Tu crains, mon fils, de me reconnaître pour Ion sauveur
et de me découvrir les maux comme à Ion médecin ? Est-ce que tu veux m'éprouver pour ton juge? Si je ne te lave point dans mon sang , tu n'auras point de part à mon héritage ; et si tu ne me déclares point tes péchés en la personne de mes ministres, je né t'en donnerai point par eux Tabsolution. Mes prêtres me représentent ils ne doivent pas agir comme des aveugles ; ils doivent savoir ce qu'ils font. Ils sont juges , ils sont médecins : peuvent-ils agir sans connaissance? Prends garde, mon fils, que ta paresse et ta négligence ne soit le principe de ta crainte, et que la honte de dire à un homme ce que tu n'as pas honte de faire.aux yeux de Dieu, ne t'empêche de découvrir tes désordres. Écoute-moi : voici comment tu dois te préparer à recevoir l'absolution de tes péchés dans le sacrement de pénitence.
24. Lorsque lu sens ta conscience chargée de quelque péché , c'est moi, comme ta raison, qui te fais déjà sentir ce poids, et qui excite, pour ton bien, les remords qui te troublent et qui t'inquiètent. Pense-donc. d'abord à la sainteté de Dieu , crains sa justice , et distoi souvent à toi-même , que c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant 1 La mort est incertaine , et l'éternité la suit. Souviens-toi ensuite que je suis le sauveur des pécheurs , et que tu as en ma personne un puissant intercesseur auprès de Dieu. Pleure, gémis, humilie-toi, méprise-toi dans l'état misérable où le péché t'a réduit, et invoque-moi avec confiance et avec joie : tu honoreras mes qualités , et je me ferai un plaisir de te délivrer des maux qui t'accablent. Je récompenserai ta foi , et tu seras convaincu que j'ai véritablement la qualité que tu me donnes. Viens-donc dans le mouvement d'amour que je t'inspire pour récompenser ta confiance ; viens te prosterner à mes pieds en la personne du prêtre, et me confesser tes désordres avec humilité, sincérité, repentance. Sers-toi du mouvement actuel que je te donne pour obtenir, par l'efficace du sacrement , la charité justifiante , l'amour dominant de l'ordre et de la justice que tu as perdu. Ne remets point ta conversion , n'endurcis point ton cœur, ne te rends point plus criminel par une indifiFérence mortelle et par une nonchalance fort périlleuse. Écoute-moi dans la personne du prêtre , comme ton juge aussi bien que ton sauveur ; ne résiste point à la pénitence qu'il t'impose ; compare les peines qu'il t'ordonne avec celles dont il te délivre et avec la grâce inestimable qu'il te communique par le sacrement; grâce qui te met au nombre des enfants de Dieu et qui te donne droit aux biens éternels. Ne pense pas à chercher d'autres prêtres plus indulgents , car je ne te ferai peutêtre pas demain la grâce que je te ferais aujourd'hui. Je suis d'au- I. S5
4»0 MÉDITATIONS CUnÉTlENNES.
tant plus indulgent que mes ministres sont sévères ; et les pécheurs, qui veulent trouver des prêtres indulgents , ne trouveront pas toujours en ma personne un sauveur incessamment appliqué à les déliNter de leurs misères. Enfin, mon fils, lorsque tu as reçu l'absolution, n'oublie pas aussitôt tes offenses et ma bonté. Souvienstoi que tu as été délivre des peines éternelles et que tu as été lavé dans mon sang. Conserve avec soin ta charité ; ne laisse point éteindre l'esprit qui t'anime ; les rechutes sont dangereuses; il faut plus de grâces, et j'en donne moins. Veille, prie, évite les occasions du péché, et n'attends pas à te relever que ta chute t'ait donné la mort ou t'aft rendu insensible à la perte que tu as faite. Prends pour directeur une personne qui ait de l'expérience, de la piété, de la science ; examine bien pour faire un bon choix, mais ne change plus. Tu ne changes pas volontiers ton médecin lorsque tu es persuadé qu'il connaît bien ton tempérament et les infirmités. Prends garde, néanmoins, à ne pas le croire sur sa parole s'il te donne des conseils opposés aux miens. Lorsque je te parle clairement dans le plus secret de ta raison , tu ne dois plus consulter personne : ton confesseur est sujet à l'erreur, il te peut tromper ; il a de la complaisance , il est sensible à l'amitié , il te peut flatter. Préfère néanmoins à ton sentiment celui de ton directeur, lorsque tu peux le suivre sans remords et sans inquiétude : tu dois me préférer à ton directeur ; mais , dans le doute , tu ne dois jamais te préférer à persoime.
!25. Je vous rends grâce, mon sauveur et mon unique jnaître, des remèdes excellents que vous apportez à nos maux et des instructions salutaires que vous me donnez pour m'en servir utilement. Hélas 1 en combien de manières appliquez-vous aux pécheurs le prix de votre sang ! et que ne faites-vous point pour me faciliter Je chemin qui me doit rendre éternellement heureux 1 Seigneur, que notre salut vous est cher! mais que l'homme est ingrat , qu'il eit insensible ! Il ne sent point ses maux , il ne reconnaît point vos bienfaits! Semblable à un malade insensé qui insolte aux médecins et qui , tout moribond qu'il est , s'imagine avoir assez de force pour vaquer à ses affaires , il ne sent point. Seigneur, son impuissance pour le bien et méprise fièrement les ordonnances que vous lui prescrivez. 0 sage médecin de mon âme ! je veux suivre humblement vos conseils et me servir de vos remèdes avec tous les sentiments possibles de reconnaissance ! Lavez-moi, purifiez-moi dans votre sang , rendez-moi la vie par votre mort; ne permettez point que je m'égare et que je retombe dans mes désordres; donnez-moi enfin un conducteur fidèle qui me conduise dans vos voies , qui me
MÉDITATIONS CHKÊTIENNES. /ill
soutienne dans mes faiblesses , et qui me relève promplement et charitablement de mes chutes !
DIX-SEPTIÈxME MÉDITATION.
Raisons de Tinstitution de reucharistie. Effets de ce sacrement. Préparations
à le recevoir.
1. Me voici à vos pieds, mon unique maître, pressé d'un désir extrême de vous entendre parler sur le plus auguste de vos sacrements. Surpris de relTicace du baptême, de la confirmation, et de la pénitence, que vous m'avez expliqués plus au \ox\%, mon esprit s'est trouvé transporté de joie à la pensée de l'eucharistie. Je me suis imaginé que si vous faites tant de bien aux hommes avec un peu d'eau , une goutte d'huile, et quelques paroles remplies de votre Esprit, que le sacrement qui contient effectivement votre corps, votre sang, votre âme et votre personne sacrée, devait être un principe de grâce si fécond et si divin, que désormais rien ne me pouvait manquer si je savais en profiter. 0 mon Sauveur, augmentez ma joie, satisfaites à mes justes désirs, ne refusez pas de m'expliquer
. le mystère que vous avez étabh pour nous combler de vos faveurs.
2. Tu as raison, mon fils, de croire que l'eucharistie est une source de grâces tout extraordinaire et toute divine. Les autres sacrements sont plutôt des canaux que des sources; ils répandent la grâce, mais ils n'en contiennent pas le principe et l'auteur. Ils justifient ceux qui les reçoivent, mais ils ne sont pas établis pour donner à l'âme toute la force «t la perfection dont elle est capable. J'ai institué le baptême pour donner des enfants à mon Église; la confirmation pour leur soutenir le courage contre les attaques de l'ennemi; la pénitence pour les rétablir en grâce; l'extrême-onction pour les délivrer de leurs infirmités; l'ordre et le mariage pour le ï)ien de mon Église en général , pour donner à mes ministres droit à la grâce de leur ministère. Car les personnes mariées doivent comme ministres selon l'ordre de la nature, m'offrir et me préparer à leur manière des matériaux que mes ministres, selon un ordre plus saint et plus relevé, puissent bénir, consacrer, sanctifier. Ainsi les autres sacrements ne donnent ordinairement aux chrétiens que ce qui leur est nécessaire pour conserver leur qualité ; mais les justes reçoivent par l'eucharistie toute la force et toute la perfection dont ils sont capables. Je vais, mon fils, t'exposer les raisons principales de l'institution de ce sacrement. Écoute-moi avec beaucoup d'attention.
3. Tu agis presque toujours comme si ton corps faisait partie de ton être propre, et que ta nourriture et ta vie fût ce pain matériel dont tu te nourris, et que tu pusses trouver ton bonheur panni les objets qui frappent tes sens. Séduit et aveuglé par le corps auquel tu es uni, tu penses naturellement que ses biens et ses maux te sont communs. T\\, te trompes, mon fils, dès que tu cesses de rentrer en toi-même pour m'écouler. Ce toi à qui je parle , et qui m'entend , est une substance spirituelle qui peut sans ton corps subsister tout entière. Cette substance est unie à un corps, et fait avec lui ce qu'on appelle un homme ; mais ce que tu vois de l'homme n'est pas l'homme. N'oublie jamais ces paroles pleines de sens que tu as apprises étant encore enfant. L'homme est un composé de deux substances, de ce toi qui conçoit ce que je te dis, et de ton corps, substance terrestre, animale, insensible. Or ton corps a sa nourriture, et toi la tienne. Il trouve parmi les corps de quoi conserver sa vie et sa perfection, qui ne consistent que dans une circulation parfaite des humeurs, et dans une juste conformation de ses membres. Mais toi, mon cher fils, tu ne trouveras point, je ne dis pas dans les corps, mais parmi les Intelligences les plus parfaites, de substance intelligible capable de te nourrir, de te perfectionner, de t'éclairer. La substance spirituelle de ton être ne peut se nourrir que de la substance intelligible de la raison. Je te l'ai dit cent fois : tu le crois, tu en es même pleinement convaincu. Mais c'est quand tu y penses, et tu n'y penses point assez.
4. Que si tu n'y penses point assez, mon cher fils, toi qui as mérité par ton attention d'apprendre cette vérité, ces philosophes grossiers qui s'imaginent recevoir de leurs sens tout ce qu'ils ont de connaissances ; ces philosophes, superbes qui se croient être à eux-mêmes leur maître et leur raison; le commun des hommes qui ne fait pas seulement attention de quel côté vient la lumière qui le frappe, y pensera-t-il? Ne vois-tu pas que les hommes, semblables aux bêles les plusstupides et les plus insensibles, mangent «ce que je leur présente sans me reconnaître pour leur bienfaiteur ; et que pourvu que ce que je leur donne soit conforme à leur nature ou leur flatte le goût, ils s'en repaissent sans s'enquérir de ce que c'est. N'est-ce 'pas là se nourrir brutalement de la raison et se servir de la lumière sans penser qu'elle vient du soleil? Lorsqu'on présente aux ivrognes du vin qui les réjouit, ils demandent quel est le pays qui le produit. Lorsqu'on met sur une table quelque mets inconnu, chacun désire d'en savoir le nom et peut-être la manière de l'apprêter. Mais personne ne se met en peine de savoir quelle est la substance qui nourrit l'esprit. Bien loin de rechercher avec
empressement quelle est la nature de cette substance dès que lu en as voulu parler, t'en souviens-tu? des esprits ingrats et stupides t'ont interrompu comme si tu proposais des questions inutiles; ils t'ont traité de visionnaire; tu n'as. fait qu'exciter leur raillerie.
5. Cependant, mon fils, les plus ingrats et les plus stupides aiment naturellement ce jquï les nourrit. Ils s'en occupent avec plaisir; ils le recherchent avec soin. Et cela est juste et naturel, car il est juste et naturel d'aimer ce qui peut faire, du bien. Si les objets sensibles pouvaient nourrir ta propre substance, tu pourrais y penser, les aimer, les rechercher. Mais les corps qui t'environnent ne peuvent rien sur ton être propre, ni même sur le corps que tu animes. Je veux bien néanmoins que tu t'en approches par le mouvement local ; mais je ne puis pas te permettre de t'y unir par le mouvement de ton amour. Car tu ne dois aimer que ta nourriture propre, que ta vie, ta raison, la cause de ta perfection et de ton bonheur. Certainement tu ne dois aimer que Dieu, puisque tu es indispensablement obligé à l'aimer de toutes tes forces. Ainsi, mon fils, si les hommes étaient convaincus d'une manière sensible et palpable que je suis leur raison, la nourriture de leur esprit, le principe de leur vie et de leur perfection ; ils auraient sans doute le plus puissant et le plus juste motif qu'il y ait de s'unir à moi de toutes les puissances de leur âme. Or j'ai voulu leur fournir ce motif. Car voyant qu'ils ne pouvaient pas facilement rentrer en euxmêmes, je me suis servi de la foi qui parle à l'esprit par les sens. Je leur ai appris par l'institution du sacrement de mon corps et de mon sang , que je suis véritablement leur nourriture, qu'il ne tient qu'à eux de vivre de ma substance; et que si les voluptueux aiment les viandes dont ils nourrissent leur corps, on ne peut sans ingratitude, sans aveuglement, sans une insensibilité étrange, s'approcher de mon sacrement sans amour.
6. Une des raisons pour lesquelles j'ai donné aux hommes ce pain céleste est donc pour leur marquer sensiblement que je suis le pam qui nourrit actuellement la substance de leur àme, et par la les porter à m'aimer de toutes leurs forces ; mais que ce n'est pas là, mon fils, la principale 1 Je ne pense point tant à marquer le passé qu'à figurer le futur. Écoute-moi. Les biens et passés et présents ne sont que des ombres et des figures des biens à venir. Je suis nécessairement la nourriture et la vie de toutes les intelligences ; mais je ne me suis encore communiqué aux hommes que d'une manière fort imparfaite.
7. L'homme, avant son péché, pouvait à la vérité vivre de la raison, il pouvait manger librement du fruit qui donne l'immortalité;
014 MÉDITATIONS CIinÉTIENNES.
mais ce fruit n'avait point alors certains attraits sensibles qui font qu'on n'en veut point manger d'autres. Dès que l'homme est tombé dans le péché, l'accès à l'arbre de vie lui a été exactement défendu à lui et à sa postérité; et si quelques personnes se sont nourries de la sagesse * et ont consulté sérieusement la raison, sache, mon fils, qu'ils ne l'ont fait que d'une manière fort imparfaite, ou qu'ils n'ont mérité cette grâce que par la force de leur foi*; car On ne passe à l'intelligence des vérités capables de nourrir l'esprit que par le mérite et le secours d'une foi humble et soumise. Ainsi je ne me suis communiqué aux hommes que -d'une manière imparfaite, soit dans le désert, soit même dans le paradis terrestre. Mais^dans le ciel je me donnerai tout entier à eux. Mes enfants vivront uniquement et paisiblemeiit de ma substance; ils ne pourront plus manger d'autres fruits que de ceux que je produis; je ne serai plus à leur égard une manne 3 dont la vertd est cachée ; ils trouveront en moi une douceur inexplicable, car je renferrrie dans la simplicité de mon être une variété infinie d'attraits et de biens. Ceux qui ont mangé de la manne dans le désert sont morts * , mais ceux qui se nourriront de ma substance vivront éternèllerhent. Les Juifs ont mangé l'agneau avec des herbes amères», debout et à la hâte, comme des gens qui sont dans la crainte et pénétrés de douleur. Mais les chrétiens dans le ciel seront assis à ma table ^. Ils mangeront de l'Agneau même de Dieu ; ils auront part à la victime; ils se nourriront avec Dieu d'une môme substance, et jouiront à leur manière ' d'une même félicité. Voilà, mon fils, ton espérance, voilà ta fin, voilà l'objet de tes désirs. C'est aussi cela principalement que j'ai voulu figurer par Teucharistie, que Dieu reçoit comme sacrifice et toi comme sacrement; car si maintenant tu manges réellement moîi corps et bois mon sang, tu rie dois pas douter que tu ne te nourrisses dans le ciel de ma substance. Je te marque donc par l'eucharistie que je suis réellement la raison et la nourriture de l'homme ^ , mais je le figure encore par ce mystère bien d'autres communications de moti être. Je te fais espérer un bonheur dont tu ne peux te former une trop grande idée. Je t'en donne même un gage bien sur. Ainsi ce myi^tère doit exciter daris ton ccëur des désirs et des mouvements qui te tiennent toujours en aclioil, jusqu'à ce que tu jouisses des biens que je t'ai promis.
8. Peux-tu après cela, mon fils, penser aux corps qui t'ënvironnetit et te hoiirrir des plaisirs sensibles, toi qui ne dois vivre que
1. Pto\3. 3, lÔ. —2. Bsa. 7, 9; apwrf 70, v. A.UG. — 3. Sap. 16, 20, 21. — 4.Vo«n. 6, 49, 51..— 5. Bxod, 12. — 6. Luc. 22, 30 ; Apoc. 19, 9. — 7. Mallh. 25, 11.— 8. Joan. 6, 55.
MÉDITATIONS CHRÉTIENNKS. Û15
dé ma substance, et qui as de fermes assurances de jouir un jour de tous mes plaisirs? Seras-tu semblable "au fils d'un souverain, qui pleure pour un jouet et qui préfère une pomme à sa couronne? Pense, mon fils, pense sérieusement à ta dignité, à tes qualités, à tes espérances; ne vis présentement que de l'avant-goût des biens éternels, et méprise tous ces objets puérils qui partagent ton cœur avec nTDi et qui t'arrêtent dans ta course vers le vrai bien.
9. 0 mon Sauveur, qui pourra comprendre la stupidité de l'esprit humain? qui pourra pénétrer le dérèglement de sort cœur? Quand vous me parlez, je suis semblable à un enfant qui entend raison ; j'ai honte de moi-même et de la bassesse de mes inclinations. Mais dès que je ne suis plus en votre présence, je retombe en enfance; une bagatelle m'arrête, je m'amuse à perdre le temps par lequel je puis gagner l'éternité. Insensibilité effroyable! L'enfer est prêt à me dévorer. Mon Seigneur, qu'il n'y ait point d'enfer 1 Mais je puis perdre des biens dignes de la magnificence d'un Dieu, des biens mérités par le sang d'un Dieii, des biens qui font la félicité de Dieu même; je puis perdre ces biens, mais pour une éternité, et je suis sans inquiétude. Toujours semblable à un enfant, je prends de la boue et des tuiles cassées; je m'amuse à bâtir une hutte qui ne peut contenir que la moindre, et la dernière partie de mon être. Cette hutte va se renverser avant qu'elle soit faite ; je le sens même en la faisant; je sais du moins que tout fondra sous mes pieds à nia mort. Et ce[)endant, ferme dans mes grands desseins, je me fais un plaisir de m'aveuglor, de me séduire, de m'endurcir. Misérable que je suis! Quel est le prince content de sa fortune et de sa gloire? Et moi je vivrai content, ^lorsque je me serai fait l'établissement que je désire? Mais plus je vivrai content, plus je craindrai la mort ; je ne puis donc vivre content que je ne pense point à la mort. Mais la cruelle s'approche, la voici, et je suis dans l'éternité. Seigneur, où sera ma demeure, ma nourriture, mes plaisirs? 0 Jésus, que ceux-là sont heureux à qui vous parlez sans cesse; ils se regardent ici-bas comme des voyageurs; ils vivent sous des tentes comme Abraham, Isaac et Jacob *. Pleins d'espérance, fermes sur votre promesse, ils méprisent généreusement les biens qui passent. Ils se font un établissement dans la Cité sainte, dont les fondements sont inébranlables, et dont Dieu même est l'architecte et le fondateur. 0 mon unique maître, éclairez-moi sans cesse; rompez, mon Sauveur, les liens qui me tiennent captif. Vous me promettez les vrais biens; vous me donnez par votre sacrement un gage de votre promesse. Mais j'ai l'esprit si petit et si