‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 131 sur 145 · VINGTIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGTIÈME MÉDITATION

Des moyens pour 6ter les empêchements à Tefllcace de la grâce. Dq la retraite.

De la vigilance.

4. Je comprends, mon unique maître, que pour s'instruire des moyens d'obtenir le secours de votre grâce, il suffit de vous considérer selon les trois qualités que vous portez , de médiateur, d'architecte, et de chef de l'Église, ou, pour le dire en un mot, de cause occasionnelle qui détermine Tefficace de la loi générale de la grâce, par laquelle Dieu. veut sauver tous* les hommes en son fils. Je vois que tout ce que vous venez de m'apprendre est fondé sur ces trois qualités; et il me semble qu'on ne peut rien dire sur ce sujet qui n'en dépende. Je suis donc pleinement satisfait sur les moyens d'obtenir le secours de votre grâce. Mais, mon Sauveur, que dois-je faire aGn que la grâce actuelle , sans rien perdre de son efficace , produise ou augmente la grâce habituelle ou la charité justifiante? Que dois-je faire afin que la lumière que vous répandez dans mon esprit et que les sentiments dont vous touchez mon cœur opèrent en moi tout l'effet pour lequel vous me les donnez? Car à quoi- sert d'obtenir le secours de votre grâce, et-mener une vie qui le rende inutile? N'est-ce pas là profaner le sang de la nouvelle alliance, éteindre votre esprit, et vous crucifier de nouveau? Ah! Seignep*que je ne sois pas semblable à ce serviteur négligent qui conne

MS MÉOiTATIONS CBIIÉTIfiKNES.

volonté» de soo maitre et qui ne la fait paa ; ni aux habitants de Capharnaiim, qui seront punis plus sévèrement que Sodome et Gomorrbe, pour le mépris qu'ils ont fait de vos faveurs. Apprenez-oiot ce que je dois faire pour ôter tous les empêchements que le monde, la chair et le diable apportent à l'efficace de votre grâce, a6n que mon cœur préparé pour la recevoir soit semblable à cette bonne terre qui produit trente, soixante et cent pour un.

2. Ton cœur, mon fils, sera semblable à cette terre ^ , à cette bonne terre, si lu es toujours attentif à ma parole, si elle jette en ton cœur de profondes racines, et si, lorsqu'elle veut croître et produire son fruit, de méchantes herbes ne prennent le dessus et ne la suffoquent. Q faut que tu rentres souvent en toi-même et que tu sois attentif lorsque je te parle dans le plus secret de ta raison ; autrement ma grâce ne jettera point de racines dans ton cœur; ce sera du grain semé dans le chemin, que les passants foulent aux pieds et dont les oiseaux se nourrissent. Mais si les racines que jette la semence ne sont profondes, la moindre chaleur en brûle l'herbe; le grain qui tombe dans une terre pierreuse germe promptement , mais il se dessèche aussi bientôt, parce que les racines ne peuvent tirer la fraîcheur et la nourriture dont il a besoin. La plupart des hommes écoulent ma parole avec joie , ma grâce fait qu'elle germe promptement en eux, mais il est rare qu'ils y coopèrent; c'est seulement la délectation que je leur fais trouver dans leur devoir qui les réjouit et qui les ébranle ; et, dès qu'elle cesse, ils cessent d'agir, La pluie du ciel fait germer en eux ma parole ; mais la pluie ne peut imbiber des pierres, elle ne peut s'y conserver. Or, sans elle, on ne peut rien. La chaleur venant, il faut donc que tout se dessèche. Ainsi, mon cher hls, conserve chèrement l'esprit que je t'inspire; fortifie-toi par mon secours dans de bonnes habitudes; fais usage de ta liberté par la force que je te donne : en un mot, accoutume^toi à agir par la foi et par la raison, aussi bien que par sentiment et par instinct. Mais parce que les méchantes herbes étouffent la bonne lorsqu'elles prennent le dessus, et que du moins elles partagent le suc et la nourriture, déracine-les de bonne heure; elles croissent promptement et surprennent les négligents. Méprise donc les richesses avant que de les posséder; fuis les plaisirs avant d'en avoir joui , crains les honneurs. Ce sont là de faux biens , mais des biens trompeurs qu'on ne peut posséder sans péril ; il sufiit souvent d'en avoir joui pour en devenir esclave; ils partagent le cœur, et quelquefois ils l'occupent tout entier. Cette méchante herbe qui semble défendre d'abord la bonne des ardeurs du soleil et du dégât des

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