‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 108 sur 124 · ET DU GÉNIE · texte numérisé non relu

ET DU GÉNIE

Le champ des pommes d'or en palmes est aride ; Ces fruits contagieux enivrent la raison : Muse , tu nUras point sur la rive hespéride Cueillir leur funeste poison.

C'est en vain que Plutus, dangereux Hippomène , Sèmerait dans ta course un métal suborneur ; On ne te verra pas, Atalante incertaine ,

Moins prompte au sentier de Thonneur.

Le mérite , élancé du sein de Tindigence , Sait prendre vers la gloire un vol plus courageux ; Et sa vertu confond la noire intelligence Des astres les plus orageux.

Noble et fière indigence , aux revers aguerrie , Amante de Thonneur, et mère des vertus , Cest toi qui sus former, sous le nom d'Égérie, Le successeur de Romulus«

C'est ton amour austère, et que Minerve inspire , Qui lui fit aux Romains dicter de justes lois ; Toi seule as pu fonder les destins et l'empire Du peuple, souverain des rois.

En vain l'or de Carthage et s'indigne et menace; La pauvreté de Rome a mis Carthage aux fers : Les sceptres d'or tombaient sous l'mdigente audace Des conquérants de l'univers.

L'Homère des Anglais, leMilton de la Grèce , Sublimes indigents, reçurent des autels; Et ce divin Rousseau , qu'adore le Permesse , Dut la vie à d'humbles mortels.

Sous les vils instruments d*une obscure industrie ,

Les destins lui cacliaieût sa lyre et son pioceau : Il eût moins honoré les arts et sa patrie , Si l*or eût paré son berceau.

Ces vers qui de Bemis ont chanté les pénates , Par uue plume d*or ne furent point tracés : Riche faveur des rois, depuis que tu le flattes , Ses vers sont brillants et glacés.

De son obscur asile, un moderne Catulle A son oiseau parleur 6t prendre un noble essor. Avant que la Fortune à sa muse crédule Eût attaché des ailes d'or.

Plutus , un jour, trouvant une lyre égarée , Une corde rompit sous Teffort de ses doigts : II en mit une d'or; riche et déshonorée, Cette lyre perdit la voix I

Des enfants de Plutus on sait trop les disgrâces ; Jamais de Calliope ils n'eurent les faveurs : L'or ne peut embellir la ceinture des Grâces , Ni la guitare des neuf Soeurs.

Heureux qui , satisfait des richesses du Pmde, De son libre destin sait rendre grâce aux dieux, Et foulerait aux pieds tous les trésors de l'Inde, Sans daigner y jeter les yeux !

ODE

PiDdaram quisquis , etc.

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