Première Lettre touchant la dé/ente de M, Arnauld
qu'il n'y en ait point ! preuve certaine que ceux qu'on voit sont intelligibles et bien différents de ceux qu'on regarde.
5. Vous voyez enfin la luniière -, non du côté qua vous presiei votre oail , mais du côlé opposé ; paroe que le nerf étant construit et préparé pour recevoir Timpreasion des corpi lumineux au tra« vers de la prunelle , et non autrement , la preision de votre doigt à gauche fait le môme effet dans votre œil qu'un corps lumineux qui serait a droite , et dont les rayons passeraient par la prunelle et les parties transparentes de Toeil ; car , en pressant TcBil en de«l)ors , vous pressez en dedans le nerf optique contre une humeur qu'on appelle vitrée , qui fait quelque résistance. Ainsi Dieu vous fait sentir la lumière du côlé où vous la voyof , parce qu'il suit constamment les lois qu'il a établies pour conserver dans sa con« ^uite une parfaite uniformité. Dieu ne fait jamais de mirpdes , il n'agit jamais par des volontés particulières contre ses propres lois, que l'ordre ne le demande ou ne le permette. Sa conduite porte tOlUOUfs le caractère de ses attributs ; elle demeure toujours la même, si ce qu'il doit à ^on immutabilité n'est de moindre eonsi» dération que ce qu'il doit à quelque autre de ses perfections, ainsi que je vous le prouverai dans la suite. Voilà, je crois, le dénoue^ ment de vos difficultés. J'ai recours à Dieu et à ses attributs pour les dissiper. Mais c'est, Ariste, que Dieu ne demeure pas les bras croisés > comme le veulent quelques philosophes. Certainement si Pieu agit encore maintenant, quand pourrp-t^n dire qu'il est cause de quelques effets, s'il n'est pas permis da recourir à lui dans oeux qui sont généraux, dans ceux qu'on voit clairement n'avoir nul rapport essentiel et nécessaire avec leurs causes naturelles? Conservez donc chèrement dans votre mémoire , mon cher Ariste , rangez-y avec ee que vous possédez de plus précieux ce que je viens de vous dire. Et quoique vous le compreniez bien , souffrez que je vous répète en peu de mots ce qu'il y a d'essentiel, afin que vous le retrouviez sans peine lorsque vous serez en état de le méditer.
XI. Il n'y a poipt de rapport nécessaire entre les deux substances dont nous sommes composés. Les modalités de notre corps ne peuf vent par leur efficace propre changer celles de notre esprit. Néanmoins les modalités d'une certaine partie du cerveau , que Je ne vous déterminerai pas , sont toujours suivies des modalités ou des sentiments de notre âme ; et cela uniquement en conséquence des luis toujours efficaces de l'union de ces deux substances, c'esl-ddire, pour parler plus clairement, en conséquence des volontés constantes et toujours efficaces de l'auteur da noire ôlre. Il n'y a
nul rapport de cauwilité d'un oorps à un espril. Que ii^iml il n'y en a aucun d*un esprit à un corps. Je dis plus, il n'y en a aucun d'un eorps à un corps, ni d'un esprit à un autre esprit. Nulle créa» ture, en un mot, ne peut agir sur aucune autre par une efficace qui lui soit propre. C'est ce que je vous prouverai bientôt *, Mais du moins est-il évident qu'un corps, que de l'étendue, substance pu^ rement passive, ne peut agir par son efficace propre sur un esprit, sur un être d'une autre nature et infiniment plus excellente que lui, Ainsi, il est clair que dans l'union de l'âme et du corps il n'y a point d'autre lien que l'efficace des décrets divins , décrets immuables ; efficace qui n'est jamais privée de son efVet, Dieu a donc voulu, et il yeut sans cesse, que les divers ébranlements du cerveau soient toujours suivis des diverses pensées de l'esprit qui lui est uni; et c'est cette volonté constante et efficace du Créateur qui fait proprement l'union de ces deux substances; car il n'y a point d'autre nature, je veux dire d'autres lois naturelles que les volontés tfficaces du f outr-Puisaant.
XIl; Ne demandes pas, Ariste, pourquoi Dieu veut unir des es^ prits à des corps. C'est un fait constant , mais dont les principales raisons ont été jusqu'ici inconnues à la philosophie , et que peut* ^tre la religion même ne nous apprend pas. En voici une néan* moins qu'il est bon que je vous propose. C'est apparemment que Dieu a voulu nous donner, comme à son Fils, une victime que nous pussions lui offrir. C'est qu'il a voulu nous faire mériter , par une espèce de sacrifice et d'anéantissement de nous-mêmes , la pos^ aession des biens éternels. Assurément cela paraît juste et con-* forme à l'ordre. Maintenant nous sommes en épreuve dans notre oorps. C'est par lui , comme cause occasionnelle , que nous rece^ vous de Dieu mille et mille sentiments divers qui sont la matière de Qos mérites par la grâce de Jésus^rist. Il fallait effectivement une cause occasionnelle à une cause générale , comme je vous le prouverai bientôt , afin que cette cause générale agissant toujours d'une manière uniforme et constante , elle pût produire dans son ouvrage , par des moyens trôs-^imples et des lois générales toujours les mêmes, une infinité d'elTets différents. Ce n'est pas néan-* moins que Dieu ne pût trouver d'autres causes oocasiomielles que les corps pour donner à sa conduite la simplicité et Tuniformlié qui y régnent, fl y en a effectivement d'autres dans la nature an* gélique. Ces esprits bienheureux sont peut-être réciproquement!' uns aux autres, et à eux-mêmes , par les divers mouvements leur volonté, la cause occasionnelle de l'action de Dieu qui