APRÈS UNE QUERELLE D*ÂMOUR
Amour , oui , j*ai pleuré; mais tes pleurs ont des charmes ; Que mes rivaux en soient jaloux !
Nos baisers , humides de larmes , Nous semblèrent encor plus brûlants et plus doux.
Ah ! de tes feux naissants les divines prémices,
Amour, n'ont peut-être jamais
Égalé ces vives délices Qu'amène après Torage une amoureuse paix.
Que deviennent alors tous ces torrents d'injures
Qu'exhale un dépit enflammé ^
Et ces assurances parjures De haïr pour jamais ce qu'on a trop aimé ?
Quel charme quand Thémire , insultante et grondeuse ,
Vient tout à coup à s'apaiser,
Et que sa lèvre encor boudeuse Sourit sans le vouloir, et médite un baiser !
Ces vains courroux , l'effroi de; languissantes âmes , De Vénus raniment les jeux :
Vénus aime les cœurs de flammes ,
Et son jour le plus doux naît d'un ciel orageux.
ODE
SUR L'ÉTAT DE DÉCADENCE DE LA MONARCHIE FRANÇAISE. DURANT LA DERNIÈRE MOITIÉ DU RÈGNE DE LOUIS XV.
Il n'est plus ce temps où la lyre Des gouf&es de l'humide empire Attira les dauphins émus , Ravit Eurydice au Ténare, Et bâtit ces murs où Pindare Charmait la race de Cadmus.
Tai vu les Muses éplorées Fuir tes rives déshonorées, O rivale de Sybaris !
rai vu les Hectors disparaître ,
Et plus d'une Hélène y renaître , Fatale aux neveux de Paris.
Non , non , le cygne de l'Ismène Jamais aux rives de la Seine N'eût tenté d'essors généreux.
Le génie adore la gloire , Et des regards de la Victoire Emprunte ses plus nobles feux.
A ses chants applaudit l'Alphée ; A ses chants l'horrible Typhée , Sous le poids de FEtna fumant, Respire; et, dans sa triple serre , L'aigle des dieux sent leur tonnerre Frémir d'un saint ravissement.
Peuple servi le , âmes glacées , Pour vous la muse des Alcées N'enfante que de vains accords ; Et votre mollesse hautaine Jamais de l'audace thébaine N'a senti les divins transports.
Ici , la Honte est couronnée ;
La Vertu rampe, profanée
Sous le char du vice insolent :
Nul frein à l'aveugle Licence;
Thémis y flétrit l'Innocence ;
Tout meurt sous un sceptre indolent.
Les Aoténors vendent l'empire; Thaïs l'achète d'un sourire ; L'or paye, absout les attentats.
Partout, à la cour, à l'armée , RègUjB un dédain de renommée Qui fait ]â chute des États.
Il n'est plus de gloire unanime,
4d3 ODES.
Plus de cet espoir magnanime Qu'enflamme l'aspect du danger»
O nation vile et flétrie, Tu ne oonûaiâ pluis la patrie :
Ck)mment sauràis-tu la venger ?
Mars a rougi de tes outrages ; Mars a vu tes faibles courages Trahir les destins de Francus :
Tes héros, voués à la fuite , Tombent sous les coups de Thersite , Surpris de les avoir vaincus.
Était-ce pour ces destinées Que, trompant les mains acharnées Des Grecs armés contre ses jours, Le fils d'Hector , fendant les ondes , Atteignit ces rives fécondes Où le Rhône achève son cours .^
Troie en vain sortit de sa cendre.
Tous les maux qu'a prédits Gassandre Poursuivent le sang d'Hélénus.
Plus faible que l'amant d'OEnone , C'est Priam , c'est un roi qui donne Le sceptre aux filles de Vénus !
ODE
ASTKËE,
OV LES REGRETS DE L'AGE fi'OR,
Age d'or, siècle heureux], doux empire deRhée , Quel astre bienfaisant nous rendra tes beaux jours ? Et toi , fille du Ciel , chère et divine Astrée !
< On sait que nos anciens historiens font descendrejes Français de Francus, lils d'Hector et neveu de Paris. Ce système était très-fayorable h la poésie, et aux traits allégoriques. {Note de fauteur i)
ODESi 493
Nous fiiis-tu pour toujours ?
Je sais qu'à tes bienfaits la Terre enfin rebelle Te força de voler aux célestes lambris : Nos crimes t*ont vengée ; ah! reviens de Gybèle . Réparer les débris.
A travers ces horreurs du glaive et du salpêtre , Hélas ! reconnais-tu ces champs délicieux , Ces bocages riants , cet Olympe champêtre Qu'habitaient nos aïeux?
Sur des rameaux féconds l'homme cueillait la vie ; Un lait pur l'abreuvait de ses flots argentés ; Et sa timide faim p'était pas assouvie De mets ensanglantés.
Le fer , paisible alors , ignorait le carnage ^ . D'innocentés brebis nous cédaient letirs toisons : Les.cœurs étaient sans fiel , l'Olympe sans nuage , La terre sans poisons.
Les amants se paraient de fleurs toujours écloses ; L'Hymen ne venait pas enchaîner les Désirs : C'était l'Amour encor : ses fers étaient des roses , Ses devoirs , des plaisirs.
Le noir Chagrin voltige autour des lits de soie ; Vénus et le Sommeil aiment des lits de fleurs : Le Ciel , dans ces beaux jours , ne permit qu'à la joie De répandre des pleurs.
Cette tendre Pudeur, la première des Grâces, La Pudeur seule était le fard de la Beauté ; Et la Vertu riante amenait sur ses traces La pure Volupté.
L'homme ignorait le crime , et lés dieux le tonnerre? Nul Terme soupçonneux ne borna les moissons : Les biens étaient communs; on ne vit sur la terre Ni Louvresni prisons.
Libre de souveraiDS , tout mortel croyait Tétre ; La Vertu fit nos dieux , les Mœurs firent nos lois ; Et de ses nobles flancs Cybèle voyait naître Tout un peuple de rois.
Que la Nature alors se plut sur nos rivages ! Qu'elle aimait à sourire aux champêtres mortels ! Son culte fut F Amour; ses temples , des bocages ; Des gazons, ses autels.
Nuls trésors , nuls besoins : leur richesse était pure ; C'était For des moissons , et l'argent des ruisseaux ; Us avaient pour lambris des tentes de verdure ; Pour sujets , leurs troupeaux.
O riche Pauvreté, quels maux suivent ta pertel O que d'arts criminels sont enfants de Plutusl Arts , vous peuplez la terre! et la terre est déserte Des premières vertus.
L'aveugle Ambition, la Discorde barbare, La sourde Politique aux nocturnes complots , L'ardente Soif de l'or, et l'Opulence avare , Respectaient leur repos.
Les antiques forêts , dépouillant leurs ombrages , N'allaient point sur les mers lutter contre les vents; Ni de frêles humains défier les orages ,
Dans ces tombeaux flottants.
Ces bombes , de la Mort filles épouvantables , Et cet airain tonnant que Bellone a creusé , Ne lançaient point encor de leurs flancs redoutables Un trépas embrasé.
Les ans seuls nous guidaient vers la fatale barque , Une lente vieillesse éteignait leur flambeau : Mais l'homme ose ajoute]^ , plus cruel que la Parque , Des routes au tombeau.
Nos Alcides , marchant en ligne foudroyante , Hérissent de poignards leur tube meurtrier; Et, le sabre à la main, vole en troupe bruyante Le centaure guerrier.
Cétait peu de la terre : on combat sur les ondes. L'homme embarque avec lui des orages brûlants; Et Téthys voit tomber dans ses grottes profondes Des cadavres sanglants.
L'Enfer même ignorait cette fatale poudre Dont Mars unit la flamme aux ravages du fer : Le cxoirai-je ? un mortel ose arracher la foudre Aux mains de Jupiter !
Il a pétri ces feux , honneur de la Nature , Ces grains qui font germer d'innombrables trépas ; Effroyable assassin d'une race future Qu'il ne connaissait pas !
Sors de la tombe , et viens dans les champs de Bellone: Vois de ton art fatal les sinistres bienfaits ; Vois ces corps tout fumants que ta foudre sillonne; Et compte tes forfaits !
Ah ! plutôt disparais , monstre horrible et barbare! Ton ombre à la Nature inspire trop d*effroi : Fuis ! que ton art brûlant , trop digne du Tartare , S'y replonge avec toi !
ODE