‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 113 sur 124 · AVANTAGES DE LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

AVANTAGES DE LA VIEILLESSE

Que Minos jette dans son urne Les noms des vulgaires mortels; Muses , vos û\s bravent Saturne A l'ombre de vos saints aytels.

En vain s'échappe la jeunesse; Mon âme trompe la vieillesse ; Ma pensée est à son printemps :

Sa fleur ne peut m'être ravie ; Et même , «n exhalant ma vie , Je ne meurs point , je sors du temps !

Lajiuit jalouse et passagère Dont le voile ombrage mes yeux N'est qu'une éclipse mensongère D'où l'esprit sort plus radieux.

Ainsi la nymphe transformée En chrysalide inanimée , Que voilent de sombres couleurs ,

àTfk ODES.

Prépare ces brillantes ailes £t ce front paré d'étincelles , Qu'adore la reine des fleurs.

Ce vieillard qui charmait la Grèce , Cet Anacréon si yanté, Dans la coupe de l'allégresse Sut boire l'iminortalité .

Jeune de verre et de pensée , Sa vieillesse fut caressée Par les Muses et les Amours ; Son hiver eut des fleu^rs écloses :

Sou front se couronna de roses ; Et ces roses vivent toujours.

Mais du chantre heureux de Batliylle La verte et brillante saison Ne fut qu'une suite stérile De printemps obscurs et sans nom.

Lui-même voila son jeune âge , Sûr de l'immortel badinage Dont il ménageait le flambeau ; Il sut reculer sa mémoire , Et sembla nattrepour la gloire Aux portes mêmes du tombeau.

Ainsi , quand la prodigue Flore A vu flétrir ses doux présents , Dons fragiles qu*en vain l'Aurore Humectait de pleurs bienfaisants , La sage et tardive Pomone Ose confier à l'automne, Voisin des farouches hivers , Ces fruits dont la riche corbeille Brave les larcins de l'abeille Et le souffle glacé des airs ;

Ou tel des grappes colorées

Le feu liquide et pétillant Vieillit , loin des coupes dorées , Au sein pur d'un cristal brillant.

Loin que son âge le consume , Riche du temps qui le parfume , Il devient ce jus précieux , Cette liqueur à qui tout cède , Même celle dont Ganymède Couronnait la coupe des dieux.

ODE

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