‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 58 sur 145 · BtUretienIX · texte numérisé non relu

BtUretienIX

SUR LA ITETAFHYSIQUE. S15

Fien de plus conforme à la raison el même à l'expérience, car ef^ fectivement nous voyons bien , par tons les effets qiii noos sont connus, qu'ils ont leurs causes natureties, et qu'ainsi Dieu gouverne le monde selon les lois générales qu'il a établies pour ee dessein.

Xill. Théotime. — Il est vrai , mais cependant l^Écriture est ren»plie de miracles que Dieu a faits en faiveur du peuple juif; et je ne pense pas qu'il néglige si fort son Église , qu'il ne quitte en sa fa-* veur la généralité de sa conduite.

Tbëodore. — Assurément , Tbéotime , Dieu fait infininient plos de miracles pour son Église que pour la synagogue. Le peuple juif était accoutumé à voir ee qu'on appelle des miracles. Il faliait qu'il s'en fit une prodigieuse quantité , puisque l'abondance de leizrs tecres et la prospérité de leurs armes étaâei^ attachées à leur esaetitude à observer les commandements de ki loi ; car il n'est pefs vraisemblable que le pby^que et le moral se posseni accorder si exactement , que la Judée ait toujours été fertile à proportion que ses hs^tants étaient gens de bien. Yoilè donc parmi les ^aâs une infinité de miracles ^ Mais je crois qu'il s'en fait encore beaucoup plus parmi nous , non pour proportionner les biens et les mauxtemporels à nos œuvres , mais pour nous distribuer gratuitement les vrais bienà, ou les secours nécessaires pour les acquérir ; toot cela néanmoins, sans que Dieu quitte à tous moments la généralité de sa conduite. C'est ce qu'ii faut que je vous explique , car c'est assurément ce qu'il y a de plus admirable dans la Providence.

XIY . L'bomme étant un composé d'esprit et de corps, il a besoin de deux sortes de biens , de ceux de l'esprit et de ceux du corps. Dieu l'avait aussi pourvu abondamment de ces biens , par l'éta-' blissement des lois générales , dont je vous ai parlé jusqu'ici ; car non-seulement le premier bomme fut placé d'abord dans le Paradisr terrestre, où il trouvait des fruits en abondance^ et un entre autres capable de le rendre immortel, mais son corps était encore si biea formé et si soumis à son esprit, qu'en conséquence des lois générales il pouvait jouir de tous ces biens sans se détourner du véri*table. D'un autre côté, il était uni à la raison souveraine ; et son attention , dont il était absolument le maître , était la cause occasionnelle ou naturelle de ses connaissances. Jamais ses sentiments ne troublaient malgré lui ses idées ; car il était exempt de cette* concupiscence qui sollicite sans cesse l'esprit de renoncer à la raison

1. Par miracles y j'entends les effets qai dépendent des lois générales qui ne noos sont point naturellement connues.

Vo^. la sceonde Lettre de ma Réponse au 9ol. I des Réflexions phUosophiquts el theologi^uea de M, Arnauld»

pour suivre les passions. Il était donc bien pourvu pour l'esprit et pour le corps ; car il connaissait clairement le vrai bien , et pouvait ne le point perdre. Il sentait les biens du corps , et il pouvait en jouir : tout cela , en conséquence des lois générales de l'union de l'esprit d'un côté avec le corps , et de l'autre avec la raison universelle , sans que ces deux unions se nuisissent l'une à l'autre, parce que le corps était soumis à l'esprit.

Mais l'homme ayant péché, il se trouve tout d'un coup fort mal pourvu de ces deux sortes de biens; car l'ordre, qui est la loi que Dieu suit inviolablement, ne permettant pas qu'en faveur d'un rebelle il y ait à tous moments des exceptions dans les lois générales des communications des mouvements, c'est une nécessité que l'action des objets se communique jusqu'à la partie principale du cerveau, et que l'esprit même en soit frappé, en conséquence des lois de l'union de l'âme et du corps. Or, l'esprit inquiété malgré lui de la faim, de la soif, de la lassitude, de la douleur, de mille passions différentes , ne peut ni aimer ni rechercher comme il faut lés vrais biens; et au lieu de jouir paisiblement de ceux du corps, la momdre indigence le rend malheureux. De sorte que l'homme rebelle à Dieu ayant perdu l'autorité qu'il avait sur son corps , il se trouve uniquement par la perte de ce pouvoir dépourvu des biens dont la Providence l'avait pourvu. Voyons un peu comment Dieu le va tirer de ce malheureux état, sans rien faire contre l'ordre de la justice, et sans changer les lois générales qu'il a établies.

XV. L'homme, avant le péché, n'était soumis et ne devait être soumis qu'à Dieu , car naturellement les anges n'ont point d'autorité sur les esprits qui leur sont égaux ; ils n'ont pouvoir que sur les corps, substances inférieures. Or, comme Adam était le maître de ce qui se passait dans la partie principale de son cerveau , quand même les démons eussent pu troubler l'économie de son corps par l'action des objets ou autrement, ils n'auraient pu l'inquiéter ni le rendre malheureux. Mais l'homme ayant perdu presque tout le pouvoir qu'il avait sur son corps, car il lui en reste encore autant que cela est nécessaire pour conserver le genre humain, que Dieu n'a pas voulu détruire à cause du Réparateur, il se trouve nécessairement assujetti à la nature angélique, qui peut maintenant, l'inquiéter et le tenter, en produisant dans son corps des traces propres à exciter dans son esprit des pensées fâcheuses. Dieu voyant donc Vhomme pécheur à la discrétion, pour ainsi dire , du démon , et environné d'une infinité de créatures qui pouvaient lui donner la mort, dépourvu comme il était de tout secours, il le soumet à la conduite dus anges, non-seulement lui, mais encore toute

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sa postérité et principalement la nation dont le Messie devait naître. Ainsi , vous, voyez que Dieu distribue aux hommes , quoique pécheurs, les biens temporels, non par une providence aveugle, mais par l'action d'une nature intelligente. Pour les biens de l'esprit , ou cette grâce intérieure qui contrebalance les efforts de la concupiscence , et qui nous délivre de la captivité du péché, vous savez que Dieu nous les donne par le souverain prêtre des vrais biens , notre Seigneur Jésus-Christ.

Assurément , Ariste , cette conduite de Dieu est admirable. L'homme, par son péché, devient l'esclave du démon, la plus méchante des créatures , et dépend du corps , la plus vile des substances. Dieu le soumet aux anges et par justice et par bonté. Il nous protège par ce moyen cohtre les démons , et il proportionne les biens et les maux temporels à nos œuvres , bonnes ou mauvaises. Mais prenez garde, il ne change rien dans les lois générales des mouvements , ni même dans celles de l'union de l'esprit avec le corps et avec la raison universelle; car enfin, dans la puissance souveraine que Dieu a donnée à Jésus-Christ comme homme , généralement sur toutes choses , et dans celle qu'ont les anges sur ce qui regarde les biens et les maux temporels, Dieu ne quitte que le moins qu'il est possible la simplicité de ses voies et la généralité de sa providence , parce qu'il ne communique sa puissance aux créatures que par l'établissement de quelques lois générales. Suivez-moi, je vous prie.

XVI. Le pouvoir qu'ont les anges n'est que sur les corps; car s'ils agissent stir nos esprits , c'est à cause de l'union de l'âme et du corps *. Or, rien ne se fait dans les corps que par le mouvement ; et il y a contradiction que les anges puissent le produire comme causes véritables. Donc la puissance des anges sur les corps, et sur nous par conséquent , ne vient que d'une loi générale que Dieu s'est faite à lui-même de remuer les corps à la volonté des anges. Donc Dieu ne quitte point la généralité de sa providence lorsqu'il se sert du ministère des anges pour gouverner les nations, puisque les anges n'agissent que par l'efiBcace et en conséquence d'une loi générale.

Il faut dire la même c)iose de Jésus-Christ comme homme, comme chef de l'Église, comme souverain prêtre des vrais biens. Sa puissance est infiniment plus grande que celle des anges. Elle s'étend à tout , jusque sur les esprits et sur les cœurs. Mais c'est par son intercession que notre médiateur exerce son pouvoir : « Semper

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