COSTAR
> Aux journées de Jarnac et de Moncontour. 3 Pourra prêter l'épaule au monde chancelant , a dit Corneille. Quoique Coslar pense qu'il s'agit ici des anges auxquels saint Jean Clirysostoine donne des épaules , celle image fait plutôt allusion à Atlas qui supporte le monde, auquel Malherbe compare TËglise.
78 LIVRK H.
Et si j'ai désiré que tu fusses chez moi, Puisque tu m'as été si mauvaise compagne , Ton infidèle foi maintenant je dédagne ; Quitte-moi , je te pri' , je ne veux plus de toi.
Sont-ce tes beaux desseins, mensongère et méchante, Qu'une seconde fois ta malice m'enchante, Et que , pour retarder une heure seulement Ija nuit déjà prochaine à ta courte journée , Je demeure en danger que l'âme, qui est née Pour ne mourir jamais , meure éternellement?
On voit par ta rigueur tant de blondes jeunesses , Tant de riches grandeurs, tant d'heureuses vieillesses , En fuyant le trépas , au trépas arriver : Et celui qui chétifaux misères succombe, Sans vouloir autre bien que le bien de la tombe , N'ayant qu'un jour à vivre il ne peut l'achever !
Que je porte d'envie h la troupe innocente De ceux qui , massacrés d'une main violente ' , Virent dès le matin leur beau jour accourci ! I.e fer qui les tua leur donna cette grâce , Que , si de faire bien ils n'eurent pas l'espace >, Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi.
De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde Allait courre ^ fortune aux orages du monde , Et déjà pour voguer abandonnait le bord , Quand Taguet d'un pirate arrêta leur voyage ;
» Les Innocents, sacrifiés par Hérode Cette image charmante, et devenue commune, est exprimée de la manière la plus fraîche et la plus heureuse.
> Le temps. Espace se dit aujourd'hui du lieu seulement.
3 Suivant Yaugelas , courre fortune était alors plus en usage que courir fortune.
Mais leur sort fut si bon , que d*un même naufrage Us se virent sous l'onde et se virent au port.
Ce furent de beaux lis qui , mieux que la natur» , Mêlant à leur blancheur l'incarnate peinture Que tira de leur sein le couteau criminel , Devant que d'un hiver la tempête et l'orage A leur teint délicat pussent faire dommage , S'en allèrent fleurir au printemps étemel.
Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, Et le trop que je vis ne me fait que dommage , Cruelle occasion du souci qui me nuit ! Quand j'avais de ma foi l'innocence première. Si la nuit de ma mort m'eût privé de lumière , Je n'aurais pas la peur d'une éternelle nuit.
Qui voudra se vanter, avec eux se compare , D*avoirreçu la mort par un glaive barbare, Et d'être allé sdi-raême au martyre s'offrir; L'honneur leur appartient d'avoir ouvert la porte A quiconque osera d'une âme belle et forte , Pour vivre dans le ciel en la terre mourir.
O désirable fin de leurs peines passées !
Leurs pieds , qui n'ont jamais les ordures pressées
Un superbe plancher des étoiles se font;
Leur salaire payé les services précède;
Premier que d'avoir mal ils trouvent le remède ,
Et devant le combat ont les palmes au front.
Que d'applaudissements , de rumeur et de presse , Que de feux , que de jeux , que de traits de caresse , Quan(iUlà-haut en ce point on les vit arriver ! Et quel plaisir encore à leur courage tendre ,
Voyant Diea devant eux en ses bras les attendre, £t pour leur faire honneur les anges se lever ' !
£t vous , femmes, trois fois , quatre fois bienheureuses. De ces jeunes Amours les mères amoureuses ' , Que faites-vous pour eux , si vous les regrettez ? Vous fâchez leur repos , et vous rendez coupables, Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables , Ou de porter envie à leurs félicités.
Le soir fut avancé de leurs belles journées ; Mais qu'eussent-iis gagné par un siècle d'années ? Ou que leur avint-il en ce vite départ , Que laisser promptement une basse demeure, Qui n'a rien que du mal , pour avoir de bonne heure Aux plaisirs étemels une étemelle part?
Si vos yeux , pénétrant jusqu'aux choses futures. Vous pouvaient enseigner leurs belles aventures , Vous auriez tant de bien en si peu de malheiu*s , Que vous ne voudriez ^ pas pour l'empire du monde N'avoir eu dans le sein la racine féconde D'où naquit entre nous ce miracle de fleurs.
Comme un homme dolent , que le glaive contraire A privé de son fils et du titre de père , Plaignant deçà delà son malheur aveïiu , S'il arrive en la place où s'est fait le dommage ,
> Beau tableau , dit A. Chénier.
Mque viro Phœbl chorus assurrexerit omnis.
> Pour ne pas n^éler les choses sacrées avec les profanes, Malherbe
devait dire :
De ces anges nouveaux les mères amoureuses.
(MÉir. }
> Voudriez était alors de deux syllabes , comme meurtrier, sanglier.
Le sanglier , rappelant les restes de sa vie. (La. Font.) Jamais un meurtrier en fit-il son refuge?
(CORMEILIiE.)
L'ennui renouvelé plus rudement l'outrage , En voyant le sujet à ses yeux revenu :
Le vieillard , qui n'attend une telle rencontre , Sitôt qu'au dépourvu sa fortune lui montre Le lieu qui fut témoin d'un si lâche méfait , De nouvelles fureurs se déchire et s'entame , Et de tous les pensers qui travaillent son âme L'extrême cruauté plus cruelle se fait.
Toutefois il n'a rien qu'une tristesse peinte , Ses ennuis sont des jeux, son angoisse une feinte < , Son malheur un bonheur, et ses larmes un ris , Au prix de ce qu'il sent quand sa vue abaissée Iftemarque les endroits où la terre pressée A des i>ieds du Sauveur les vestiges écrits.
C'est alors que ses cris en tonnerres s'éclatent , Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent ; Et ses pleurs , qui tantôt descendaient mollement , Ressemblent un torrent qui , des hautes montagnes , Ravageant et noyant les voisines campagnes , Veut que tout l'univers ne soit qu'un élément*.
En ces propos mourants ses complaintes se meurent : Mais vivantes sans fin ses angoisses demeurent , Pour le faire en langueur à jamais consumer. Tandis la nuit s'en va , ses lumières s'éteignent , Et déjà devant lui les campagnes se peignent Du safran ^ que le jour apporte de la mer.
L'Aurore d'une main , en sortant de ses portes ,
* L*inflaence italienne et le mauvalB goût da temps percent de toutes .parts , malgré le mérite du style.
* Ces trois vers , sauf l'exagération , et ce qui précède , sont beaux, et d'une harmonie pleine et sentie, dit A. Cbénier.
3 Chénier regrette avec raison qu'on ne puisse employer en vers le mot de safran. Il semble porter ici trop loin le scrupule.
Tient ud vase de fleurs languissantes et mortes : Elle verse de l'autre une cruche de pleurs ' ; £t , d'un voile tissu de vapeur et d'orage Couvrant ses cheveux d'or , découvre en son visage * Tout ce qu'une âme sent de cruelles douleurs.
RnGn cette beauté m'a la ^ place rendue Qu'elle avait contre moi si longtemps défendue : Mes vainqueurs sont vaincus ; ceux qui m'ont fait la loi La reçoivent de moi.
J'honore tant la palme acquise en cette guerre , Que y si , victorieux des deux bouts de la terre , J'avais mille lauriers de ma gloire témoins 4, Je les priserais moins.
' Quoique TAUrore soit uoe grande pleureuse, Je ne croi^ pas qu'on puisse lui faire verser des larmes dans une cruche , pour les répandre ensuite sur la terre, si ce n'est en vers burlesques, où les plus grandes extravagances passent aujourd'hui pour les plus grandes beautés. (Mén.) — Critique outrée, le mot cruche étant alors d'un style plus relevé qu'à présent.
3 Ce vers est un des plus poétiques et des plus heureux qu'il y ait dans notre langue et dans aucune autre, dit A. Chénier. Toute la lin du poème n'offre rien de remarquable que des traits d'esprit presque toujours ridicules, du moins par la place qu'ils occupent : il y a seulement deux vers remarquables dans le passage où il peint le Soleil , sous les traits d'Apollon , conduisant son char, et s'éloignant à regret comme un criminel.
Ses chevaax tantôt vont et tantôt se retardent, Eux-mêmes Ignorants de la course qu'ils font.
Expression latine, dont notre langue a été enrichie par l'usage heureux qu'en a fait Boileau:
Mais sans cesse ignorant* de nos propres besoins.
' Comme on racontait à Malherbe que M. des Yveteaux se moquait de ce m'a lapla, il répondit plaisamment que c'était bien h M. des Yveleaux de trouver malapla mauvais, lui qui avait dit parablamafla. En effet, il avait mis dans un vers comparable à ma flamme.
* Racine a dit dans Bérénice :
Et ces lauriers cncor témoins de ma victoire.
Au repos où je suis tout ce qui me travaille , C'est le doute que j'ai qu'un malheur ne m'assaille Qui me sépare d*elle , et me fasse lâcher Un bien que j'ai si cher.
Il n'est rien ici-bas d'éternelle durée : Une chose qui plaît n'est jamais assurée ; L'épine suit la rose ; et ceux qui sont contents Ne le sont pas longtemps.
Et puis , qui ne jsait point que la mer amoureuse En sa bonace même est souvent dangereuse , Et qu'on y voit toujours quelques nouveaux rochers Inconnus aux nochers?
Déjà de toutes parts tout le monde m'éclaire ; Et bientôt les jaloux , ennuyés de se taire , Si les vœux que je fais n'en détournent l'assaut , Vont médire tout haut.
Peuple qui mts veux mal , et m'imputes à vice D'avoir été payé d'un fidèle service, Où trouves-tu qu'il faille avoir semé son bien , Et ne recueillir rien > ?
Voudrais-tu que ma dame , étant si bien servie , Refusât le plaisir où l'âge la convie , Et qu'elle eût des rigueurs à qui mon amitié
Ne sût faire pitié ?
Ces vieux contes d'honneur , invisibles chimères, Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères , Étaient-ce impressions qui pussent aveugler
Un jugement si clair?
« Le plus grand défaut des vers , c'est d'être trop prosaïques , comme le plus grand défaut de la prose est d*.élre trop poétique, dit en cet endroit Méns^e. Ce qui contribue peut-être à répandre une teinte prosaïque sur ceUe ode , c'est le genre de strophe à rime plate, composée de trois grands vers et d'un peUt.
84 LIVRE n.
Non, non : elle a bien fait de m'étre favorable , Voyant mon feu si grand et ma foi si durable ; Et j'ai bien fait aussi d'asservir ma raison
£n si belle prison.
C'est peu d'expérience à conduire sa vie, De mesurer son aise au compas de l'envie , Et perdre ce que Tâge a de fleur et de fruit, Pour éviter un bruit.
De moi, que tout le monde à me nuire s'apprête. Le ciel à tous ses traits fasse un but de ma tête : Je me suis résolu d'attendre le trépas , Et ne la quitter pas.
Plus j'y vois de hasard, plus j'y trouve d'amorce : Où le danger est grand , c'est là que je m'efforce ; En un sujet aisé moins de peine apportant , Je ne brûle pas tant.
Un courage élevé toute peine surmonte , [ies timides conseils.n'ont rien que de la honte ; Et le front d'un guerrier aux combats étonné Jamais n'est couronné.
Soit la fin de mes jours contrainte ou naturelle, S'il plaît à mes destins que je meure pour elle , Amour en soit loué : je ne veux un tombeau Plus heureux ni plus beau.
Beauté , mon cher souci , de qui l'âme incertaine A , comme l'Océan , son flux et son reflux , Pensez de vous résoudre à soulager ma peine , Ou je me résoudrai de ne la souffrir plus.
Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise ,
Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté : Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise , Il leur faut de l'amour autant que de beauté.
Quand je pense être aupoint que cela s'accomplisse , Quelque excuse toujours en empêche Teffet ; Cest la toile sans fin de la femme d'Ulysse , Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.
Madame , avisez-y ; vous perdez votre gloire
De me l'avoir prorais , et vous rire de moi.
S^il ne vous en souvient , vous manquez de mémoire;
Et 8*11 vous en souvient , vous n'avez point de foi.
J'avais toujours fait compte , aimant chose si haute , De ne m*en séparer qu^avecque le trépas ; S'il arrive autrement, ce sera votre faute De Êdre des serments et ne les tenir pas.
CONSOLATION A CARITÊE '.
Ainsi , quand Mausole fut mort , Artémise accusa le sort , De pleurs se noya le visage , Et dit aux astres innocents Tout ce que fait dire la rage Quand elle est maîtresse des sens.
Ainsi fut sourde au reconfort , Quand eUe eut trouvé dans le port La perte qu'elle avait songée,
* Ce po6me est beaa , da commencement Jusqu'à là fin. M. du Perrier croit avoir oui dire à son père, l'ami familier de Mallierbe , que Caritée était une dame d'un grand mérite et d'une grande l)eauté , veuve d'un gentilhomme provençal. (Mén.)— St.-Ëvremond prétend que ces stances ont été composées pour consoler Marte de Médicis de la mort de Henri IV.