‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 101 sur 124 · SUR LES RICHESSES · texte numérisé non relu

SUR LES RICHESSES

Si For prolongeait la vie.

Mes vœux , mes soins, mon envie ,

Seraient d'amasser de For :

La Mort frappant à ma porte , O Mort , lui dirais-je , emporte, Au lieu de moi, mon trésor!

Mais si tout l'or d'un monarque Ne saurait fléchir la Parque Quand Minos a prononcé; Pour des richesses trop vaines Pourquoi tant de soins , de peines?

Pourquoi tant d'or amassé?

Irais-je , en des cours sinistres , Vendre aux princes , aux ministres , Mon indigente candeur ; Ou , trafiquant à Cythère , Gagner cet or adultère Qui fait rougir la pudeur?

Irais-je à leur sol aride, £t sous la zone torrlde.

Ravir les fils du Niger, M' enrichir de leurs supplices.

Et de mes vaisseaux complices Lasser Tune et l'autre mer?

Que y sans ami , sans amante.

Un vil Toinard * se tourmente Sur son trésor enfoui; Là, pris dans son piège infâme , Qu'il morde, exhalant son âme, L'or dont il n'a pas joui !

Que cet or , fruit de l'usure, Corrompe sa race impure Jusqu'au dernier rejeton;

< Nom d*UQ avare que sa mort rendit oélëbre. La porte du caveau où était son trésor se referma sur lui et il mourut de faim et de rajçesur son or.

m 0Di;s.

Et que leur prodigue joie Livre tous ses fils en proie A la fjQdm d'Érésichthon !

Pour moi , qui , suivant la traee D' Anacréon et d'Horace , M'inquiète peu du sort ; Sans autre bien que ma lyre, Entre fiacchus et Thémire J'attends une douce mort.

ODE

SUR LES CAUSES PHYSIQUES D£S TREMBLEMENTS DE TERRE. ET SUR LA MORT DU JEUNE RACINE-

Quels fléaux , malheureuse terre, Rassemblent tes antres profonds !

Le soufre , aliment du tonnerre , Y roule ses noirs tourbillons; Des sels , des nitres , du bitume, Le mélange en grondant s'allume ; Les vents irritent leurs combatss Et leur choc , signal des tempêtes , Fait tonner les cieux sur nos têtes , Et mugûr l'enfer sous nos pas.

Ces feux , âme de l'harmonie, Semés , errants dans tous les corps, Quand leur puissance est réunie , En troublent souvent les accords.

Des mers excitant les ravages , On les a vus, loin des rivages , Dans les airs lancer les vaisseaux ; Et plus d'une île épouvantée , Roulant sur sa base agitée,

Se perdre en flammes sous les eaux.

Voyez ces monts, race effîrayante.

Peuple de géants en fureur , Qui de leur bouche foudroyante Jettent la flamme et la terreur.

De feux leurs têtes étincellent , A leurs pieds les villes chancellent ; Us versent des fleuves brûlants :

L'Hécla , le Vésuve s'entr'ouvre ; Et l'enfer, que l'œil y découvre, Bouillonne dans leurs vastes flancs.

Sans détruire Tantique masse

Que presse Tocéan des airs ,

L^Étemel en change la face,

Mobile empire des revers.

Tout naît ; tout meurt; tout doit renaître ;

Tout perd la forme de son être ,

Frêle ouvrage des éléments :

La Nature, active et féconde,

Sans cesse reproduit le monde ,

Étemel dans ses changements.

Un destin jaloux et suprême Circule dans tous les dimats ; Sur le chaume et le diadème Il imprime en courant ses pas.

Tout cède , mer , peuple, rivage , Jouet constant d'un sort volage; Nul roi ne l'enchaîne à sa cour :

Il trompe une crédule joie ; S'il passe sans toucher sa proie, \\ la dévore à son retour.

3myme, Pompéiane , Héraclée, fx toi , Lima, ville des rois, Pu sein de la terre ébranlée Vous disparûtes à sa voix!

Triste objet de son inconstance , Ta cendre atteste la puissance Du sort qui dompte Punivers :

Lisbonne ! tu sens les atteintes Des foudres que n'ont pas éteintes Gnq lustres et deux cents hivers.

France ! Albion ! vous que là guerre Sépare encor plus que les flots, Autrefois une même terre Unissait vos peuples rivaux.

L'onde enleva dans sa furie Aux bords féconds de THespérie Les champs par TEtna désolés.

Un orage est T Hercule antique Qui des rives de la Bétique Détacha les climats brûlés.

Mais Tef&oi dont frémit le Tage Passe aux fies de Gérion, De rÈbre aux sables de Cartbage, De TAfrique aux champs d* Albion.

Les deux mers s'appellent , s'unissent ; Leurs flots se heurtent, et mugissent, Couverts de monstres bondissants ; Et , du sein des ondes fumantes , Le gouffre des mers écumuntas Vomit la flamme des volcans.

Quoi! le vaste amas de tes ondes Presse ces volcans allumés !

Océan ^ tes voûtes profondes Les tenaient en vain renfermés !

Quoi ! le ciel , pur et sans orage , A vu les horreurs du naufrage Errer sur les flots entr'ouverts; Et d'une rive désolée 1/ Amérique en vain reculée

S'épouvante au delà des mers !

Quel bruit ! quel horrible murmure !

Qu'annonce ce tumulte affreux ? Purge le sein de la nature , Ouvre tes foyers orageux ; Feu vengeur , sors de tes abtmes , Épargne ou frappe tes victimes ; C'est trop effrayer les humains.

Quels forfaits poursuitta colère?

Quels rivages , quel hémisphère Menacent tes coups incertains ?

Dieux , à la foudre étincelaote La guerre allume ses flambeaux !

L'Europe , encor pâle et tremblante , De ses fils creuse les tombeaux.

Triste amante des funérailles, Pourquoi, déchirant tes entrailles , Chercher de nouvelles horreurs?

Prends-tu cette onde mugissante, Ou la terre encor frémissante.

Pour théâtre de tes fureurs?

La tempête, agitant ses ailes Comme un effroyable vautour.

Couvre les yeux d'ombres mortelles , ft des mers fiaiit l'immense tour :

Pes reflux troublant l'harmonie , Autour de la froide Hibernie L'onde bondit de toutes parts ; Tandis que sa vague rapide Va, sous lei$ colonnes d'Alcide, De Cadix noyei^ les i(«mpart8,

Toi qui grondes sur ces rivages , Mer, si tu connais la pitié, Épargne au moins dans tes ravages L'objet de ma tendre amitié.

488 OPïiS.

Hélas! aux rives du Permesse , Le même âge , la même ivresse Autrefois emporta nos pas!

Les Muses!... Quel destin bizarre, Quelle divinité barbare Tenlève à jamais de leurs bras?

Reviens... la mer s'élance.. . Arrête !

Vois , crains , fuis ces flots suspendus ! Ils retombent !... Dieux ! la tempête ^ L'entratne à mes yeux éperdus.

Divin Racine , ombre immortelle , Ton fils... il expire , il t'appelle ; Volez , Muses , Grâces , Amours , Volez! sa bouche vous implore.

Toi y déesse plus chère encore , Amitié , vole à son secours.

Quels lauriers ceindront sa jeunesse , S'il peut vaincre un destin jaloux ?

Que ses vertus et ma tendresse , O mer! désarment ton courroux !

Tu fuis en étalant ton crime.., La Parque saisit sa victime , Et détourne ses yeux sanglants ; Ses yeux même en versent des larmes; Les Amours regrettent ses charmes , Et les Arts pleurent ses talents.

O Muses, recueillez ces restes Que l'onde et la Parque ont flétris!

Pisputez à ces piers funestes Un triste et précieux débris.

Et toi , dont j'adore la cendre , Si tes mânes daignaient entendre Pes chants consacrés à ta mort, Que, pénétrant la rive sombre , L'amitié console ton ombre Des injustes rigueurs du sort!

ODE

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