‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 5 sur 145 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

Dieu existe, par cela seul que nous avons l'idée de Dieu ; et nous croyons, sur la foi de Dieu, qui ne peut nous tromper, à l'existence de la matière comme substance étendue.

Ces principes de la philosophie de Descartes deviennent ceux de Malebranche ; pour lui , comme pour Descartes , révidence est le critérium de la certitude ; comme Descartes, et plus que lui peut-être, en sa qualité de prêtre, il veut mettre à part, comme dans une arche sainte, les vérités de la foi, et proteste de sa soumission à l'autorité, comme chrétien, tout en ne voulant relever que de la raison, comme philosophe; comme Descartes, il part de l'observation de la nature humaine, et passe des réalités objectirves aux réalités formelles, ou des idées de l'homme aux objets de ces idées ; il regarde l'âme comme une substance pensante, le corps comme une substance étendue, l'idée de l'infini comme la preuve de l'existence de l'infini , et la véracité de Dieu comme le stable fondernent sur lequel doit reposer notre croyance à l'existence des corps. Ces trois principes, que l'âme est une substance pensante, et le corps une substance étendue , et que la seule idée de Dieu en nous prouve invinciblement l'existence de Dieu., servent de point de départ à toute la philosophie de Malebranche.

Cette double définition de l'âme et de la matière par la pensée et l'étendue serait excellente si on n'y cherchait que l'élément différentiel; car il est aussi impossible à l'âme d'être étendue, qu'il l'est à la matière de concevoir une pensée. Mais Descartes , qui voyait dans sa pensée la preuve de son existence, concluait sur-le-champ que l'essence propre de son être était la pensée ; et ce caractère était pour lui générique et non spécifique, essentiel et non différentiel. Cependant, Descartes ne disait pas seulement : Je pense, donc je suis ; mais il disait : Je doute, je pense, je suis. Ce passage du doute à la résolution du doute par l'évidence de l'oxistence propre lui eût dû présenter un phéno-

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mène tout aussi évident que la pensée elle-même : car son doute impliquait la volonté de douter, et un effort permanent pour résister à ses anciennes croyances et à la tendance naturelle de son esprit; et son adhésion ne provenait que de ce qu'il avait rencontré la limite de sa puissance à cet égard *. Dans cette opposition du doute et de la croyance, il avait donc déjà l'opposition de la force de la volonté à une autre force ; à cette force d'une lumière que l'homine ne peut pas feindre de ne pas voir; et, par conséquent, l'essence de l'âme aurait dû lui paraître caractérisée par la notion de force aussi bien que par la notion d'intelligence. Mais il ne fiit frappé que d'un seul point de vue, et c'est pourquoi il eut tant de peine à reconnaître luimême, et surtout à faire reconnaître des autres le véritable caractère de sa proposition fondamentale : Je pense, donc je suis. Du reste, si sa psychologie fut incomplète à cause de cette omission, ce qu'il connaissait de la nature intime de l'âme lui suffit pour établir le spiritualisnie avec la clarté et l'évidence la plus incontestable. Il y parvint même avec d'autant plus de facilité, qu'il était en possession d'un élé* ment de différence qui n'est pas en même temps un élément de relation ; tandis que la puissance propre de l'âme, qui est aussi un élément différentiel , puisque la matière ne saurait être cause si ce niest à titre d'intermédiaire, est en même temps la cause , et par conséquent la preuve , des rapports directs qui subsistent entre l'âme et le corps. Descartes ne connut jamais la volonté som sa véritable forme, et il la confondit constamment avec le désir '^ « On peut dire avec quelque assurance , dit Malebranche dans sa préface de la Recheiy-he de la Vérité , qu'on n'a point

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