‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 13 sur 124 · CONSOLATION A M. DU PERRIER · texte numérisé non relu

CONSOLATION A M. DU PERRIER

Ta douleur, du Perrier, sera donc étemelle?

Et les tristes discours > Que te met en l'esprit l'amitié paternelle

L'augmenteront toujours ?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue ^

Par un commun trépas , Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

rïe se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance était pleine ,

Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami , de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du monde , où les plus belles choses

Ont lé pire destin; Et, rose , elle a vécu ce que vivent les roses.

L'espace d'un matin 4.

Puis quand ainsi serait que, selon ta prière, Elle aurait obtenu

* GeDtilhomme de ProveDce. Son père et son aïeul étalent magistrats à Aix ; son bisaïeul fut tué au siège de Rhodes.

' Remarquez ici le choix du rhythme, et comme ce petit yers, qui toml)e régulièrement après le premier, peint l'abattement de la douleur. Cest le vrai secret de Tharmonie. (La Harpe.)

3 Marguerite du Perrier. Tous les beaux esprits de Provence, et son père lui-même, firent des vers sur sa mort.

* Quelle douceur ! quelle sensibilité ! quelle expression ! ( Là Harpe. )

D^avoir en cheveux blanes terminé sa carrière,

Qu'en fût-il avenu ?

Penses-ta que, plus vieille, en la maison céleste

Elle eût eu plus d'accueil , Ou qu*elle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

Non , non , mon du Perrier ; aussitôt que la Parque

Ote l'âme du corps , L'âge s'évanouit au deçà de la barque ,

Et ne suit point les morts.

Tithon ' n'a plus les ans qui le firent cigale;

Et Pluton aujourd'hui , Sans égard du passé, les mérites égale

D'Archémore » et de lui.

JNe te lasse donc plus d'inutiles complaintes : ( . Mais, sage àlavenir,

Âinie une ombre comme ombre, et des cendres éteintes Éteins le souvenir.

Cest bien , je le confesse , une juste coutume

Que le cœur affligé , Par le canal des yeux vidant son amertume,

Cherche d'être allégé.

Même quand il avient que la tombe sépare

Ce que nature a joint , Celui qui ne s'émeut a l'âme d'un barbare ,

On n'en a du tout point.

Mais d'être inconsolable , et dedans sa mémoire Enfermer un ennui ,

' nthon ayant demandé h TAurore rimmortalité, oublia de demander une éternelle Jeunesse. Fatigué d'une vie décrépite, il souiiaita la mort et fat changé en cigale.

' Opheltes, fils de Lycurgue, roi de Némée; surnommé, Archémore à cause de la brièveté de sa destinée. Sa nourrice, pour rendre service aux sept chefs qui assiégeaient Thèbes déposa sur i*herbe cet onfant, qui mourut piqué par un serpent. Les Jeux Néméens furent institués en son honneur.

N*est-ce pas se haïr, pour acquérir la gloire De bien aimer autrui?

Priam , qui vit ses fils abattus par Achille ,

Dénué de support, Et hors de tout espoir du salut de sa ville ,

Reçut du réconfort.

François , quand la Castille, inégale à ses armes ,

Lui vola son Dauphin ' , Sembla d'un si grand coup devoir jeter des larmes

Qui n'eussent point de fin.

u les sécha pourtant, et , comme un autre Âlcide ,

Contre fortune instruit * , Fit qu'à ses ennemis d'un acte si perfide

La honte fut le fruit.

Leur camp , qui la Durance avait presque tarie

De bataillons épais, Entendant sa constance, eut peur de sa furie,

Ec demanda la paix ^.

De moi 4 déjà deux fois d'une pareille foudre

Je me suis vu perclus ^ ; Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre.

Qu'il ne m'en souvient plus.

Non qu'il ne me soit grief que la terre possède

Ce qui me fut si cher; Mais en un accident qui n'a point de remède

U n'en faut point chercher.

' Le Dauphin , fils de François I. On soupçonna la cour de Madrid do ravoir fait empoisonner.

' Nous disons encore : contre fortune bon casur.

' La même année 1636, Charles-Quint, dontParmée fut détruite en Provence, demanda une trêve, qui fut ensuite renouvelée pour dixans.

* Yaugelas préférait de moi à pour moi. Son senUment n*a pas été adopté.

^ Sa lille était morte de la peste, et son fils en duel.

Xa Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :

On a beau la prier; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles ,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle et perdre patience

Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science

Qui nous met en repos.

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