‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 114 sur 124 · SUR LE VAISSEAU LB VENGEUR · texte numérisé non relu

SUR LE VAISSEAU LB VENGEUR

Au sommet glacé du Rhodope , Qu'il soumit tant de fois à ses accords touchants, Par de timides sons le fils de Calliope

Ne préludait point à ses chants.

Plein d'une audace pindarique , ' Haut que, des hauteurs du sublime Hélicon, Le premier trait que lance un poète lyrique

Soit une flèche d'Apollon.

L'Etna , géant incendiaire , Qui d'un front embrasé fend la Yoûte des airs , Dédaigne ces volcans dont la froide colère

S*épuise en stériles éclairs.

'A peine sa fureur commence , C'est un vaste incendie et des fleuves brûlants. Qu'il est beau de courroux , lorsque sa bouche immense

Vomit leurs flots étinceiants !

Tel éclate un libre génie , Quand il lance aux tyrans les foudres de sa voix ; Telle à flots indomptés sa brûlante harmonie

Entraîne les sceptres des rois.

Toi que je chante et que j*adore , Dirige , ô Liberté , mon vaisseau dans son cours. Moins de vents orageux tourmentent le Bosphore

Que la mer terrible où je cours.

Aj^o, la nef à voix humaine , Qui mérita FOlympe et luit au front des deux , Quel que fût le succès de sa course lointaine ,

Prit un vol moins audacieux.

Vainqueur d'Éole et des Pléiades , Je sens d'un souffle heureux mon navire emporté ; Il échappe aux écueils des trompeuses Cyclades ,

£t vogue à rimmortalité.

Mais des flots fût-il la victime, Ainsi que le Vengeur il est beau de périr ; Il est beau , quand le sort vous plonge dans Tabime,

De paraître le conquérir.

Trahi par le sort infidèle , Gomme un lion pressé de nombreux léopards , Seul au milieu de tous , sa fureur étincelle;

Il les combat de toutes parts.

L'airain lui déclare la guerre; Le fer, Tonde, la flamme entourent ses héros. Sans doute ils triomphaient! mais leur dernier tonnerre

Vient de s'éteindre sous les flots.

Captifs!.... la vie est un outrage !

Il» préfèrent le gouffre à ce bienfait honteux. L'Anglais , en frémissant , admire leur courage ;

Albion pâlit devant eux.

Plus fiers d'une mort infaillible , Sans peur, sans désespoir , calmes dans leurs combats , De ces républicains l'âme n'est plus sensible

Qu'à l'ivresse d'un beau trépas.

Près de se voir réduits en poudre ,

Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants. Voyez-les défier et la vague et la foudre ,

Sous des mâts rompus et brûlants.

Voyez ce drapeau tricolore Qu'élève , en périssant , leur courage indompté. Sous le flot qui les couvre , entendez- vous encore

Ce cri : Vive la liberté !

Ce cri !... c'est en vain qu'il expire , Étouffé par la mort et par les flots jaloux ; Sans cesse il revivra répété par ma lyre ;

Siècles , il planera sur vous !

Et vous, héros de Salamine, Dont Téthys vante encor les exploits glorieux , Non ! vous n'égalez point cette auguste ruine ,

Ce naufrage victorieux!

ODE

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