C'est un terirte qui ne réveille aucune idée
SUR LA !tfÉTÀPH¥SlQl£. . 23
soit. Voilà cequï fait qu'ils cherchent, sans le reconDaitre, celui qu'il rencontrent à tous moments , et qu'ils reconnaîtraient bientôt s'ils rentraient en eux-mêmes et faisaient réflexion sur leurs idées.
Arists. — Vous me convainquez, Théodore, mais il me reste encore quelque doute. C'est qu'il me semble que Tidéeque j'ai de Tôtre en général ou de Tintini est une idée de ma façon. Il me semble que l'esprit peut se faire des idées générales de plusieurs idées particulières. Quand on a vu plusieurs arbres, un pommier, un poirier, un prunier, etc., on s'en fait une idée générale d'arbre. De même quand on a vu plusieurs êtres, on s'en forme l'idée générale de l'être. Ainsi cette idée générale de l'être n'est peut-être qu'un assemblage confus de tous les autres. C'est ainsi qu'on me Ta appris, et que je l'ai toujours entendu.
VIII. Théodore. — Votre esprit, Ariste, est un merveilleux ou- Yrier. 11 sait tirer l'infini du fini, l'idée de l'être sans restriction des idé»33 de tels et tels êtres. C'est peut-être qu'il trouve dans son pro-^ pre fonds assez de réalité pour donner à des idées tinies ce qui leur manque pour être infinies. Je ne sais si c'est ainsi qu'on vous l'a appris, mais je crois savoir que vous ne l'avez jamais bien compris,
Ariste. — Si nos idées étaient inflnies, assurément elles ne seraient point notre ouvrage, ni des modifications de notre esprit. Cela ne se peut contester. Mais peut-être sont-elles finies, quoique par elles noua puissions apercevoir Tinfini; ou bien l'infini que nous voyons n'est point tel dans le fond. Ce n'est, comme je viens de vous dire, que l'assemblage confus de plusieurs choses finies. L'idée générale de l'être n'est peut-être qu'un amas confus des idées de tels et tels êtres. J'ai de la peine à m'ôter cette pensée de l'esprit.
IX. Théodore. — Oui, Ariste, nos idées sont finies, si par nos idées vous entendez nos perceptions ou les modifications de notre esprit. Mais si vous entendez par l'Idée de l'infini ce que l'esprit voit quand il y pense, ou ce qui est alors l'objet immédiat de l'esprit, assurément cela est infini, car on le voit tel. Prenez-y garde, vousdis-je, on le voit tel. L'impression que l'infini fait sur l'esprit est finie. Il y a môme plus de perception dans l'esprit^ plus d'impression d'idée, en un mot plus de pensée, lorsqu'on connaît clai-* rement et distinctement un petit objet, que lorsqu'on pense confu^ sèment à un grand ou même à l'infini. Mais quoique l'esprit soit presque toujours plus touché, plus pénétré, plus modifié par une idée finie que par une infinie, néanmoins il y a bien plus de réalité dans ridée infinie que dans la finie, dans l'être sans restriction que dans tels et tels êtres.