‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 20 sur 145 · Voy. la Recherche de In Vn-itê, liv. IV, ch · texte numérisé non relu

Voy. la Recherche de In Vn-itê, liv. IV, ch

SUR LA MKTAPflYSIQUE. 7

pas ! Je lâche de conduire par ordre mes réflexions. Il faut bfen plus de principes que vous ne pensez pour démontrer ce dont personne ne doute ; car où sont ceux qui doutent qu'ils aient un corps, qu'ils marchent sur une terre solide , qu*ils vivent dans un monde matériel ? Mais vous saurez bientôt ce que peu de gpns comprennent bien , savoir , que si notre corps se promène dans un monde corporel, notre esprit, de son côté, se transporte sans cesse dans un monde intelligible qui le touche, et qui par là lui devient sensible. •

• Comme les hommes comptent pour rien les idées qu'ils ont des choses, ils donnent au monde créé beaucoup plus de réalité qu*il n*en a. Ils ne doutent point de l'existence des objets, et ils leur at-^ tribuent beaucoup de qualités qu'ils n'ont point. Mais ils ne pen^ sent seulement pas à la réalité de leurs idées. C'est qu'ils écoutent leurs sens, et qu'ils ne consultent point assez la vérité intérieure ; car, encore un coup, il est bien plus facile de démontrer la réalité des idées, ou, pour me servir de vos termes, la réalité dé cet autre monde tout rempli de beautés intelligibles y que de démontref l'exis»tence de ce monde matériel. En voici la raison.

C'est que les idées ont une existence éternelle et nécessaire, et que le monde corporel n'existe que parce qu'il a plu à Dieu de le créer. Ainsi, pour voir le monde intelligible^ il suffit de consulter la raison, qui rehf^meles idées , ou les essences intelligibles, éter** nelles et nécessaires, ce que peuvent faire tous les esprits raisonnables ou unis à la raison. Mais pour voir le monde matériel, ou plutôt pour juger que ce monde existe, car ce monde est invisible par lui-même, il faut par nécessité que Dieu nous le révèle, parce que nous ne pouvons pas voir ses volontés arbitraires dans la raison nécessaire.

Or, Dieu nous révèle l'existence de ses créatures en deux manières, par l'autorité des livres sacrés et par l'entremise de nos sens. La première autorité supposée, et on ne peut la rejeter, on démontre* en rigueur l'existence des corps. Par la seconde, oh s'assure suffisamment de l'existence de tels et tels corps. Mais cette seconde n'est pas maintenant infaillible ; car tel croit voir devant lui son ennemi, lorsqu'il en est fort éloigné ; tel croit avoir quatre pattes , qui n'a que deux jambes ; tel sent de la douleur dans un bras' qu'on lui a coupé il y a longtemps. Ainsi la révéla^Hott naturelle, qui est en conséquence des lois générales de l'union de Tâme et du corps, est maintenant sujette à Terreur : je vous en dirai les raisons ■. Mais la révélation particulière ne peut jamais conduire

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