‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 46 sur 145 · Lettre de M. LeeuwenhoecJc à M. Wren · texte numérisé non relu

Lettre de M. LeeuwenhoecJc à M. Wren

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à peu près oomme des atomes avec de bons miscroscopes, sont-ce là les plus petits? N'y eo aurail^il pas k)eaiicoup d'autres qui échapperont éternellement à Tindustrie des hommes? Peut-être que les plus petits qu'on ait encore jamais vus sont aux dutres, qu'on ne verra jamais, ce que Téléphant est au moucheron. Qo*en pensez-vous ?

Théodobb. — Nous nous perdons, Âriste, dans le petk aussi bien que dans le grand. Il nV a personne qui puisse dire qu'il a découvert le plus petit des animaux. Autrefois c*était le cîron ; mais aujourd'hui ce petit ciron est devenu monstrueux par sa grandeur. Plus on perfectionne les microscopes, plus on se persuade que la petitesse de la matière ne borne point la sagesse du Créateur , et qu'il forme du néant même, pour ainsi dire, d'un atome qui ne tombe point sous nos sens, des ouvrages qui passent l'imagination, et même qui vont bien au delà des plus vastes intelligences. Je vais vous le faire comprendre.

III. Quand on est iMen convaincu, Ariste, que cette variété et cette succession de beautés qui orne l'univers n'est qu'une suite des lois générales de» communications des mouvements, qui peuvent toutes se réduire à cette loi si simple et si naturelle , que les corps mus ou pressés se meuvent toujours du càté qu'ils sont moins poussés ; et qu'ils seraient mus avec des vitesses réciproquement proportionnelles à leurs masses, si le ressort n'y changeait rien; quand, djs-je, on est bien persuadé que toutes les figures ou modalités de la matière n'ont point d'autre cause que le mouvement, et que le mouvement se communique selon quelques lois si naturelles et si simples, qu'il semble que la nature n'agisse que par une aveugle impétuosité, on comprend clairement que ce n'est point la terre qui produit les plantes , et qu'il n'est pas possible que l'union des deux sexes forme un ouvrage aussi admirable qu'est le corps d'un ani-< mal. On peut bien croire que les lots générales de communications des mouvements suffisent pour développer et pour faire croître les parties des corps organisés; mais on ne peut se persuader qu'elles puissent jamais former une machine si composée. On voit bien , si on ne veut avoir recours à une providence extraordinairo, que c'est une nécessité de croire que le germe d'une plante contient en petit celle qu'elle engendre, et que l'animal renferme dans ses entrailles celui qui en doit sortir. On comprend même qu'il est nécessaire que chaque semence contienne toute l'espèce qu'elle peut conserver; OMe chaque grain de blé, par exemple, contient en petit l'épi qu'il ^' i^Mm, dont chaque grain renferme de nouveau son épi, ^■urains peuvent toujours être fécond<) aussi bien que

SUR LA MÉTAPHYSIQUE. lOS

oeux du premier épi. Assurément il n'est pas possible que les seules lois des mouvements puissent ajuster ensemble, et par rapport a certaines fins, un nombre presque ihfmi de parties organisées qui sont ce qu'on appelle un animal ou une plante. C'est beaucoup que ces lois simples et générales soient suffisantes pour faire croître insensiblement, et faire paraître dans leur temps, tous ces ouvrages admirables que Dieu a tous formés dans les premiers jours de la création du monde. Ce n'est pas néanmoins que le petit animal ou le germe de la plante ait entre toutes ses parties précisément la même proportion de grandeur, de solidité, de figure, que les animaux et les plantes; mais c'est que toutes les parties essentielles à la machine des animaux et des plantes sont si sagement disposées dans leurs germes , qu'elles doivent avec le temps , et en conséquences des lois générales du mouvement , prendre la figure et la forme que nous y remarquons. Cela supposé :

IV. Concevez , Ariste, qu'une mouche a autant et peut-être plus de parties organisées qu'un cheval ou qu'un bœuf. Un cheval n'a que quatre pieds , et une mouche en a six ; mais de plus elle a des ailes dont la structure est admirable. Vous savez comment est faite la tète d'un bœuf. Regardez donc quelque jour celle d'une mouche dans le microscope , et comparez l'une avec l'autre . vous verrez bien que je ne vous impose point. Concevez de plus qu'une vache ne fait qu'un ou deux veaux tous les ans, et qu'une mouche fait un essaim qui contient plus de mille mouches; car plus les animaux sont petits , plus ils sont féconds. Et vous savez peut-être qu'aujourd'hui les abeilles n'ont plus de roi qu'ils honorent , mais seulement une reine qu'ils caressent et qui seule produit tout un peuple. Tâchez donc maintenant de vous imaginer la petitesse effroyable, la délicatesse admirable de toutes les abeilles, de mille corps organisés que la mère-abeille porte dans les entrailles *. Et quoique votre imagination s'en effraie , ne pensez pas que la mouche se forme du ver, sans y être contenue, ni le ver de l'œuf; car cela ne se con*çoit pas.

Ariste. — Comme la matière est divisible à l'infini , je comprends fort bien que Dieu a pu faire en petit tout ce que nous voyons en grand. J'ai ouï dire qu'un savant hollandais * avait trouvé le secret de faire voir dans les coques des chenilles les papillons qui en sortent. J'ai vu souvent, au milieu même de l'hiver, dans les oignons des tulipes entières avec foutes les parties qu'elles ont au printemps. x\insi, je veux bien supposer que toutes les graines

1. Selon M. Swammerdam, une abeille en produit environ quatre mille.

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