DOUZIÈME MÉDITATION
Pes devoirs en (général de l'homme envers Dieu. On ne peat les remplir sitns lu grâce. Comment on peut l'obtenir, et ce qu'il fftut faùre «fin qu'elle opère en nous Tcffet pour lequel elle est donnée.
0 Jésus ! quand je compare les actions de ma vie passée avec les obligations que je vous ai, je me reconnais si indigne de vos favetirs que je n'ose vous rien demander ! Mais quand je pense que je ne puis rien sans vous , le désir que vous m'avez donné de remplir mes devoirs à votre égard me presse de vous prier de me les marquer présentement ; et l'inclination invincible que j'ai pour le bonheur me sollicite sans cesse de m'instruire de la conduite que je dois tenir, afin que votre grâce, sans laquelle on ne peut rien, fasse en moi l'efTet pour lequel vous me la donnez, et me conduise à cette vie bienheureuse pour laquelle vous ayez créé tous les hommes.
i . Mon fils, la connaissance de tes devoirs dépend de celle de ma souveraineté et de ma puissance ; et tu dois tirer les règles de ta conduite de la sagesse et de la simplicité de la inienne.
2. C'est ma puissance qui te donne et qui te conserve l'être à tous moments. Donc ton être et tous les moments de sa durée m'appartiennent. Tu ne dois donc employer le temps que selon mes désirs ; autrement tu commets une injustice que je ne puis m'empécher de punir ; car, par ma nature , je suis juste , jaloux de ma gloire , et tellement délicat sur tout ce qui blesse l'ordre et la justice , que rien ne peut échapper à mon ressentiment. Tu sais bien que je ne t'ai pas fait sans dessein ou pour te laisser à toi-même , et tu comprends clairement qu'il y a contradiction que je puisse agir pour quelqu'autre que pour moi. Emploie donc, mon fils, le temps ou la durée de ton être selon mes désirs.
3. C'est par ma puissance que j'agis en toi et que je t' éclaire dé ma lumière. Sans moi, tu ne penserais à rien, tu ne verrais rien, tu ne concevrais rien ; toutes tes idées sont dans ma substance et toutes tes connaissances m'appartiennent. Ainsi , tu ne dois occuper ton esprit que de moi et que par rapport à moi. Penses-tu que je t'éclaire pour te faire briller aux yeux des hommes, et que je te nourrisse de la vérité afin que tu travailles pour tes intérêts particuliers? N'est-il pas évident que celui qui se nourrit de ma substance ne doit vivre que selon mes désirs? Ne vis donc que pour moi , et ne cherche que ma gloire.
4. C'est ma puissance qui te transporte sans cesse vers le bien en général. Comme je n'agis que pour moi, je ne crée aucun esprit sans lui donner une impression invincible pour le bien en général , c'est-à-dire pour ma substance, qui seule renferme tous les biens. Cette impression invincible et continuelle que je produis en toi , c'est ta volonté ou cette faculté qui te rend capable d'aimer généralement tous les biens. Ainsi , tu vois bien que tu me dois aimer de toutes tes forces, puisque toute la force que tu as d'aimer vieni; de moi ; et que , ne pouvant agir que pour moi , je ne puis pas te donner de mouvement pour aimer quelqu'autre chose que moi on sans rapport à mqi.
5. Tu me dois, mon fils, aimer par justice; mais tu me doi$ jaussi aimer par amour-propre. Car il n'y a qug moi qui puisse être bien à ton égar4. Il n'y a que moi qui agisse vérit9blpmen(; dans les esprits. Les corps qui t'environnent ne peuvent te faire pf bien ni n^al. l-es intelligences même les plus nobles ne peuvent par elles-mêmes changer les modifications des derniers des êtres. jC'estma puissance qui fait tout, et le bien et^ le mal. l^^^ caus^ naturelles ne sont que des causes occasionnelles , qui 4éterminent l'efficace des lois générales , que j'ai établies pour agir toujoprs d'une manière digne de moi , cpmme je te j'ai déjà expliqué. Ainsi tu ne dois aimer que mpi , puisqu'il n'y a que moi qui produise en toi les plaisirs que tu sens à l'occasion de ce qui se passe dans ton corps.
6. Tu ne dois aussi craindre que moi, car nulle créature n'a nù véritable pouvoir de te faire souffrir le moindre mal. C'est le plaisir et la (J.ouleur qui rendent heurepx ou malheureux à proportion de leur force. Tu vpux absolument être heureux. Ton ampur-prppre ne peut donc être éclairé, si tu n'aimes la véritable cause du plaisir. Tu ne veux point être malheureux : craiqs donc la véritable cause de la douleur, s\ tu es sage.
7. Mais le feu te réjouit, diras-tu. Eh bien, approche-t'en. Tu peux par le mouvement de ton corps , t'unir aux objets qui sont les causes naturelles ou occasionnelles de ton bonheur. Tu peux t'approcher du feu ; mais tu ne dois pas l'aimer. Tu peux éviter un homme qui te persécute ; mais tu ne dois pas le craindre. Distingue les mouvements de l'âme de ceux du corps. Les mouvements de l'âme ne doivent tendre que vers celui qui seul est dessus d'elle , seul assez puissant pour agir en elle; mais q\ mouvements de ton corps soient déterminés par les objets tironnent , j'y consens.