‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 104 sur 124 · ARION · texte numérisé non relu

ARION

Quel est ce navire perfide Où l'impitoyable Euménide A soufflé d'horribles complots ?

J'entends les cris d'une victime

Que la main sanglante du Grime Va précipiter dans les flots.

Arrêtez , pirates avares ,

Durs nochers ! Que vos mains barbares

D*Arion respectent les jours !

Arrêtez ! écoutez sa lyre !

11 chante ; et , du liquide empire ,

Un dauphin yole à son secours.

Il chante ! et sa lyre fidèle , Du glaive qui brille autour d'elle, Charme les coups impétueux ; Tandis que le monstre en silence , Sous le demi-dieu qui s'élance , Ck)urbe son flanc respectueux.

Le voilà , tel qu'un char docile Qui remporte d'un cours agile Sur la plaine immense des mers !

Et, du fond des grottes humides , Arion voit les Néréides Courir en foule à ses concerts.

O inerveilles de l'Harmonie !

L'onde orageuse est aplanie ; Le c^el devient riant et pur.

Un doux calme enchaîne Borée ; Les palais flottants de Nérée Brillent d'un immobile azur.

Jeune Arion , banniis la crainte ; ip>orde aux rives de Corinthe :

Périandre est digne de toi.

Afinerve aime ce doux rivage ; Et les yeux y verront un sage Assis sur le trône d'un roi.

Hélas! si jamais la Fortune

M^^arait au seiu de Neptune Parmi des nochers ravisseurs , Muses, daignerez- vous m'apprendre S'il est un nouveau Périandre , Digne amant des savantes Sœurs?

Est-il vrai qu'en nos jours barbares, Où des Linus et des Pindarei^ On dédaigne les doctes yer3« Un prince que Minerve inspire , Frédéric , ouvre son empire Aux arts , flambeaux de Funivers ?

ODE

Page 1