‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 52 sur 145 · SecLt d · texte numérisé non relu

SecLt d

lier son enfaiirt, principalement s'il prévoit qu^il ne nodiMfuera pas de lui désobéir? Ne doit-il pas même lui montrer ces verges menaçantos, pour le retenir dans le devoir ? Peut-on douter que les ours et les lions ne soient créés avant le péché ? Et ne suflit-il pas de croire que ces cruelles bêtes, dont Dieu se sert maintenant pour nous punir, respectaient en Adam son innocence et la majesté di* vine ? Mais si vous trouvez mauvais que Dieu avant le péché commis ait préparé des instruments pour le punir, consolez-vous; car, par sa prescience, il a aussi trouvé le remède au mal avant qu'il fût arrivé. Certainement, avant la chute du premier homme. Dieu avait déjà dessein de sanctifier son Église par Jésus-Christ; car saint Paiil nous apprend qu'Adam et Eve étaient dans leur mariage, qui a précédé le péché, la figure de Jésus-Christ et de son Église : « Sacramentum hoc magnum est. Ego autem dico in Christo et in » Ecclesia *. » Le premier Adam étant la figure du second, forma futuri ", jusque dans son péché. C'est, Ariste, que la prescience de Dieu étant infinie, elle a réglé toutes choses. Dieu a permis le péché. Pourquoi ? C'est qu'il a prévu que son ouvrage, réparé de telle et telle rnanière, vaudrait mieux que le même ouvrage dans sa première construction. Il a établi des lois générales qui devaienjt faire geler et grêler les campagnes; il a créé des bêtes cruelles et une infinité d'animaux fort incommodes. Pourquoi cela ? C'est qu'il a prévu le péché. Il a mis une mfinité de rapports merveilleux entre tous ces ouvrages ; il a figuré Jésus-Christ et son Église en mille manières. C'est un effet et une marque certaine de sa prescience et de sa sagesse. Ne trouvez donc point mauvais que Dieu ait fait usage de sa prescience, et qu'il ait d'abord combiné sagement le physique avec le moral, non pour le peu de temps que le premier homme devait conserver son innocence, mais par rapport à lui et à tousses enfants tels qu'ils devaient être jusqu'à la fin des siècles. Adam ne pouvait pas se plaindre que les animaux se mangeassent les uns les autres, lui rendant à lui, comme à leur souverain, le respect qui lui était dû. Il devait plutôt apprendre par là que ce n'étaient que des brutes incapables de raison, et que Dieu l'avait distingué entre toutes ses créatures.

XII. Ariste. — Je comprends bien ce que vous me dites. Dieu a eu de bonnes raisons de créer de grands animaux capables de nous punir. Mais pourquoi tant de petits insectes qui ne nous font ni bien ni mal , et dont la mécanique est peut^tre plus merveilleuse que celte des grands animaux, mécanique cachée à no et qui ne nous fait point connaître la sagesse du Créateur?

Page 1