‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 14 sur 145 · Septième ISntr · texte numérisé non relu

Septième ISntr

xxu IKTBOOVGTION.

Une morale pure est une des plus certaines conditions de succès pour une doctrine philosophique. Malebranche dut à kl noblesse de ses sentiments, à Tôlévation de sa phi<* losophie morale, une partie de l'éclat dont il se vit entouré. Jamais succès ne fut plus grand. La profondeur et la iiou^ veauté des idées , la grâce et les charmes du style , un îimour sincère de la vérité, une imagination féconde et originale, à chaque pas des maximes neuves ou hardies, des observations prises sur le fait, des principes féconds en applications; toutes les grandes questions agitées et résolues, la foi transportée tout entière dans la philosophie , des beautés si diverses et si parfaites, expliquent et justifient de reste l'admiration dont Malebranche fut constamment l'objet pendant sa vie. La Recherche delà Vérité, publiée en 1674, eut successivement six éditions, fut traduite en latin par l'abbé Lenfant ; on en publia deux traductions anglaises et une en grec vulgaire. «« On y remarqua , dit Diderot, du style, de l'imagination et plusieurs autres qualités que le propriétaire ingrat s'occupait lui-même à décrier. H Rien n'égale en effet l'abondance des vues, la finesse et la nouveauté des observations dans toute la partie de cet ouvrage qui traite des causes de nos erreurs, et de la puissance de l'imagination. La théorie de la vision en Dieu s'empara immédiatement des esprits et provoqua de toutes parts la plus vive polémique. On pressa l'auteur sur les principes qu'il émettait touchant la grâce efiicace ; et il sentit pour lui-même et poui* les autres le besoin de montrer l'accord de' sa philosophie avec les doctrines de l'Église. C'est l'objet principal des Conversations chrétienties, entreprises à la prière du duc de Chevreuse, et qui furent publiées en 1677. Les Médiiaiions qui parurent cinq ans après , tirées à quatre mille exemplaires , furent enlevées en un instant. Le Traité de morale est de l'année suivante, et les Entretiens métaphysiques , de 1687. C'était son

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cheWœuvre , au jugement de Daguesseau ; mais Malebranche préférait les Médiiaiicns. Ce sont en effet les deux ouvrages où il a pris son vol le plus haut. On ne saurait rien concevoir de plus clair, de plus varié, de plus animé que la forme des Entretiens. C'est un admirable résumé de toute la philosophie de Malebranche; on y rencontre des traité d'imagination dont la grâce ne serait pas démentie par Platon lui-même, et quelquefois des mouvements d'éloquence où t'inspiraiion est si abondante et si évidente, qu'elle se comffiuiiiqae aussitôt par une sorte de contagion naturelle. Fonteneile, dans l'Éloge de Malebranche, dit, en parlant des M&UiaiicmSy où Malebranche comme on'sait introduit le Verbe lui-même , dictant en personne les réponses de ia raison immuable, que l'auteur a répandu dans cet écrit une majesté et une tristesse solennelles , qui tiennent l'âme élevée au-dessus des sens et ne lui permettent pas d'oublier la présence de Dieu. Parmi les ouvrages Booios importants , on doit citer, outre un grand nombre de lettres et d'écrits polémiques , le Traité de Vûmour de Dieu, eiYEndretiend un philosophe chinois at^ec un philosophe chrétien^ que Malebranche composa à la prière de M. de Lionne » évêque de Rosalie , et vicaire apostolique en Chine.

C'est une taidance qui est fort loin d'être propre aux seuls éclectiques de tenter des rapprochements entre led systèmes, pour en découvrir la filiation, et parcourir ainsi plus aisément et plus sûrement par le secours de l'histoire toutes les conséquences possibles d'un principe. Peut-êt^e l'histoire de la philosophie et la philosophie eile-même ne sont-elles possibles qu'à cette condition , et l'on peut affir^ mer du moins que , dans de justes limites , la méthode éclectique est si raisonnable et si naturelle, qu'elle a toujours été pratiquée par les meilleurs esprits dans tous les>

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temps * . La marque presque infaillible d'un génie étrœt est de viser à l'originalité ; le philosophe aspire à la vérité seule, et ce n'est pas sans effroi qu'il lui arrive de la trouver en un lieu où personne ne l'avait encore découverte. En ce^ens mais en ce sens seulement, les philosophes ont horreur des nouveautés, et ce n'est que vaincus par une évidence irrésistible qu'ils consentent enfin à se reconnaître pour inventeurs. Malebranche , qui pourtant en réalité avait un système original, mettait toute sa doctrine sous la protec^ tionde deux grands nomâ ; car il s'en référait ordinairement à Descartes pour la philosophie, et à saint Augustin pour la théologie. Certes, sa théorie de la vision en Dieu lui était bien chère , et pourtant avec quel soin .s'efForce-t-il , dans la préface de la Jiecherc/ie de la Véniel de l'identifier avec le rationalisme de saint Augustin ! Que saint Augustin » parlant à Dieu dans ses Confessions ^ s'écrie : ♦• ô Vérité, tu es présente partout, et tu réponds à toutes nos demandes ; toutes tes réponses sont claires ; mais tous les hommes ne les comprennent pas également ; ** que dans un autre ou-* vrage il parle de l'union intime de l'esprit avec l'étemelle "Vérité, image et ressemblance du Père ; qu'il nous montre l'âme humaine tenant de la substance de Dieu sa vie, sa lumière et son bonheur, Malebranche n'hésite pas à voir la confirmation de son système, dans des expressions qu'aucun rationaliste n'oserait désavouer, puisqu'elles ne signifient rien autre chose , sinoa^e la raison qui nous conduit ne fait pas partie de notre être et n'en dépend pas , mais nous de notre propre raison, et que c'est Dieu même qui apprend à chacun de nous ces principes communs et universels, sans lesquels la communication entre les intelligences et même tout exercice de la pensée seraient im-*

. 1. Philpsophiam autem, non dlco stotcam aut cpicarèam et artstotellcam ; sed quaecumque ab his sectis rcctè dicta sunt, hoc totum selectnm dico philosophiam. ' Clem. Alexandr. Slrom. lib. 1, cap. 4.

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possibles. Pour constater véritablement cette prétendue filiation, Malebranche n'aurait pas dû se borner à des passages qui établissent seulement le caractère divin de la raison, ou la théorie platonicienne que l'intelligence en soi contient seule les idées et les archétypes des êtres, et que c'est en elle seule que nous les pouvons contempler; il fallait apporter des passages sur la connaissance des choses sensibles et contingentes , sur l'impossibilité où est le corps « d'agir sur l'esprit, et l'esprit de connaître directement le corps. A ce prix seulement il eût désarmé les théologiens. Mais saint ^ugustin ne parle jamais que des vérités gé-* néràles, des idées; et pour les vérités particulières ou spé^ dales , c'est au Verbe de Dieu révélé dans les évangiles qu'il se réfère, et non pas au Verbe se communiquant intimement à nous en vertu de l'ordre établi depuis la création de l'homme , dans le for intérieur de notre conscience. Malebranche n'est véritablement disciple de saint Augus^ tin que dans ses théories sur la providence générale et sur la grâce.

Bayle , qu'il faut compter au nombre des admirateurs de Malebranche, puisqu'il l'appelle constamment » un des plus sublimes esprits de ce siècle, le plus grand métaphysicien de ce siècle , » Bayle a cherché de singuliers rapprochements entre la doctrine du P. Malebranche et celle de quelques penseurs de l'antiquité, auxquels on ne se celait pas avisé de songer , Chrysippe , Démocrite et Porphyre. Il fait honneur à Chrysippe de cette explication du mal, qui consiste à dire que Dieu ne peut vouloir directeinent et spécialement le mal, mais bien une perfection à laquelle un moindre mal est attaché ; que par exemple la faiblesse des os dont est enveloppée notre tête l'expose à de fréquentes blessures , ce que Dieu n'a pas pu vouloir ; mais qae ce mal est la condition d'un plus grand bien ,

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