forme encore le monde futur, parce que la grâce donnant aux hommes la force de sacrifier à Dieu tous les sentiments dont ils sont touchés en conséquence de ces lois , ils méritent tous ces degrés de gloire qui feront l'éclat e|; |a beauté de la céleste

MÉDITATIONS CHRÉTILNNES. S57.

Jérusalem. Enfin Dieu ressuscitera un jour tous les hommes; il rendra aux justes et aux impies leurs mêmes corps, non que les corps soient capables de récompense ou qu'ils puissent agir par eux-mêmes dans les esprits des élus ou des réprouvés , mais afin que Dieu, par de nouvelles lois de T union de ces deux substances, les établisse de nouveau causes occasionnelles des plaisirs qui entreront dans la récompense des justes et des douleurs qui feront la punition des méchants , et qu'il agisse ainsi toujours par des voies simples, uniformes, constantes et générales, dignes, en un mot, de sa sagesse et de ses autres attributs.

17. Pourquoi penses-tu que Dieu ait fait ce monde matériel et visible ? Penses-tu que de la matière soit capable de rendre quelque honneur à Dieu , ou bien que Dieu se plaise à considérer la beauté de son ouvrage ? Dieu ne l'a-t-il pas vu avant que de le faire? et ne savait-il pas que , ses volontés étant efficaces , elles ne manqueraient pas de le produire , et une infinité d'autres , s'il le voulait? C'est, diras-tu, afin que les esprits créés en admirassent l'auteur. Cela est vrai en un sens ; mais ne le souviens-tu pas que tous les corps sont par eux-mêmes invisibles aux esprits ? Ne sais* tu pas que les beautés sensibles des corps ne sont que dans l'esprit de ceux qui les regardent? que l'éclat des couleurs, la douceur des fruits et toutes les autres qualités sont dans ton âme, et non point dans les objets qui t'environnent? Sache donc que Dieu a créé les corps pour être des causes occasionnelles de son action dans les esprits, afin d'agir par des voies très-simples, que le nombre de ses décrets ne fût point infini, et que son action fût toujours réglée, uniforme et constante, digne d'une sagesse qui n'a point de bornes.

iS. 0 mon unique maître, que vous m'apprenez de vérités auxquelles je n'avais jamais pensé ! Que les hommes ne craignent et n'aiment point les créatures, ce ne sont point des causes véritables qui aident Dieu dans son action ; ce ne sont que des causes occasionnelles qui déterminent l'efficace de ses lois. Nulle créature ne partage avec votre père la force et la puissance , et toutes les créatures lui servent, pour justifier sa sagesse, dans l'exécution de ses desseins. Que tous les esprits admirent cette conduite ; que de simplicité, mais que de fécondité dans les lois qui arrangent les corps ! que de bonté et de justice dans celles qui ordonnent les esprits! que d'ordre et de sagesse dans les desseins et dans la conduite de votre père! Je l'adore et je m'y soumels.

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