‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 130 sur 145 · ffï«4d · texte numérisé non relu

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met en œuvre. Je travaille à ta gloire lorsqu'on te persécute. Souffre dans le silence et ne te console qu'avec moi. Pourquoi te plainstu avec tes amis de ton persécuteur? Tu excites leurs passions, tu les remplis d'une haine qui tue leurs âmes. Tu te sers de Tamitié qu'ils ont pour toi pour les rendre mes ennemis et les perdre euxmêmes. Pauvre consolation, UKigatience toujours indiscrète 1 Puisque tu es un sujet de chute aux failils , et que je n'avance point mes affaires en m'appliquant à toi, je t'abandonnerai. Tes malheureux amis entreront dans tes intérêts et tes passions. Ils te vengeront ; ils te délivreront de ton affliction et d'entre mes mains; et tu seras peut-être assez sot pour t'imaginer que Dieu a pris un soin particulier de ton innocence.

48. Que la patience et l'humilité sont nécessaires! Un pauvre qui souffre impatiemment sa misère jette dans ceux qui le considèrent une appréhension extrême d'être réduits dans cet état. Il leur inspire l'avarice, et leur est un sujet de chute et de scandale. Mais lorsqu'il a la joie répandue sur le visage, et que bien loin de se plaindre il se juge indigne de l'honneur de la pauvreté, que cette générosité chrétienne est édifiante, et qu'elle imprime, fortement dans les esprits le mépris des grandeurs humaines I Celui qui manque de patience et d'humilité dans ses maux n'avance donc ni ses affaires ni les miennes; il ne mérite rien et n'édifie personne. Il commence dès cette vie son enfer, et souffre en démon. Ainsi , mon fils, reçois avec respect la part que je te donne à ma croix, et porte-la avec le même esprit que moi, afin qu'elle te sanctifie et ceux même qui assistent à ton sacrifice. Si tu te défies de tes forces , demande-moi du secours. Console-toi avec moi, et tu trouveras bientôt que mon joug est plus doux, et ton fardeau plus léger que tu ne penses. Si tu veux néanmoins rejeter le calice que je te présente, que ce soit du moins avec respect et avec humilité. Tu peux souvent éviter de souffrir sans m'irriter. L'homme n'est point (ait pour la douleur, je compatis à l'horreur qu'il a de la croix ; et tu ne peux pas toujours savoir si je veux absolument que tu souffres certains maux. Mais lorsque les maux sont inévitables, à quoi te sert ton impatience et ta fierté? Fais du moins de nécessité vertu ; tire force de tes faiblesses, et que tes humiliations et tes misères soient le principe de ta félicité et de ta gloire.

4 9. 0 Jésus! quand je vous considère cruellement attaché à un bois infâme, à la vue de tout un peuple qui vous insulte, et que je pense qu'en cet état vous êtes le modèle que les Chrétiens doivent imiter; quand je pense qu'il a fallu que vous-même, chargé des péchés que vous n*aviez point commis, vous méritassiez votre gloire par les

MÉDITATION!^ CHRÉTIENNES. A4t

douleurs et par la honte du supplice ; quand je me souviens de mes désordres, et qu'on ne peut rentrer dans l'ordre que par le chemin dur et fâcheux de la pénitence ; quand je me représente la grandeur de mes espérances , et ralternative inévitable d'une éternité de supplices ou de plaisirs; ô Seigneur, quand je compare avec attention le temps avec Téternité, et que je n'y découvre aucun rapport , je m'abandonne avec joie entre vos mains pour recevoir par le marteau des afflictions la forme qu'il vous plaira de me donner par rapport à votre édifice. Mais, hélas I le moindre coup m'ébranle ou me renverse; toutes mes pensées se dissipent, et mes résolutions n'ont aucun efifet. 0 mon Sauveur, par la sueur de sang que vous avez bien voulu répandre dans l'appréhension de vos douleurs, soutenez-moi le courage dans l'exercice de la Pénitence, et faitesmoi boire maintenant le calice amer des afflictions, afin qu'assis à votre table, je boive éternellement dans le torrent de la volupté de Dieu, comme parle votre Écriture.

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