Méditation III, art
(l'aulres, que deviendra-Uil lorsqu'il en rencontrera quelqu'un dont il ne connaît ni la solidité ni la grosseur? Il lui donnera, diras-tu, une partie de sa force mouvante? Mais qui te Ta appris? Qui t*a dit que Tautre le recevra ? Quelle partie de cette force lui donnerat-il? et comment pourra-t-il la communiquer x)u la répandre? Conçois-tu clairement ceci ?
5. Ferme, mon fils; les yeux du corps, et ouvre ceux de l'esprit : ou du moins ne crois en cela que ce que tes sens te disent. Tes yeux, à la vérité, te disent que lorsqu'un corps en repos est choqué il cesse d'être en repos. Crois ce que tu vois, c'est là un fait ; et les sens à l'égard des faits sont d'assez bons témoins. Mais ne juge pas que les corps aient en eux-mêmes .une force mouvante, ni qu'ils puissent la répandre dans ceux qu'ils rencontrent, car tu n'en vois rien. Tu te trompais, mon fils, lorsque tu jugeais que tes désirs produisaient tes idées , à cause que tes idées ne manquaient jamais d'accompagner tes désirs. Tu tombes aujourd'hui dons une semblable faute ; car tu juges que les corps se meuvent les uns les autres, à cause qu'un corps n'est jamais choqué sans être mu. Tu cours un peu trop vite. De ce que tu vois arriver, juges-en,que le choc des corps est nécessaire, en conséquence de l'ordre de la nature, afin que les mouvements se communiquent; mais demeuresen là, si tu ne veux tomber dans l'erreur. Que si tu veux augmenter tes connaissances, consulte ta raison et écoute-moi.
6. Dieu est un être infiniment parfait : ses volontés sont donc efiicaces par elles-mêmes ; car c'est une grande perfection que tout ce qu'on veut se fasse par l'efficace même de sa volonté. Si Dieu a donc la volonté qu'un corps soit mu, cela seul le mettra en mouvement, et l'action de la volonté de Dieu sera la force mouvante de ce corps. Dieu ne doit donc point créer des êtres pour en faire les forces mouvantes des corps ; car ces êtres seraient inutiles. Un être sage fail>-il par des voies composées ce qu'il peut exécuter par de plus simples? Si tes volontés étaient efficaces, t'aviserais-tu de forger des instruments pour exécuter tes desseins? Mais, mon fils, conçois-tu que cette entité que Dieu créerait pour servir au corps de force mouvante pût se mouvoir elle-même ? Serait-ce un corps ou un esprit? Si c'était un corps, il y aurait donc des corps qui pourraient se mouvoir eux-mêmes et en mouvoir d'autres? Si c'était un esprit, quel ordre dans l'univers 1 des esprits créés pour mouvoir des corps ! Mais je veux t'apprendre qu'il n'y a que celui-là seul qui crée les corps qui puisse les mouvoir, et que le plus puissant des esprits n'a point véritablement la force de remuer ce qu'on appelle qn 9tom6. Renouvelle ton attention.
MÉDITATIONS CHRÉTIENNES. 3ft7
7. Lorsque Dieu a créé un corps, tu t'imagines qu*afin qu'il continue d'être , il suffit que Dieu le laisse là , et qu'étant fait il subsistera assez par lui-même. Lorsque tu as fait un ouvrage, il subsiste sans que tu y travailles davantage : tu ne peux même le détruire sans quelque action; mais, mon fils, ne juge pas de Dieu par toi-même. Les hommes ne donnent point l'être à la matière qu'ils travaillent; ils la supposent toute faite. Mais Dieu fait tout et ne suppose rien. Un corps existe, parce que Dieu veut qu'il soit; il continue d'être , parce que Dieu continue de vouloir qu'il soit ; et si Dieu cessait seulement de vouloir que ce corps fût , dès ce moment il ne serait plus. Car si ce corps continuait d'être , quoique Dieu eût cessé de vouloir qu'il fût, il serait indépendant ; mais tellement indépendant, que Dieu ne pourrait plus l'anéantir. Afin que Dieu pût anéantir ce corps, il faudrait que Dieu pût vouloir que ce corps ne fût point , il faudrait que Dieu fût capable d'avoir une volonté dont le néant serait le terme. Or, le néant n'a rien de bon ni rien d'aimable. Dieu ne peut donc l'aimer ou le vouloir d'une manière positive. Dieu peut anéantir son ouvrage , parce qu'il peut cesser de vouloir que cet ouvrage subsiste ; car les volontés de Dieu, quoiqu'éternelles et immuables , ne sont point nécessaires ; elles sont arbitrairjes à l'égard des êtres créés. Le monde n'est point une émanation nécessaire de la Divinité. Dieu peut d'une volonté éternelle et immuable le créer pour un temps. Mais Dieu ne peut avoir une volonté positive et pratique de le détruire ; il ne peut point agir, pour ne rien faire ; son action ne peut tendre au néant. Cela est clair. Ainsi , puisque les corps existent à cause que Dieu veut qu'ils soient, puisqu'ils ne cessent point d'être, à cause que Dieu ne cesse point de vouloir qu'ils soient, il est évident que la création et la conservation ne sont en Dieu qu'une même action. .Cela supposé :
8. Dieu ne peut créer de corps qu'en repos ou en mouvement. Or, un corps est en repos , parce que Dieu le crée ou le conserve toujours dans le même lieu; il est en mouvement, parce que Dieu le crée ou le conserve toujours successivement en ditférents lieux. Ainsi, afin qu'un esprit remue un corps en repos, ou arrête un corps en mouvement, il faut qu'il oblige Dieu à changer de conduite ou d'action ; car, si Dieu ne cesse point de vouloir, et par conséquent de conserver un corps en tel lieu, ce corps ne cessera point d'y être ; il sera donc immobile. Et si Dieu ne cesse point de conserver un corps successivement en différents lieux, nulle puissance ne pourra l'arrêter ou le Gxer dans le même. La force mouvante des corps est l'action tout€-puissante de Dieu, qui les conserve succes-