CONSOLATION A M. DU PERRIER
Ta douleur, du Perrier, sera donc étemelle?
Et les tristes discours > Que te met en l'esprit l'amitié paternelle
L'augmenteront toujours ?
Le malheur de ta fille au tombeau descendue ^
Par un commun trépas , Est-ce quelque dédale où ta raison perdue
rïe se retrouve pas?
Je sais de quels appas son enfance était pleine ,
Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami , de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde , où les plus belles choses
Ont lé pire destin; Et, rose , elle a vécu ce que vivent les roses.
L'espace d'un matin 4.
Puis quand ainsi serait que, selon ta prière, Elle aurait obtenu
* GeDtilhomme de ProveDce. Son père et son aïeul étalent magistrats à Aix ; son bisaïeul fut tué au siège de Rhodes.
' Remarquez ici le choix du rhythme, et comme ce petit yers, qui toml)e régulièrement après le premier, peint l'abattement de la douleur. Cest le vrai secret de Tharmonie. (La Harpe.)
3 Marguerite du Perrier. Tous les beaux esprits de Provence, et son père lui-même, firent des vers sur sa mort.
* Quelle douceur ! quelle sensibilité ! quelle expression ! ( Là Harpe. )
D^avoir en cheveux blanes terminé sa carrière,
Qu'en fût-il avenu ?
Penses-ta que, plus vieille, en la maison céleste
Elle eût eu plus d'accueil , Ou qu*elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?
Non , non , mon du Perrier ; aussitôt que la Parque
Ote l'âme du corps , L'âge s'évanouit au deçà de la barque ,
Et ne suit point les morts.
Tithon ' n'a plus les ans qui le firent cigale;
Et Pluton aujourd'hui , Sans égard du passé, les mérites égale
D'Archémore » et de lui.
JNe te lasse donc plus d'inutiles complaintes : ( . Mais, sage àlavenir,
Âinie une ombre comme ombre, et des cendres éteintes Éteins le souvenir.
Cest bien , je le confesse , une juste coutume
Que le cœur affligé , Par le canal des yeux vidant son amertume,
Cherche d'être allégé.
Même quand il avient que la tombe sépare
Ce que nature a joint , Celui qui ne s'émeut a l'âme d'un barbare ,
On n'en a du tout point.
Mais d'être inconsolable , et dedans sa mémoire Enfermer un ennui ,
' nthon ayant demandé h TAurore rimmortalité, oublia de demander une éternelle Jeunesse. Fatigué d'une vie décrépite, il souiiaita la mort et fat changé en cigale.
' Opheltes, fils de Lycurgue, roi de Némée; surnommé, Archémore à cause de la brièveté de sa destinée. Sa nourrice, pour rendre service aux sept chefs qui assiégeaient Thèbes déposa sur i*herbe cet onfant, qui mourut piqué par un serpent. Les Jeux Néméens furent institués en son honneur.
N*est-ce pas se haïr, pour acquérir la gloire De bien aimer autrui?
Priam , qui vit ses fils abattus par Achille ,
Dénué de support, Et hors de tout espoir du salut de sa ville ,
Reçut du réconfort.
François , quand la Castille, inégale à ses armes ,
Lui vola son Dauphin ' , Sembla d'un si grand coup devoir jeter des larmes
Qui n'eussent point de fin.
u les sécha pourtant, et , comme un autre Âlcide ,
Contre fortune instruit * , Fit qu'à ses ennemis d'un acte si perfide
La honte fut le fruit.
Leur camp , qui la Durance avait presque tarie
De bataillons épais, Entendant sa constance, eut peur de sa furie,
Ec demanda la paix ^.
De moi 4 déjà deux fois d'une pareille foudre
Je me suis vu perclus ^ ; Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre.
Qu'il ne m'en souvient plus.
Non qu'il ne me soit grief que la terre possède
Ce qui me fut si cher; Mais en un accident qui n'a point de remède
U n'en faut point chercher.
' Le Dauphin , fils de François I. On soupçonna la cour de Madrid do ravoir fait empoisonner.
' Nous disons encore : contre fortune bon casur.
' La même année 1636, Charles-Quint, dontParmée fut détruite en Provence, demanda une trêve, qui fut ensuite renouvelée pour dixans.
* Yaugelas préférait de moi à pour moi. Son senUment n*a pas été adopté.
^ Sa lille était morte de la peste, et son fils en duel.
Xa Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles ,
Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend point nos rois.
De murmurer contre elle et perdre patience
Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science
Qui nous met en repos.