‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 28 sur 145 · QUATRIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ENTRETIEN

JSn général de la nature et des propriétés des sens. De la sagesse des lois de l'union de rârae et du corps. Cette union changée en dépendance par le péché du pronier homme.

ÂRtsTE. — D*où venez-voi» , Théodore ? J'étais dans Timpatience de ne point vous rencontrer.

L Théodore. — Quoi donc! Est-ce que la raison ne vous suffit pas , et que vous ne pouvez passer agréablement le temps avec elle, si Théodore n*est de la partie? La raison suffît pour une éternité eux bienheureuses intelligences; et quoique je ne vous aie laissé avec elle que quelques heures, Timpatience vous prend de ne me point voir. A quoi pensez-vous? Prétendez-vous que je souffre que vous ayez pour moi un attachement aveugle et déréglé ? Aimez la raison, consultez-la, suivez-la ; car je vous déclare que je renonce à Tamilié de ceux qui la négligent et qui refbsent de se soumettre à ses lois.

Ariste. — Doucement, Théodore. Écoutez un peu.

IL Théodore. — ïl ne peut y avoir d'amitié durable et sincère, si elle n*est appuyée sur la raison, sur un bien immuable , sur un bien que tous puissent posséder sans le diviser. Car les amitiés fondées sur les biens qui se partagent, et qui se dissipent par Tusage , ont toujours de fâcheuses suites et ne durent que peu de temps : flnusses et dangereuses amitiés !

Ariste. — D'accord. Tout cela est vrai, rien n'est plus certain. Ah ! Théodore I

Théodore. — Que voulez-vous dire?

III. Ariste. — Qu'il y a de différence entre voir et voir; entre Ravoir ce que nous disent les hommes, dans le temps qu'ils nous le disent, et savoir ce que nous dit la raison, dans le temps qu'elle nous répond! Qu'il y a de différence entre connaître et sentir , entre les idées qui nous éclairent et les sentiments confus qui nous agitent et qui nous troublent! Que ce principe est fécond, qu'il répand de lumières! Que d'erreurs, que de préjugés il dissipe! J'ai médité > Théodore, sur ce principe. J'en ai suivi les conséquences, et j'étais dans l'impatience de vous voir, pour vous remercier de me l'avoir appris. Souffrez que je vous dise ce que les fidèles de Samarie disaient à la Samaritaine, après qu'ils eurent aussi bien qu'elle écouté notre maître commun : Jam non propter tuam loquelam ere^ dimus, disaient-ils à celte femme ; ipsi tnim audimmm et scimus*. Oui, maintenant je suis convaincu, non par la force de vos discours,

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