Aujourd'hui la Morée
L'autre jour que j'étais couché à l'ombre, je m'avisai de remarquer la variété des herbes et des petits animaux que je trouvai sous mes yeux. Je comptai, sans changer de place, plus de vingt sortes d'inse<?tes dans un fort petit espace, et pour le moins autant de diverses plantes. Je pris un de ces insectes, dont je ne sais point le nom, et peut-être n'en a-t-il point; car les hommes, qui donnent divers noms, et souvent de trop magnifiques, à tout ce qui sort de leurs mains, ne croient pas seulement devoir nommer les ouvrages du Créateur qu'ils ne savent point admirer. Je pris, dis-je, un de ces insectes. Je le considérai attentivement , et je ne crains point de vous dire de lui ce que Jésus-Christ assure des lis champêtres , que Salomon dans toute sa gloire n'avait point de si magnifiques ornements. Après que j'eus admiré quelque temps cette petite créature si injustement méprisée, et même si indignement et si cruellement traitée par les autres animaux, à qui apparemment elle sert de pâture , je me mis à lire un livre que j'avais sur moi , ek j'y trouvai une chose fort étonnante , c'est qu'il y a dans le monde un nombre infini d'insectes pour le moins un million de fois plus petits que celui que je venais de considérer, cinquante mille fois plus petits qu'un grain de sable ^
Savez-vous bien, Âriste, quelle est la toise ou la mesure dont se servent ceux qui veulent exprimer le petitesse de ces atomes vivants, ou, si vous voulez, leur grandeur; car quoiqu'ils soient petits par rapport à nous, ils ne laissent d'être fort grands par rapport à d'autres? C'est le diamètre de l'œil de ces petits animaux domestiques , qui ont tant mordu les hommes , qu'ils les ont forcés de les honorer d'un nom. C'est par cette toise, mais réduite en pieds et en pouces, car entière elle est trop grande, c'est, dis-je, par les parties de cette nouvelle toise, que ces observateurs des curiosités de la nature mesurent les insectes qui se trouvent dans les liqueurs, et qu'ils prouvent^ par les principes xle la géométrie, que l'on en découvre une infinit-é qui sont mille fois plus petits pour le moins que l'œil d'un pou ordinaire. Que cette mesure ne vous choque point; c'est une des plus exactes et des plus communes. Ce petit animal s'est assez fait connaître, et l'on en peut trouver en toute saison. Ces philosophes sont bien aises qu'on puisse vérifier en tout tem{» les faits qu'ils avancent , et qu'on juge sûrement de la multitude et de la délicatesse des ouvrages admirables de l'auteur de l'univers.
ÂRISTE. — Cela me surprend un peu. Mais , je vous prie , Théodore , ces animaux , imperceptibles à nos yeux , et qui paraissent