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forme à Tordre, il est clair que Dieu se sert des lois générales de Tunion des esprits avec la raison, pour exécuter tous les desseins qu'il a commis à des natures intelligentes. Il se sert même de la malice des démons, et de l'usage qu'il prévoit certainement qu'ils feront des lumières naturelles qui leur restent. Non que Dieu à tous moments agisse par des volontés particulières, mais parce qu'il n'a établi telles lois dans telles circonstances que par la connaissance des effets merveilleux qui en devaient suivre; car sa prescience n'a point de bornes, et sa prescience est la règle de sa providenC/C.
XI.Ariste. — Il me semble, Théodore, que vous ne considérez la sagesse de la Providence que dans rétablissement des lois générales^ et dans l'enchaînement des causes avec leurs effets, laissant agir toutes les créatures selon leur propre nature, les libres librement, et les nécessaires selon la puissance qu'elles ont en conséquence des lois générales. Vous voulez que j'admire et que j'adore la profondeur impénétrable de la prescience de Dieu dans les combinaisons infiniment infinies qu'il a fallu faire pour choisir, entre une infinité de voies pour produire l'univers, celle qu'il devait suivre pour agir le plus divinement qui se puisse. Assurément, Théodore, c'est là le plus bel endroit de la Providence, mais ce n'est pas le plus agréable. Cette prescience infinie est le fondement de cette généralité et de cette uniformité de conduite qui porte le caractère de la sagesse et de l'immutabjlité de Dieu ; mais cela ne porte point, ce me semble, le caractère de sa bonté pour les hommes, ni de la sévérité de sa justice contre les méchants. Il n'est pas possible que par une providence générale Dieu nous venge de ceux qui nous font quelque mjustice, ni qu'il pourvoie à tous nos besoins. Et le moyen d'être content, quand quelque chose nous manque? Ainsi, Théodore, j'admire votre Providence, mais je n'en suis pas bien satisfait. Elle est excellente pour Dieu, mais pas trop bonne pour nous; car je veux que Dieu pourvoie à toutes ses créatures.
Théodore. Il y pourvoit, Ariste, fort abondamment. Voulezvous que je vous étale les bienfaits du Créateur?
Ariste. — Je sais que Dieu nous fait tous les jours mille biens. Il semble que tout l'univers ne soit que pour nous.
Théodore. — Que voulez-vous davantage?
Ariste. — Que rien ne nous manque. Dieu a fait pour nous toutes les créatures; mais tel et tel n'a pas de pain. Une Providence qui fournirait également à toutes les natures égales, ou qui distribuerait le bien et le mal exactement selon les mérites, voilà une véritable Providence. A quoi bon ce nombre inûni d'étoiles? Que nous importe que les mouvements des cieux soient si bien réglés? Que Dieu
laisse tout cela, et qu'il pense un peu plus à nous. La terre est désolée par l'injuslice et la malignité de ses habitants. Que Dieu ne se fait-il craindre? Il semble qu'il ne se mêle point du détail de nos affaires. La simplicité et la généralité de ses voies me fait venir cette pensée dans l'esprit.
Théodore. — Je vous entends, Ariste ; vous faites le personnage de ceux qui ne veulent point de' Providence, et qui s'imaginent qu'ici-bas c'est le hasard qui fait et règle tout. £t je comprends que par là vous voulez combattre la généralité et l'uniformité de la conduite de Dieu dans le gouvernement du monde, parce que cette conduite ne s'accommode pas à nos besoins ou à nos inclinations. Mais prenez garde, je vous prie, que je raisonne sur des faits constants et sur l'idée de l'Être infiniment parfait; car enfin le soleil se lève indifféremment sur les bons et sur les méchants. Il brûle souvent les terres des gens de bien, lorsqu'il rend fécondes celles des impies. Les hommes, en un mot, ne sont point misérables à proportion qu'ils sont criminels. Voilà ce qu'il faut accorder avec une providence digne de l'Être infiniment parfait.
La grêle, Âriste, ravage les moissons d'un homme de bien. Ou cet effet fâcheux est une suite naturelle des lois générales, ou Dieu le produit par une providence particulière. Si Dieu produit cet effet par une providence particulière; bien loin de pourvoir à tout, il veut positivement et il fait même que le pltis honnête homme du pays manque de pain. Il vaut donc mieux soutenir que ce funeste effet est une suite naturelle des lois générales. Et c'est aussi ce que l'on entend communément, lorsqu'on dit que Dieu a permis tel ou tel malheur. Mais de plus, vous demeurez d'accord que de gouverner le monde par des lois générales, c'est une conduite belle et grande, digne des attributs divins. Vous prétendez seulement qu'elle ne porte point assez le caractère de la bonté paternelle de Dieu envers les bons, et de la sévérité de sa justice envers les méchants. C'est que vous ne prenez point garde à la misère des gens de bien et à la prospérité des impies ; car les choses étant comme nous voyons qu'elles sont, je vous soutiens qu'une providence particulière de Dieu ne porterait nullement le caractère de sa bonté et de sa justice, puisque très- souvent les justes sont accablés de maux et que les méchants sont comblés de biens. Mais supposé que la conduite de Dieu doive porter le caractère de sa sagesse, aussi bien que de sa bonté et de sa justice, quoique maintenant les biens et les maux ne soient point proportionnés aux mérites des hommes, je ne trouve aucune dureté dans sa providence générale. Car premièrement je vous soutiens que, d'une infinité de combinaisons pos-
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sibles des causes avec leurs effets, Dieu a choisi cellequi accordait plus heureusement le physique avec le moral ; et que telle grêle, prévue devoir tomber sur la terre de tel h(»nme de bien, n'a pomtété à l'égard de Dieu un des motifs de faire son dioix, mais plutôt telle grêle qu'il a prévu devoir tomber sur la terre d'un méchant homme. Je dis un de» motifs. Prenez garde à la signification de ce terme; car si Dieu afflige les justes, c'est qu'il veut les éprouver et leur faire mériter la récompense* C'est là véritablement son motif. Je vous réponds en second lieu que tous les hommes étant pécheurs, aucun ne mérite que Dieu quitie la simplicité et la généralité de ses voies, pour proportionjoer acbiellement les biens et Jes maux à leurs mérites et à leurs démérites; que tôt ou tard Dieu rendra à chacun selon ses oeuvres, du moins au jour qu'il viendra juger les vivants et les morts, et qu'il établira pour les punir des lois générales qui dureront éternellement. XII. Gapendant, Anste, ne vous imaginez pas que je prétende que Dieu n'agisse jamais par des volontés particulières, ei qu'il ne fasse maintenant que suivre les Ids naturelles qu'il a établies d'à-* bord. Je prétends seulement que Dieu ne quitte jamais sans de grandes raisons la simplicité de ses voies ou l'uniformité de sa con-* duita. Car plus la providence est générale, plus elle porte le caractère des aûributs divins.
A&isTE. -^ Mais quand les a-t-il, ces grandes raisons? Peut-être ne les a-t^il jamais,
THEODOBE, — Dîou a ces grandes raisons, lorsque la gloire qu'il peut tirer de la perfection de son ouvrage contre-balance celle qu'il ô(nL recevoir de l'uniformité de sa conduite. Il a ces grandes raisons, lorsque ce qu'il doit à son immutabilité est égal ou de moindre considération que ce qu'il doit à tel autre de ses attributs. En un mot , il a ces raisons , lorsqu'il agit autant ou phis selon ce qu'il est en quittant, qu'eu suivant les lois générales qu'il s'est prescrites ; car Dieu agit toujours selon ce qu'il est. Il suit'inviolablement l'ordre immuable de ses propres perfections , parce que c'est dans sa propre substance qu'il trouve sa loi, et qu'il ne peut s'empêcher dese rendre justice, ou d'agir pour sa gloire, dans le sens que je vous ai expliqué ces jour&r-ci *. Que si vous me demandez quand il arrive que Dieu agit autant ou plus selon ce qu'il est en quittant , qu'en suivant les lois générales , je vous réponds que je n'en sais rien. Mais je sais bien que cela arrive quelquefois. Je le sais, dis-je, parce que la foi me l'apprend; car la raison, qui me fait connaître que cela est possible, ne m'assure point que cela se fasse. AaisTB. — Je comprends, Théodore, votre pensée, et je ne vois