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ê68 TRAITÉ DE L*ÂMOl}R DE DIEU.
notre félicité , comme notre lumière , notre loi inviolable , la cause de notre justice, nous rend certainement agréables à Dieu lorsque cet amour est dominant. Car Tamour de Tordre qui fait notre per-^ fection est Tamour de Dieu tel qu'il est, et de toutes choses selou le rapport qu'elles ont avec lui , à proportion qu'elles sont aimables. Mais pour aimer l'ordre il faut qu'il nous plaise. On ne peut être solidement heureux et être déraisonnable , avoir le cœur déréglé. Pour l'être véritablement, il ne suffît pas que Dieu nous donne des perceptions vives et agréables d'un faux bien , qui se rapportent à une créature impuissante et que la raison nous défend d'aimer. Il faut se plaire dans la jouissance du vrai bien , et savoir même que cette jouissance sera éternelle , parce que notre volonté étant parfaitement conforme à celle de Dieu , il aura toujours la bonté de se communiquer à nous.
5° Qu'un homme juste et qui a le pur amour ne doit et ne peut même accepter sérieusement sa damnation. Il ne le doit point , car étant juste, il commettrait une injustice contre lui-même en consentant à celle d'un Dieu imaginaire , et dont le vrai Dieu est incapable, puisque le vrai Dieu est juste et qu'il ne peut vouloir ou agir que selon ce qu'il est. Et personne ne peut accepter sa damnation , si ce n'est que l'on trouve plus de plaisir actuel, ou que l'on soit certain que l'on en aura davantage dans cette acceptation , qu'on ne craindrait de douleur dans une damnation en idée et qui ne fait point actuellement de mal ; car quand deux choses sont proposées pour en faire choix , on peut bien suspendre son consentement , puisqu'on est libre; mais lorsqu'on se détermine, on ne peut le faire que pour ce qui nous plait le plus, ou pour ce qui nous déplatt le moins actuellement, ou pour ce dont on espère plus de plaisir. Je prends toujours plaisir dans la signification la plus étendue. Il y a bien de l'apparence que ceux même qui s'imaginent accepter véritablement leur damnation ne tâchent de le faire que pour assurer leur salut, que par la crainte même d'offenser Dieu et d'être damnés. Ils croient peut-être que pour assurer leur salut et éviter la damnation il est nécessaire de vouloir l'accepter. Ainsi l'amourpropre qu'ils veulent détruire, au lieu de les régler, leur fait illusion.
6® Que cependant un homme juste doit et peut accepter son anéantissement, supposé que Dieu le voulût. Cette si^pposition quoique impossible en un sens , ne détruit point l'idée du vrai Dieu , comme fait celle de la damnation du juste; parce que l'être est pure libéralité , mais le bien et le mal-être doivent être réglés par la justice. Les justes devraient donc accepter leur anéantissement, parce qu'ils seraient injustes de ne pas conformer leur volonté à celle du