‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 110 sur 145 · I. I/pb. 9, 11. — 2. Joan · texte numérisé non relu

I. I/pb. 9, 11. — 2. Joan

manière; enfin on veut s anéantir, en ce senB qu'on voudrait bien du moins en partie, si cela se pouvait sans peine, cesser d'être ce qu'on est. Mais, parce que l'on ne peut aimer le néant lorsqu'on espère de guérir , celui qui croit que je suis le sauveur des hommes, et que je puis les délivrer de la servitude du péché, se sent pressé, par la force de son amour-^propre éclairé, à m'invoquer; et cela aveo d'autant plus de force et de persévérance, qu'il réveille et soutient davantage par la vue de l'ordre le désir que je lui in-» spire de sa guérison.

4 9. Mais , parce que l'idée de l'ordre est abstraite et n'a rien de sensible, elle s'échappe facilement ; il faut de l'attention, et une attention sérieuse et pénible pour l'arrêter fixe devant les yeux de l'esprit. Pour remédier à cela il faut tâcher de se la rendre seQsi>ble, en considérant les actions vertueu^s et héroïques des gens de bien. La beauté de l'ordre, revêtue, pour ainsi dire, des personnes qu'elle rend tout éclatantes, frappe, par les sens, l'esprit des plus grossiers et des plus stupides, et ne manque presque jamais de se faire aimer, lorsqu'elle brille, dans nos amis ou dans nos parents.

20. Ainsi il faut lire souvent les vies des saints Pères ; il faut avoir beaucoup de commerce avec les gens de bien ; et lorsqu'on a un ami ou un parent, que l'on voit animé de l'amour de la justice, il faut en considérer toutes les démarches* afin que sa conduite toute visible nous excite au bien par nos sens. Mais parce que lefs hommes quelque saints qu'ils soient ont toujours des défauts, tu ne dois pas tant les regarder, comme des modèles sur lesquels on peut se former, que comme des miroirs où l'on peut considérer avec plaisir la beauté de l'ordre, laquelle seule doit être l'objet de ton amour, et la règle inviolable de ta conduite.

%i. Néanmoins, mou fils, si tu veux un modèle sans défaut, regarde la vie que j'ai menée parmi les hommes. Tu ne peux trop considérer ce modèle. Mais sache qu'afih que tu t'y conformes plus sûrement, tu dois encore consulter l'ordre tel qu'il est en luimême. Car ce n'est pas m'imiter que de faire ce que j'ai fait. Pour m'imiter il faut faire ce que j'ai fait, mais dans le même esprit et de semblables circonstances, ce qui ne se peut, si l'on ne quitte l'ordre rendu sensible aux hommes par des actions qui frappent leurs sens, et si Ton ne rentre souvent en soi-même pour contempler Tordre intelligible, la justice, la raison, la loi éternelle et inviolable de toutes les intelligences.

82. Gomme la plupart des hommes ne sont point faits au travail de la méditation, et ne peuvent i;entrer en eux-mêmes pour écouter en silence la voix purement intelligible de la raison, ils

MÉDITATIONS GHRÉT1BNNE8. ' S7t

doivent s'iDStruire de leurs devoirs par la lecture des livres saints, et régler leurs sentiments par l'autorité infaillible de^ma parole» J'aime les hommes^ je connais leurs misères, je sais les remèdes dont ils ont besoin ; ils doivent donc suivre mes conseils sans bési^ ter. Je suis sage, mais je suis bon ; puis-je les tromper? qu'ils lisent donc avec une foi respectueuse les paroles de mon Évangile. Qu'ils observent ce que j'y prescris; et quelque grossiers et stupides qu'ils puissent être, ils apprendront plue de vérités, ou du moins ils ne seront pas si sujets à Terreur, que les libertin» et les volup» tueux les plus éclairés.

23. Lorsqu'on n'est point en état de travailler, on doit profiter des travaux des autres. Les saints Pères pleins d'amour pour la religion méditaient jour et nuit la loi de Dieu. Il faut que celui qui n'est point en état de découvrir les vérités sublimes que je leur ai enseignées, profite de leurs travaux. Néanmoins il ne faut pas tellement les croire à leur parole, qu'on ne me consulte souvent, pour voir si je parle à l'esprit, comme ils font aux yeux. Ils ont été hommes et sujets à l'erreur. Lorsqu'ils parlent comme témoins de la doctrine de leur siècle, il faut se rendre à leur témoignage, et respecter ma parole dans la tradition de TÊglise. Mais lorsqu'ils proposent leurs propres sentiments, tu dois les écouter avec quelque espèce de défiance, et ne te rendre jamais entièrenaent que je ne l'ordonne.

:24. Les conseils et les exemples que je donne dans l'Évangile ne sont aussi utiles qu'à ceux qui le lisent avec foi, et avec attention. Sans cela personne n'en peut faire la règle de sa conduite. Pour la lecture des ouvrages de piété, la prédication, la conversation avec des personnes vertueuses, les bons exemples, leur principale utilité c'est qu'ils rendent sensible la beauté intelligible de l'ordre ; beauté par elle-même trop pure et trop chaste pouf solli^ citer des cœurs corrompus, forme trop abstraite et trop relevée pour plaire aux hommes et pour les réformer, si je ne la proportionne à leur faiblesse.

25. 0 mon unique maître, je suis convaincu que l'ordre doit être seul la règle de ma conduite, et ma loi inviolable ; et je vois bien que tout ce que vous avez fait sur la terre c'a été pour m'en découvrir la beauté et me la rendre aimable sur toutes choses. 0 amour dominant de l'ordre et de la justice I 0 charité, qui seule peut me donner la vie, et me rendre agréable aux yeux de Dieu, régnez dans mon cœur, détruisez tous ces amour^ déréglés que '^'^ fausses beautés ont fait naître en moi. Sagesse éternelle, vous i la lumière et la raison de l'hommo, mais après sa chute vous

S80 ^ ttÊDITATIOiNS CHRÉTIENNES.

encore son sauveur : car en cet état il lui faut un sauveur, parce qu'il ne pei)t plus ni voir fixement la lumière, ni suivre constamment la raison. La vie de l'âme c'eft l'amour dominant de l'ordre ; mais si l'homme peut voir en partie la beauté de l'ordre, il ne peut sans vous la contempler avec plaisir. Il ne peut en être assez touché pour la préférer à toutes choses si vous ne la lui rendez aimable par la douceur de votre grâce. Apprenez-moi donc, mon Sauveur, ce que je dois faire pour obtenir cette délectation intérieure qui doit produire et entretenir la charité dans mon cœur. Je vois bien ce qu'il faut faire pour obtenir les secours de lumiëre; mais je ne sais point les moyens d'obtenir les secours de sentiment, qui sont les plus propres et les plus efficaces pour me remplir de votre amour.

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