ARION
Quel est ce navire perfide Où l'impitoyable Euménide A soufflé d'horribles complots ?
J'entends les cris d'une victime
Que la main sanglante du Grime Va précipiter dans les flots.
Arrêtez , pirates avares ,
Durs nochers ! Que vos mains barbares
D*Arion respectent les jours !
Arrêtez ! écoutez sa lyre !
11 chante ; et , du liquide empire ,
Un dauphin yole à son secours.
Il chante ! et sa lyre fidèle , Du glaive qui brille autour d'elle, Charme les coups impétueux ; Tandis que le monstre en silence , Sous le demi-dieu qui s'élance , Ck)urbe son flanc respectueux.
Le voilà , tel qu'un char docile Qui remporte d'un cours agile Sur la plaine immense des mers !
Et, du fond des grottes humides , Arion voit les Néréides Courir en foule à ses concerts.
O inerveilles de l'Harmonie !
L'onde orageuse est aplanie ; Le c^el devient riant et pur.
Un doux calme enchaîne Borée ; Les palais flottants de Nérée Brillent d'un immobile azur.
Jeune Arion , banniis la crainte ; ip>orde aux rives de Corinthe :
Périandre est digne de toi.
Afinerve aime ce doux rivage ; Et les yeux y verront un sage Assis sur le trône d'un roi.
Hélas! si jamais la Fortune
M^^arait au seiu de Neptune Parmi des nochers ravisseurs , Muses, daignerez- vous m'apprendre S'il est un nouveau Périandre , Digne amant des savantes Sœurs?
Est-il vrai qu'en nos jours barbares, Où des Linus et des Pindarei^ On dédaigne les doctes yer3« Un prince que Minerve inspire , Frédéric , ouvre son empire Aux arts , flambeaux de Funivers ?
ODE