‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 13 sur 145 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Providence dans la distribution des biens et des maux ; et Malebranche croit fermement qu*il a réconcilié la raison et la révélation, la philosophie et la foi.

Au milieu de ces doctrines diverses , souvent vraies , toujours sublimes, quelquefois étranges et subtiles, et que Malebranche a plus de raison qii'il ne croit d'appeler ses Visions métaphysiques, circale une morale pure et toute di<vine; la morale chrétienne, dévouée, résignée, acceptant le devoir comme un honneur , et la souffrance comme une grâce particulière. Platon est le premier qui ait mesuré la grandeur de Thomme au nombre et à la rigueur de ses devoirs ; mais c'est la morale chrétienne qui est venue nous apprendre à adorer la main qui nous châtie, à recevoir les maux que Dieu nous envoie comme des preuves de sa bonté paternelle, et à les faire tourner à notre gloire et à notre sanctification. Le précepte de la contemplation , imposée aux âmes privilégiées , les habitudes de la vie intérieure , les règles monastiques, Texamen de conscience, l'usage de la confession, l'institution des directeurs, ou pour employer le terme consacré, des pasteurs des âmes, fournissent aux docteurs de la morale chrétienne des lumières que la philosophie profane n'aurait pu obtenir par l'observation individuelle. Psychologie d'autant plus profonde, qu'elle repousse également les doctrines qui dégradent l'homme, et celles qui aspirent à une perfection surhumaine et ne s'a^ perçoivent pas que datis cette guerre généreuse contré l'intérêt , elles ne font que sacrifier tout autre intérêt à celui de l'orgueil; morale véritablement divine qui mesure son enseignement à la force et au caractère de chaque intelli» gence ; qui dit à Tune : aimez- lé bien avec simplicité, et servez Dieu avec des intentions droites ; et qui découvre à l'autre tous les mobiles les plus secrets de nos actions , ce troisième homme que l'attention la plus persévérante

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nous fait à peiné reconnaître au fbnd de nous-mêmes , les sopbismes des passions , et les vices qui se prennent dé bonne foi pour des vertus ; règle sûre^ universelle , constante , qui ne laisse rien à décider aux passions , qui enseigne lautorité souveraine, absolue, du devoir et de Ta- , mour de Dieu , sans condamner l'amour du bonheur que Dieu même nous inspire , et qu'on ne peut dépouiller sans arracher sa vie de ses entrailles et la jeter loin de soi. Malebrancbe parle à la fois au cœur et à la raison , quand il exhorte le pauvre à se reconnaître indigne de Fhonneur de la pauvreté. La noblesse de ses pensées éclate jusque dans sa théorie des causes occasionnelles, quand après avoir montré que la volonté de Dieu est seule efficace, et que c'est sa puissance qui accomplit toute chose, il s'écrie : » Ah ! Dieu seul est le lien de notre société ! qu'il en soit la fin, puisqu'il en est le principe. N'abusons point de sa puissance. Malheur à ceux qui la font servir à des passions criminelles. Rien n'est plus sacré que la puissance , rien n'est plus divin. C'est une espèce de sacrilège que d'en faire des usages profanes. C'est faire servir à l'iniquité le juste vengeur des crimes ^.. *» La loi du devoir est le fondement de toute cette morale; loi sainte, que les chrétiens appellent l'amour de Dieu, parce que leur Dieu étant le bien lui-même, obéir au devoir, aimer le devoir, c'est obéir à Dieu et l'aimer par-dessus toutes les créatures. L'esprit du christianisme, qui fait partout de l'amour, le principe, ou du moins l'auxiliaire de l'obéissance, respire dans la philosophie morale de Malebrancbe. « Il ne faut jamais^ dit-il, aimer un bien absolument, si l'on peut sans remords ne le point aimer. »» C'est sous cette forme qu'un cartésien devait dire qu'il ne faut aimer que Dieu ; et uYi chrétien, qu'on ne doit obéir qu'au devoir.

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