‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 9 sur 124 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Si des maux renaissants avec ma patience N*ont pouvoir d'arrêter un esprit si hautain , Ije temps est médecin d'heureuse expérience : Son remède est tardif, mais il est bien certain.

Le temps à mes douleurs promet une allégeance , Et de voir vos beautés se passer quelque jour : Lors je serai vengé, si j'ai delà vengeance Pour un si beau sujet pour qui j'ai tant d'amour.

Vous aurez un mari sans être guère aimée ,

Ayant de ses désirs amorti le flambeau ;

£t de cette prison de cent chaînes formée

Vous n'en sortirez poii^t que par l'huis du tombeau.

Tant de perfections qui vous rendent superbe , Les restes d'un mari , sentiront le reclus ; Et vos jeunes beautés flétriront ' comme l'herbe Que l'on a trop foulée, et qui ne fleurit plus.

Vous aurez des enfants , des douleurs incroyables , Qui seront près de vous , et crieront alentour ; Lors fuiront de vos yeux les soleils agréables , Y laissant pour jamais des étoiles autour.

Si je passe en ce temps dedans votre province , Vous voyant sans beautés , et moi rempli d'honneur, Car peut-être qu'alors les bienMts d'un grand prince > Marieront ma fortune avecque le bonheur :

» Se flétriront,

* Henri d'Angoaléme , doDt Malherbe était alorr genUlhommo , i< qui nuNinit assasçiaé en 1686.

Ayant un souvenir de ma peine fidèle ,

Mais n'ayant point à l'heure autant que j'ai d'ennuis ^

Je dirai : Autrefois cette femme fut belle ,

Et je fus autrefois plus sot que je ne suis.

Page 1