‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 10 sur 124 · AU ROI HENRI III · texte numérisé non relu

AU ROI HENRI III

Ce n'est pas en mes vers qu'une amante abusée Des appas enchanteurs d'un parjure Thésée, Après rhonneur ravi de sa pudicité ^ , Laissée ingratement en un bord solitaire, Fait, de tous les assauts que la rage peut fiadre, Une fid^e preuve à l'infidélité ^.

Les ondes que j'épands d'une étemelle vein^ Dans un courage saint ont leur sainte fontaine. Où l'amour de la terre et le soin de la chair Aux fragiles pensers ayant ouvert la porte, Une plus belle amour se rendit la plus forte , Et le fit repentir aussitôt que pécher.

* Mous avons cra devoir ne donner que les meilleures stances de ee poâme, où le fond des choses est détestable, dit André Chénier, mais où le choix et l'enchaînement de syllabes sonores et harmonieuses atteste combien Toreille de Malherbe était délicate et pure. On sait, dit Costar, que ce poème, rempli de fautes, est un ouvrage de la première Jeunesse de Malherbe, et qu'il ne voulut Jamais se donner la peine de le retoucher.

' Poète italien, né à Noie vers 1510.

^ Ce mot n'est plus usité par les prosateurs , mais il l'est tCHJ^ours par les poètes. Les mots anciens employés sans affectaUon rendent le vers et plus merveilleux et plus majestueux : et sanctiorem et tnagis tut" mirabilemfaciuni orationem, dit Quintilien : c'est pour cette raison que Virgile se sert de olli, defuat, et de quelques autres mots semblables. (MÉN. )

4 Antithèse et Jeu de mots dans le goût des concetii italiens.

STANCKS. 77

Henri , de qui les yeux et Timage sacrée

Font un visage d'or à cette âge ferrée ,

Ne refuse à mes vœux un favorable appui ;

Et si pour ton-autel ce n'est chose assez grande,

Pense qu'il est si grand qu'il n'aurait point d'offrande ,

S'il n'en recevait point que d'égales à lui.

La foi qui fut au cœur d'où sortirent ces larmes £st le premier essai de tes premières armes ' , Pour qui tant d'ennemis à tes pieds abattus » , Pâles ombres d'enfer, poussière de la terre , Ont connu ta fortune , et que l'art de la guerre A moins d'enseignements que tu n'as de vertus.

De son nom de rocher, comme d'un bon augure. Un éternel état l'Église se figure; Et croit , par le destin de tes justes combats , Que, ta main relevant son épaule courbée 3, Un jour, qui n'est pas loin, elle verra tombée La troupe qui l'assaut et la veut mettre bas.

Mais le coq a chanté pendant que je m'arrête ATombre des lauriers qui t'embrassent la tête ; Et la source déjà commençant à s'ouvrir A lâché les ruisseaux qui font bruire leur tracé , Entre tant de malheurs estimant une grâce Qu'un monarque si grand les regarde courir.

Va , laisse-moi , dit-il , va , déloyale vie; Si de te retenir autrefois j'eus l'envie,

' Malherbe veut dire qu'âne foi pareille à celle qui était dans le cœur de saiot Pierre fut le sujet des premiers exploits de Henri III.

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