AUX FRANÇAIS
O Messène , frémis : Sparte n'est point domptée; Il lui reste ma lyre : elle enflamme les cœurs. Tu le disais : ta lyre , 6 sublime Tyrthée , Enfanta des vainqueurs.
Français , ressaisissez le char de la Victoire; Aux armes, citoyens I il âiut tenter le sort. U n'est que deux senûers dans les champs de la gloire : Le triomphe ou la mort.
Celui que Mars couronne au bout de la carrière Sur ses pâles rivaux lève un front radieux ; Et la palme qui luit sur sa tête guerrière Le place au rang des dieux.
La palme suit de près un espoir magnanime ; Le doute des succès déjà touche aux revers. Accourez , combattez ; la France vous anime; Les prix vous sont offerts.
L'entendez-vous gémir , cette auguste patrie ? Elle vous tend les bras , et ses yeux sont en pleurs : Ses lauriers sont épars; sa guirlande flétrie Implore des vengeurs.
« O mes fils! vous dit-elle , ô douleur trop amère ! « Quelle ombre vient ternir vos lauriers et mes lis ? « D'un peuple généreux je me croyais la mère : « JS'étes-vous plus mes fils ?
« Jadis , quand la victoire enflammait vos ancêtres , « Le Gapitole eut peine à sauver ses Romains ; « La maîtresse du monde eut vos aïeux pour maîtres ; « Rome fut dans leurs mains.
« Que devient aujourd'hui cette audace si fière? « Du destin des héros n'êtes vous plus jaloux? « Prêts à franchir de Mars la sanglante carrière, « Soldats, où fuiriez- vous?
« Vous, guerriers! vous, Français! vous, mes fils ! Si vous Fêtes, « Vengez-moi , vengez- vous ; osez être vainqueurs : « I^es périls , les combats sont les seules retraites « Ouvertes aux grands coeurs.
« Revenez , ô mes fils , avec ou sur vos armes ! « Ainsi Sparte guerrière éleva ses enfants , « Contente de les voir, au retour des alarmes , « Ou morts ou triomphants!
« Si la mort , qui toiyours suit les fuites honteuses ,
K Dans rétemelle nuit vous plongeait à mes yeux, « De quel œil vous offrir aux ombres belliqueuses « De vos braves aïeux?
? Un seul de leurs regards saurait trop vous confondre. « Que diraient les Glissons , les Danois , les Bayards ? « Enfants des voluptés , qu*oserieZ'Vous répondre « A ces enfants de Mars ?
« Là, vous verrez Moncalm , ombre chère et sanglante ; « Ce sang couia pour moi , pour venger mes revers. « S'il respirait encor , TAmérique tremblante « N'eût point reçu de fers.
« Que dis-je? T Amérique... On insulte mes rives; « L'Anglais m'ose ravir et la terre et les eaux. « Français , verrai-je encor mes dépouilles captives « Enrichir ses vaisseaux ?
« O mes fils !... » A ces mots , le trouble , les alarmes, De sa voix maternelle interrompent le cours. Français ,' vous l'entendez ; c'est la patrie en larmes Qui vous tient ce discours.
Vengez-la; repoussez des nations jalouses , De vos aïeux du moins défendez le tombeau , Vos pères , vos foyers , le lit de vos épouses , Et vos fils au berceau.
Quels sont vos ennemis ? des lâches , des parjures , Implorant tour à tour et bravant les traités ; Des restes fugitifs de légions obscures , Par vous-mêmes domptés.
Vous n'eûtes pour vainqueurs , ni le fer homicide , Ni ces pièges de flamme échappée en volcans : Votre ennemi fatal , c'est ce luxe timide , Corrupteur de vos camps.
C'est cet orgueil jaloux , ces haines intestines , Qui , divisant les chefs , immolent le soldat :
Malheur à qui s'élève en foulant les ruines Des loisetdeFÉtat!
Sur le vaisseau public il faut yeiller sans cesse , Pour triompher des vents, des rochers et des mers : Un seul moment encor de sommeil ou d'ivresse , £t ses flancs sont ouverts!
Sachez que nos destins sont enfants de nous-mêmes. La fortune est un nom ; le hasard a des lois, £t ne fait point sans nous flotter les diadèmes Sur la tête des rois.
Pourquoi de vos malheurs rendre les dieux complices ? Nos revers sont toujours l'ouvrage de nos mains ; Ce qu'on nomme du sort les aveugles caprices Sont les jeux des humains.
De Grevelt , de Minden si la triste mémoire Imprimait dans vos cœurs ou la honte ou l'effîroi j Rappelez-vous Lawfeld , rappelez-vous la gloire Des champs de Fontenoi.
Du sang de nos rivaux ces plaines sont fumantes ; Le soc y vient heurter leurs ossements épars ; Et l'Escaut roule encor jusqu'aux mers écumantes Les casques et les dards.
Les palmes d'Hastembeck, filles de votre audace, Et Minorque soumise à vos premiers efforts , Tout devait , dissipant la terreur qui vous glace , Enflammer vos transports.
^h ! si de vos lauriers la tige s'est flétrie , Vrais Achilles , quittez les myrtes de Scyros \ Combattre pour la gloire et venger sa patrie Est le sort d'un héros.
Plus brûlant que ces feux qui des sombres Ardennes Embrasent les forêts de sapin en sapin ; Plus fier qiae l'aquilon précipitant les chênes
Du haut de rApcnniii ,
Il vole ; il fait briller la flamme vengeresse ; La terreur le devance , et la mort suit ses coups : Le fer, le feu , le sang échauffe encor Tivresse De son noble courroux.
Dans les plaines de Mars s'il doit trouver sa tombe, Sa tombe est un autel respectable aux guerriers ; Et, couvert de cyprès , heureux vainqueur, il tombe Sur un lit de lauriers.
Ainsi tomba jadis dans les champs de Ravenne , Entouré d'Espagnols immolés par son bras , Ce Nemours indompté , que Mars suivait à peine Dans le feu des combats.
Vous eussiez vu la gloire, en ces moments funestes , De son voile de pourpre entourant ce héros , Le porter tout sanglant sur les voûtes célestes , Loin des yeux d'Atropos.
Mais celui dont la fuite ose acheter la vie Revient , les yeux baissés, par de sombres détours ; Tl craint tous les regards : la peur, Tignominie Enveloppent ses jours.
C'est l'opprobre étemel des bords qui l'ont vu naître , Du sein qui l'a nourri , des flancs q i l'ont porté : D'un père, d'une épouse il se voit méconnaître; Ses fils l'ont rejeté.
Vil aux yeux de l'amour , vil aux yeux du courage , Lui-même il se dédaigne ; il respire l'affront ; I^ fardeau de la vie est un poids qui l'outrage , Et lui courbe le front.
Ah ! de ces vils destins vos âmes indignées S'embrasent, à ma voix , des feux de la valeur ; Et le glaive assoupi dans vos mains dédaignées S'éveille pour l'honneur.
Soldats! vouez ce glaive aux dangers de la France ; Ne quittez point ce fer de carnage altéré , Que ce fer n'ait éteint sa soif et sa vengeance Dans un sang abhorré.
STil vous manque des chefs , du fond des rives sombres Évoquons Luxembourg , ou Turenne, ou Villars : Héros de nos aïeux , marchez , augustes ombres , Devaiit nos étendards !
Toujours on vit l'audace enchaîner la fortune ; Faites à la Victoire expier son erreur. Dans le sein d'Albion , chez les fils de Neptune , Renvoyez la terreur.
Tels d'affreux léopards , dans leurs courses sanglantes , Ravagent de Barca les déserts escarpés ; Mais l'aspect d'un lion , roi des plages brûlantes , Les a tous dissipés.
Dieux! avec quels transports une épouse , -une mère, Vont presser le vainqueur entre leurs bras chéris ! Qu'il est beau de couvrir les cheveux blancs d'un père Des lauriers de son fils !
Ce fils verra les siens , un jour dans sa vieillesse , Autour de lui pressés , suspendus à sa voix , Éveiller leur audace , enflammer leur jeunesse Au bruit de ses exploits.
C'est alors que ma lyre, amante du courage, Consacrant ce mortel par d'immortels accents , Fera d'un nom si beau retentir, d*âge en âge, Tout l'empire des temps.
ODE
QiriNE PAUVRETÉ MALE EST L'AIGUILLON DE LA GLOIRE