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Sftâ MÉDITATIONS GHRÉTI^NNEB.
de ces aortes de grâces, et que la concupiscence se fortifie sans cesse, même dans Tusage nécessaire des biens sensibles; l'esprit s'aveugle, le cœur s'endurcit, on devient insensible, ou plutôt on n'a plus que du dégoût et de l'borreur pour tout ce qui peut rendre à rame la force et la santé.
8. Afin que tu comprennes clairement, mon cher disciple, ce que c'est que l'oraison et*la nécessité qu'il y a de prier, souvienstoi seulement de ce que je t'ai déjà dit : savoir qu'il n'y a que deux principes qui déterminent , et qui arrêtent au bien le mouvement inquiet de la volonté, la lumière qui le découvre à l'esprit, et le plaisir prévenant ou autre qui le fait goûter à l'âme. Car cela suffît afin que tu reconnaisses que l'oraison n'a en général que deux parties essentielles, l'attention de Tesprit et l'affection du cœur ; puisque l'attention produit naturellement la lumière , et que Taffection renouvelle en quelque manière le plaisir, ou du moins qu'elle entretient l'âme dans le mouvement que le plaisir a déjà produit en elle.
9. L'attention est une prière naturelle, que l'esprit me fait comme à la raison universelle, afin qu'il reçoive de moi la lumière et l'intelligence; et j'exauce toujours cette prière, lorsqu'elle a ceritaines conditions que je t'ai expliquées auparavant ^ L'affection du cœur, dont je te parle présentement, est un mouvement actuel que tu produis librement en toi par la force de ta charité, excitée par la lumière , que je te donne toujours en conséquence de ton
" attention. Mais il faut que je t'explique cela plus au long, de peur que , faute de bien concevoir ce que je te dis, tu ne tombes dans quelque erreur.
iO. Tu sais bien que Dieu ne créant et ne conservant les esprits que pour lui, il les pousse vers lui sans cesse; et que c'est cette impression continuelle de Dieu qui fait la volonté des hommes, puisqu'ils ne sont capables d'aimer aucun bien en particulier, que par l'amour naturel et invincible que Dieu leur donne pour le bien en général*. Or la lumière peut déterminer vers un bien particulier le mouvement général de Tâme ; car il suffît qu'un objet paraisse bon, afin qu'on se porte à l'aimer. Ainsi , puisque tu es souvent le maître de ton attention , et que l'attention est la cause occasionnelle de la lumière , il est visible que tu peux exciter en toi l'amour de certains objets , non en produisant dans ton cœur quelque mouvement nou* veau d'amour, mais en déterminant diversement un amour qui est
• aussi ancien que toi-même.
1. Méd. III. — 2. Traité de ta Nature et de la Orâce, troisième discours; Hech. de la Vérité, liv. IV, ch. l; jprcmiQT Eclaircissement, liv, let ailleurs.
1 1 . De même lorsqu'un homme a la charité ou quelque autre amour habituel, s'il se représente clairement l'objet de son amour, cela suffira pour exciter en lui quelque affection. Mais quoiqu'il puisse de cette manière entretenir le mouvement de sa charité , je veux dire la disposition naturelle ou nécessaire à se mouvoir vers le vrai bien, il ne peut néanmoins l'augmenter. Car il n'y a que les sentiments qui augmentent les mouvements indélibérés, ou les dispositions naturelle^ à se mouvoir ; il n'y a que le plaisir qui augmente positivement le mouvement naturel de l'âme. La lumière toute seule laisse l'esprit à lui-même ; elle ne le transporte point ; elle fait seulement qu'il se porte vers l'objet qui lui paraît bon , supposé que d'ailleurs l'âme ait du mouvement pour cela. Ainsi la lumière peut bien augmenter la charité de choix , ou la faciliter à consentir aux mouvements de charité , mais elle ne peut augmenter cette même charité. Le plaisir, au contraire, détermine invinciblement les esprit^ à proportion de sa force; il ne suppose point d'autre mouvement que celui qui fait l'essence de la volonté. Il suCBt qu'on veuille être heureux , pour s'abandonner à lui , parce que effectivement le plaisir rend formellement heureux. Ainsi il n'y a que la grâce de sentiment qui puisse augmenter le mouvement de la charité. Mais comme tu n'es point à toi-même la cause occasionnelle de tes sentiments , il faut que tu m'invoques, afin que je répande en toi cette espèce de grâce ; et si tu prends soin de conserver la charité * , qui en est une suite, assure4oi que je ne cesserai point de l'augmenter.
12. Mais quoique la lumière n'augmente point directement et par elle-même le mouvement de la charité, elle peut néanmoins l'augmenter en affaiblis^nt la concupiscence, son ennemie. Ce sont, mon fils, les affections qui entretiennent et qui fortifient les passions ; car de même que, pour perdre de mauvaises habitudes , il suffit de cesser d'en former les actes , afin d'affaiblir les passions il suffit aussi de s'éloigner des objets qui les excitent. Or, la lumière que l'esprit reçoit dans l'oraison lui découvre mille motifs d'éviter ces objets. Il est permis à tout le monde de rentrer en soimême, de comparer le temps avec l'éternité, les biens de la vie présente avec ceux que la foi nous promet dans l'autre. Il faut comparer pour faire choix , et il faut comparer sérieusement lorsqu'il est question de faire choix sur un sujet de cette importance. Enfin ,
1. Par la charUé il faut toujours otitendre ici l'habitude q«le la délectation de la grâce produit en noua par son efficace propre, et non po» celle qu'on acquiert à consentir à la grâce ; car cette dernière espèce de charité, purement libre et mé* toire, peut s'augmenter en mille manières sans aucun plaisir prévenant. (Voy Méditation qui suit, depuis Tarticlc 13 jusqu'à l'article 20.