‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 109 sur 145 · Voy. le Traité de Morale, première partie, ch · texte numérisé non relu

Voy. le Traité de Morale, première partie, ch

2. C'est en ce sens qu'il faut prendre quelques pasfiages des Pères qui disent que Dieu abandonne quelquefois les justes.

très-grand usage à Tégard de tous ceux qui croient en moi , qui m'invoquent, qui suivent mes conseils, qui fréquentent les sacrements que j*ai ihstitués. Je t'expliquerai tout ceci ; mais reprends et repasse dans ton esprit ce que je t'ai déjà dit.

40. La lumière et le sentiment sont en général les deux principes des déterminations des volontés. Afin que tu aimes l'ordre, il faut que tu en voies la beauté et que tu la goûtes. Tu ne peux ni voir ni goûter cette beauté si Dieu ne t'éclaire de quelque luniière et ne te modifie ou ne te touche de quelque plaisir ; et, afin que Dieu agisse en toi et te donne la connaissance et le goût de la beauté de l'ordre , il faut que tu détermines l'efficace de sa volonté par la cause occasionnelle qu'il a établie pour te sanctifier et pour former son ouvrage d'une manière sage , uniforme , constante , et qui porte le caractère de ses attributs. C'est moi qui suis cette cause occasionnelle ; ce n'est que par moi que Ton va au Père ; quiconque m'invoque sera sauvé. Tout ceci est vrai, mais encore si général et si indéterminé que tu aurais tort d'en être pleinement satisfait.

4 4 . En effets mon fils, consulte le sentiment intérieur que tu as de ce qui se passe en toi ; ne sens-tu pas que tu penses à ce que tu veux? Lorsque tu souhaites de résoudre un problème de géométrie ou de pousser quelque principe de métaphysique, ne voistu pas que la lumière se répand en toi à proportion de tes désirs 1 Tu peux donc conclure que si tes volontés ne sont pas les causes véritables de tes connaissances, que du moirls elles en sont les causes occasionnelles, et qu'ainsi l'attention de l'esprit est une prière naturelle qui obtient Immédiatement de Dieu la lumière et l'intelligente des vérités les plus* relevées sans qu'il soit nécessaire que je m'en mêle en qualité de médiateur) d'auteur de la grâce^ de chef de l'Église.

42. Il est vrai, mon fils, que je ne suis pas toujours cause occasionnelle ou naturelle de la lumière qui éclaire les esprit»^ Gommé sagesse étemelle et raison universelle des intelligences, je suis cause véritable de la lumière. J'en suis aussi, comme homme, cause méritoire; car ce n'est qu'en moi que subsiste l'ouvrage de Dieu; Mais je n'en suis pas toujours cause occasionnelle. Tii penses à ce que tu veux; tes volontés sont souvent exaucées. Qu'elles le soient même toujours à l'égard de la présence des idées, j'y consens. Ert Un mot je veux que tes désirs soient les causes occasionnelles ou naturelles de tes connaissances. Mais sache que c'est moi qui forme en toi le désir ardent que tu as de contempler la beauté de Tordre ; sache que c'est moi qui produis dans ton cœur, par le plaisir que j'y excite, 1 amour que tu as pour les vrais biens; et que personne

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ne peut ifiôme souhaiter, comme il faut, s^ guéri^ni chercher et» invoquer son médecin, si je ne le délivre de Tassoupissement et de l'insensibilité où le péché Ta réduit. La vanité et la curiosité peuvent fournir assez d'attention pour résoudre un prol^lème. Op peut aimer par les forces du libre arbitre les vérités spéculative^, et même les vérités de pratique lorsqu'elles peuvent s'accorder avec ses propres inclinations; car les pécheurs ne haïssent pas l'ordre et la justice 0n toutes choses. Mais sans mon secours on ne peut peoser sérieusement à se convertir. On ne peut pas par ses propres fqjcpes S0 préparer à CQpabattre contre soj^même. On veut Invinciblement être heureux ; on qe peut donc sans une foi vive et une grande confiance sur les promesses de Dieu, sacrifier le plaisir qui rend acr^ tuellement heureux à des biens qu'oq ne goiite et même qu'on QO voit point.

43. Il faut, mon fils, que tu caches que le premier homme , avant sa chute, était animé de la charité; et que par la force de cette charité , il était le maître de son esprit et de ses pensées, N'ayant point alors de concupiscence, ses sens, son imagination et ses passions demeuraient dans un silence respectueux et ne troublaient jamais ses idées. L'ordre voulait que cela fût ainsi, et le même ordre , quoique immuable en lui-même , veut maintenant le contraire ; parce qu'alors il était juste que le corps fût soumis à l'esprit, et que maintenant il n'est pas juste que Dieu suspende les lois de la nature en faveur d'un criminel. Adam était donc en tout sens parfaitement libre; il était le maître de son attention; il pou-r; vait contempler la beauté de l'ordre et se nourrir uniquement et paisiblement de ma substance; il n'avait aucun besoin pour m'aimer que je prévinsse sa volonté par quelque plaisir, car il n'avait point de plaisir contraire à combattre, et la douceur de la joie qu'il goûtait, dan& l'état heureux où je l'avais mis, devait suivre pour le contenter jusqu'au jour de sa pleine et entière récompense.

44. Mais l'homme n'est plus dans le même état. Ses désir?^, il est vrai, sont encore aujourd'hui causes occasionnelles de ses idées, mais il n'est pas toujours le maître de ses désirs; sa concupiscence en excite une infinité malgré lui. Les objets de ses désirs indélibérés se présentent à l'âme ; ils la surprennent, ils la caressent, ils la séduisent; elle résiste quelquefois par le travail de l'attention et elle court après la vérité qui s'échappe ; mats elle se fatigue bientôt, car elle aime trop le repos; elle n'est pas long-temps sans se rendre au plaisir, car elle veut in-vinciblement être heureuse. Ainsi, mon fils, il est nécessaire que la grâce prévienne la volonté et forme en elle de bons désirs par une espèce d'instinct et de sen-

timent prévenant ; autrement jamais la lumière ne serait ni assez grande ni assez vive pour changer les déterminations déréglées da cœur humain T et parce que la concupiscence agit sans cesse et produit dans les justes même, par des plaisirs prévenants, mille désirs indélibérés qui affaiblissent peu à peu la charité ; la grâce actuelle de la délectation est encore nécessaire pour soutenir et pour augmenter la charité habituelle. De sorte que la grâce de sentiment doit ôtre jointe à la lumière pour acquérir et pour conserver jusqu'à la fin £amour dominant de l'ordre et de la justice.

45. Mon disciple bien-aimé a dit par mon esprit que l'onction de la grâce enseigne toute vérité et que ceux qui en sont oints n'ont besoin de personne pour les instruire *. L'onction produit la lumière; car lorsqu'on pense avec plaisir à quelque objet, on y pense avec attention. Or l'attention de l'esprit ne manque jamais d'être récompensée de la vue de la vérité , autant qu'elle le peut être , pourvu qu'elle soit constante et sérieuse * ; et cette même onction ne manque pas aussi de produire et d'entretenir la charité, parce que Ton ne manque jamais d'aimer un objet lorsqu'il a tous les caractères du vrai bien , lorsqu'il est beau à voir et agréable au goût , c'est-à-dire lorsque l'esprit reconnaît, par une lumière évidente , que c'est un bien, et qu'il en est convaincu par le sentiment du goût.

46. Or je suis non -seulement la cause véritable et la, cause méritoire de cette onction ou de cette délectation de la grâce, en un mot de toutes les espèces de grâce de sentiment qui sont en grand nombre, j'en suis encore, comme je te l'ai dit, la cause seconde, occasionnelle, physique, naturelle, distributive, car tous ces termes signifient^ ici une même chose ' ; je vais t' expliquer ce que les hommes doivent faire, afin qu'ils me déterminent à les toucher vivement et à répandre cette onction salutaire et efficace qui fait naître et qui entretient la charité dans les cœurs.

^7. Je suppose deux choses : la première que les hommes croient en moi , la seconde qu'ils désirent déjà les vrais biens. Il faut qu'ils croient en moi, autrement ils ne peuvent m'invoquer ; il faut qu'ils désirent les vrais biens, autrement ils ne me les demanderont jamais quelque persuadés qu'ils soient que c'est moi qui les distribue. Cela est clair. Ainsi il est certain que je donne aux hommes ces premières grâces sans qu'ils s'en mêlent ou sans qu'ils puissent le mériter en aucune manière. Mais il n'en est pas toujours de même à l'égard de ceux qui ont déjà reçu la foi et le désir

1. 1 Joan. 2, 27. — 2. Méd. ITT. — 3. Td. X et XII; Traité de la Nature et de la Grâce, deuxième discours.

de leur conversion. Il peuvent se préparer à recevoir la grâce et me solliciter , comme en étant la cause naturelle , à agir en eux ; ou, pour parler plus clairement, ils peuvent m'obliger, par l'amour que je porte aux pécheurs, à former quelques désirs par rapport à eux, lesquels désirs ne manquent jamais d'être suivis de la pluie de la grâce. Enfin ceux qui ont la charité justifiante peuvent attirer sur eux la grâce en deux manières plus efficaces. Ils le peuvent par la nécessité de l'ordre, qui à regard de Dieu est une loi inviolable; puisqu'ils peuvent par le bon usage des secours qui accompagnent toujours la charité mériter sans cesse de nouvelles grâces : et parce que je ne suis pas seulement l'architecte de l'Église, mais encore et le chef et l'époux, et que j'aime davantage les vrais fidèles qui ne font avec moi qu'un même corps que les infidèles et les pécheurs qui ne sont point encore Unis avec moi par la charité , les justes peuvent plus facilement me déterminer à prier pour leur sanctiHcation que les autres hommes. Les justes peuvent donc en général obtenir la grâce par deux voies fort efficaces : et par le mérite de leurs prières, l'ordre et la justice étant la règle inviolable des volontés divines; et par la faveur particulière qu'ils ont auprès de moi, qui répands la pluie de la grâce selon mes désirs, comme étant établi souverain prêtre des biens futurs par la loi générale de la grâce ^, par laquelle Dieu veut sauver tous les hommes en son Fils ». Supposé donc que du moins les hommes sentent la corruption de leur cœur et la cruelle servitude où le péché les a réduits, supposé qu'ils croient que je puis les en délivrer et qu'ils le désirent^ voici ce qu'ils doivent et peuvent faire pour obtenir et pour augmenter les secours soit de lumière soit de sentiment dont ils ont besoin. Je commence par les secours de lumière.

48. Comme tout homme a du moins quelque idée de l'ordre, ou de son devoir, quoique souvent il n'y pense pas, il faut qu'il considère avec attention cette idée. Il faut qu'il me prie par son attention, qui est la prière naturelle, aussi bien que par l'invocation, qui est la prière de la foi et de la grâce, car la grâce suppose la nature, et la nature doit servir à la grâce. Il faut, dis-je, qu'il me prie, en toutes les manières qui lui sont possibles, que je lui donne une idée claire de l'ordre, afin qu'il reconnaisse à sa lumière ses propres défauts. On ne peut guère contempler la beauté de l'ordre, sans avoir horreur de soi-même, sans se trouver insupportable à soi-même. Mais, lors qu'on reconnaît bien sa laideur et sa difformité, on ne manque pas d'en avoir honte. On aime cacher; on se méprise, on 3'humtlie, on se hait même en que

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