‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 47 sur 145 · Swammerdam, Hixtoirr ihn Tn^Mps · texte numérisé non relu

Swammerdam, Hixtoirr ihn Tn^Mps

contiennent une plante et tous les œufs un animal semblable à celui dont ils sont sortis.

V. Théodore. — Vous n'y êtes pas encore. Il y a environ six mille ans que le monde est monde et que les abeilles jettent des essaims. Supposons donc que ces essaims soient de mille mouches : la première abeille devait être du moins mille fois plus grande que la seconde, et la seconde mille fois que la troisième, et la troisième que la quatrième, toujours en diminuant jusqu'à la six-millième, selon la progression de mille à un. Gela est clair selon la supposition, par cette raison que ce qui contient est plus grand que ce qui est contenu. Comprenez donc, si vous le pouvez, la délicatesse admirable qu'avaient dans la première mouche toutes celles de Tannée 4687.

ÂRiSTE. — Cela est bien facile. Il n'y a qu'à chercher la juste valeur du dernier terme d'une progression sous-millecuple qui aurait six mille termes , et dont le premier exprimerait la grandeur naturelle de la mouche à miel. Les abeilles de cette année étaient au commencement du monde plus petites qu'elles ne sont aujourd'hui, mille fois, dites encore, Théodore, cinq mille neuf cent quatre-ving^-dix-sept fois mille fois. Voilà leur juste grandeur selon vos suppositions.

Théodore. — Je vous entends, Ariste. Pour exprimer le rapport de la grandeur naturelle de l'abeille à celle qu'avaient au commencement du monde les abeilles de cette année 4687, supposé qu'il y ait six mille ans qu'elles soient créées , il n'y a qu'à écrire une fraction qui ait pour numérateur l'unité , et pour dénominateur aussi l'unité , mais accompagnée seulement de dix-huit cents zéro. Voilà une jolie fraction 1 Mais ne craignez-vous pointqu'une unité si brisée et si rompue ne se dissipe , et que votre abeille et rien ne soient une même chose .^

Ariste. — Non, assurément, Théodore. Car je sais que la matière est divisible à l'infini , et que le petit n'est tel que par le rapport au plus grand. Je conçois sans peine , quoique mon imagination y résiste , que ce que nous appelons un atome se pouvant diviser sans cesse, toute partie de l'étendue est en un sens infiniment grande , et que Dieu en peut faire en petit tout ce que nous voyons en grand dans le monde que nous admirons. Oui , la petitesse des corps ne peut jamais arrêter la puissance divine ; je le conçois clairement, car la géométrie démontre qu'il n'y a point d'unité dans l'étendue , et que la matière se peut éternellement diviser.

Théodore. — Cela est fort bien , Ariste. Vous concevez donc que quand le monde durerait plusieurs milliers de siècles , Dieu a pu former dans une seule mouche toutes celle?; qui en sortiraient,

et ajuster si sagement les lois simples des communications des mouvements au dessein qu'il aurait de les faire croître insensiblement et de les faire paraître chaque année, que leur espèce.ne finirait point. Que voilà d'ouvrages d'une délicatesse merveilleuse renfermés dans un aussi petit espace qu'est le corps d^une seule mouche ! Car, sans prophétiser sur la durée incertaine de l'univers, il y a environ six mille ans que les mouches jettent des essaims. Combien pensez- vous donc que la première mouche que Dieu a faite, supposé qu'il n'eu ait fait qu'une, en portait d'autres dans ses entrailles pour en fournir jusques à ce temps-ci? '

Ariste. — Gela se peut aisément compter en faisant certaines suppositions. Combien voulez-vous que chaque mére-abeille fasse de femelles dans chaque essaim? Il n'y a que cela et le nombre des années à déterminer.

Théodore. — Ne vous arrêtez point à cette supputation. Elle est trop facile. Mais ce que vous venez de concevoir des abeilles, pensez-le à proportion d'un nombre presque infini d'autres animaux. Jugez par là du nombre et de la délicatesse des plantes qui étaient en petit dans les premières, et qui se développent tous les ans pour se faire voir aux hommes.

YI. Theotime. — Quittons, Théodore, toutes ces spéculations. Dieu nous fournit assez d'ouvrages à notre portée , sans que nous nous arrêtions à ceux que nous ne pouvons point voir. Il n'y a point d'animal ni de plante qui ne marque suffisamment par sa construction admirable que la sagesse du Créateur nous passe infiniment. Et il en fait tous les ans avec tant de profusion , que sa magnificence et sa grandeur doit étonner et frapper les hommes les plus stupides. Sans sortir hors de nous-mêmes , nous trouvons dans notre corps une machine composée de mille ressorts , et tous si sagement ajustés à leur fin , si bien liés entre eux et subordonnés les uns aux autres , que cela suffit pour nous abattre et nous prosterner devant l'auteur de notre être. J'ai lu depuis peu un livre du mouvement des animaux qui mérite qu'on l'examine >. L'auteur considère avec soin le jeu de la machine nécessaire pour changer de place. Il explique exactement la force des muscles et les raisons de leur situation , tout cela par les principes de la géométrie et des mécaniques. Mais quoiqu'il ne s'arrête guère qu'à ce qui est le plus facile à- découvrir dans la machine de l'animal, il fait connaître tant d'art et de sagesse dans celui qui l'a formé, qu'il remplit l'esprit du lecteur d'admiration et de surprise.

Ariste. — Il est vrai , Théotime, que Tanatomie seule du corps

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