Voy. les Entretiens sur la Métaphysique, septième entret
siveraent en différents lieux ; nul esprit n'est le maître de Taclion de Dieu, nulle puissance ne peut la changer, il n'y a donc que Dieu seul qui puisse remuer les corps. Un corps en mouvement ne pent donc aussi par lui-même ébranler celui qu'il rencontre ; car il ne peut le mouvoir sans lui communiquer quelque force mouvante. Or, la force mouvante n'est point dans les corps mus, mais uniquement en Dieu, puisqae ce n'est que l'action de Dieu qui les crée ou qui les conserve successivement en différents lieux ; les corps ne peuvent donc communiquer une force qu'ils n'ont point, mais une force qu'ils ne pourraient même communiquer quand ils l'auraient ; car les corps qui se choquent se communiquent leur mouvement avec une régularité, une promptitude, une proportion digne d*une sagesse et d'une puissance infinie , cela n'est que trop évident.
9. Mais, mon fils, si Dieu seul remue la matière, lui seul produit, comme cause véritable, tous ces effets naturels que certains philosophes attribuent à une nature aveugle , à des formes, des facultés, des vertus dont ils n'ont nulle idée ; car rien ne se fait dans le monde matériel que par le mouvement de quelques parties visi* blés ou invisibles. Si le feu brûle, si l'air réjouit, si le soleil éclairé, c'est par le mouvement de leurs parties. La terre ne produit des fleurs et des fruits que parce que l'eau de la pluie s'insinue par les racines dans les fibres des plantes, et en s'y figeant les fait croître , et si le soleil, par le mouvement de ses parties, n'élevait de dessus les mers les vapeurs qui se condensent en pluies, la terre n'étant plus arrosée n'aurait nulle fécondité. Je ne veux pas t'apprendre ici la physique , mais je t'assure que tu ne concevras jamais clairement d'autres principes des changements qui arrivent dans le monde que ceux qui dépendent du mouvement, car la figure même des corps en dépend. Que s'il y en avait d'autres, il ne serait pas difficile de te démontrer que Dieu seul en serait la cause ; mais il ne faut pas attribuer à Dieu des effets imaginaires. Reconiiais donc, mon fils, que Dieu fait tout. N'aime et ne crains que lui ; nulle créature ne peut agir en toi ni dans ce qui t'environne. Méprise toutes ces puissances imaginaires d'une nature aveugle que les philosophes païens ont inventées ou pour couvrir leur ignorance , ou pour justifier leur idolâtrie, ou pour s'accommoder à la faiblesse de l'imagination du commun des hommes.
40. 0 mon unique maître, je comprends bien que les corps n'ont point en eux-mêmes la force mouvante qui les transporte, et que, quand ils l'auraient, ils ne pourraient pas la répandre avec autant de justesse , d'uniformité et de promptitude qu'ils communiqu€»nt leur mouvement à ceux qu'ils rencontrent. Mais que tout se fasse
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par le mouvement, c'est ce que j'ai peine à comprendre. Quoïl le feu , par exemple , n'a-t-il pas la vertu de produire la chaleur, et par la chaleur la sécheresse ? Si je présente au feu un linge humide, je vois qu'il l'échauffé, et que par la chaleur il le sèche. Ce sont là des faits, et mes sens à l'égard des faits sont des témoins irréprochables ; pourquoi donc ne puis-je pas juger, sur leur témoignage, qu'il y a dans le feu un principe de chaleur et de sécheresse?
44 . Que tu es grossier, mon cher fils ; mais que tu es prompt et téméraire dans tes jugemtBnts. Tu peux juger qu'il y a dans le feu un principe de chaleur et de sécheresse ; cela est vrai en un sens. Mais principe, chaleur et sécheresse sont trois termes dont tu n'en entends aucun et auxquels tu attaches de fausses idées. Tu t'imagines que cela est clair ; mais c'est que tu crois clairement coniiprendre les choses que tu as. dites ou ouï dire cent fois, quoique tu ne les aies jamais conçues. Encore un coup, je ne veux pas Rapprendre maintenant ta physique ni l'usage que tu dois faire de tes sens. Mais pour ne te pas laisser sans réponse, prends garde à ceci. Un linge mouillé est un linge dans lequel il y a de l'eau. Ce linge, exposé au feu , devient sec ; c'est donc que l'eau en est chassée. Mais qui peut chasser un corps d'un lieu où il est? Sera-ce la chaleur ? Conçois-tu clairement que la chaleur puisse pousser un corps, et le chasser de sa 'place ? Tu hésites, et tu as quelque raison. Si quelques corps invisibles, à cause de leur petitesse, sortaient du feu en grand nombre et venaient heurter les parties d'eau qui sont dans le linge, tu vois, clairement qu'ils pourraient les en chasser. Mais peux-tu douter que le feu ne pousse sans cesse de ces petits corps? kien , mon hls, ne s'anéantit : on jette tous les jours beaucoup de bois dans une cheminée , et on ne l'y trouve plus : il faut donc qu'il en sorte. On ne l'en voit point sortir, c'est donc qu'il en sort divisé en parties, qui sont invisibles à cause de leur petitesse. Or, mon fils, ce sont ces parties invisibles qui excitent, par leur mouvement, la chaleur que tu attribues au feu et la sécheresse qu'il communique au linge qu'on lui expose, et il y a dans le feu un principe de tout ceci ; mais tu ne peux voir clairement que ce principe n'est qu'une communication continuelle du mouvement d'une matière très-subtile et très-agitée, que tu ne saches bien la physique ^.
42. 0 vérité intérieure 1 ô lumière pure et intelligible des esprits ! qu'on découvre de choses , lorsqu'on rentre en soi-même et qu'on regarde oij vous éclairez ! Que nos sens sont trompeurs , que leur action est bornée , que leur témoignage est équivoque et confus? Vous avez bien raison de me dire sans cesse que je les tienne dans