Souviens-toi néanmoins , mon fils , que tu ne doi
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faire servir à des passions injusles, ni m'obliger en conséquence des lois naturelles que j'ai établies , à te rendre heureux par des plaisirs que tu ne mérites pas. Souviens-toi que tu es faible , que l'usage des biens sensibles réveille ta concupiscence, et te fait regarder les corps comme de vrais biens. Car lorsque tu jouis de quelque plaisir, tu vois devant tes yeux, et tu touches des mains, l'objet qui paraît causer ce plaisir, et tu ne vois ni ne sens la véritable cause qui le produit. Ainsi ton amour se termine à l'objet qui te frappe les sens ; et tu ne penses pas seulement à la puissance invisible de ton Dieu. Outre que les plaisirs dont on a joui, salissent l'imagination, troublent l'attention de l'esprit, et le rendent esclave de faux biens. Souviens-toi enfin , mon cher fils , que comme pécheur, tu ne peux rentrer dans l'ordre sans faire pénitence ; et que comme chrétien tu dois aussi bien que moi mériter par tes travaux la possession des vrais biens. On ne peut être solidement heureux en ce monde. Cela est décidé. Le juste doit vivre de la foi. Il doit me faire cet honneur que de me croire à ma parole ; et s'appuyant sur mes promesses, sacrifier son bonheur présent à celui que je lui prépare dans le ciel.
9. Voilà, mon fils, en général, tes devoirs à l'égard de Dieu, et les raisons de ces devoirs tirées de la souveraineté du créateur sur ses créatures. Pour tes devoirs à l'égard du prochain , je te les expliquerai une autre fois. Âime-le cependant comme toi-même , ou plutôt comme tu dois t'aimer, en tâchant de lui procurer les vrais biens. Tu accompliras ainsi parfaitement la loi. Car tous ses préceptes sont renfermés dans ces deux-ci : Le premier : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo , et ex totâ anima tuâ , et ex totâ mente tuâ, et ex totâ virtute tuâ; le second : Diliges proximum tuum tanquàm teipsum. In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetœ *.
40. 0 mon Sauveur, que l'homme est obligé à de grandes choses; que ses devoirs s'étendent loin ! Quoi ! sacrifier sans cesse ses plaisirs en l'honneur du vrai bien ; ses plaisirs présents à des plaisirs dont on n'espère de jouir qu'après la mort, qui, à l'égard de Timagination et des sens , est un anéantissement véritable. Est-ce vivre, ô mon Dieu, que de renoncer à tout ce qui fait aimer la vie ; et l'homme peut-il se donner la mort en rompant absolument avec les plaisirs? On peut se donner la mort, l'histoire en fournit des preuves. Mais peut-on vouloir remettre à être heureux au temps qu'on s'imagine qu'on ne sera plus? Certainement ceux qui se sont donné la mort ne pensaient qu'à se délivrer de la vie; ils cherchaient ou