AUX OMBRES DE DAMON
FRAGMENT
L'Orne comme autrefois nous reverrait encore , Ravis de ces pensers que le vulgaire ignore , Égarer à l'écart nos pas et nos discours ; Et couchés sur les fleurs , comme étoiles semées * , Rendre en si doux ébat les heures consumées. Que les soleils ^ nous seraient courts.
Mais , ô loi rigoureuse à la race des hommes ! C'est un point arrêté que tout ce que nous sommes , Issus de pèré^ rois et de pères bei^ers , La Parque également sous la tombe nous serre;
» li parait que Malherbe n*a jamais terminé cette ode. Le commencemeoi paraît manqaer; l'une des strophes est incomplète.
' Les fleurs sont appelées par les poètes les étoiles de la terre ; on peut de même appeler les étoiles les fleurs du ciel. ( Mén. )
' C'est-à-dire les jours.
Et les mieux établis au repos de la terre N'y sont qu'hôtes et passagers.
Tout ce que la grandeur a de vains équipages , D'habillements de pourpre et de suite de pages , Quand le terme est échu n'allonge point nos jours. Il faut aller tout nus où le destin commande ; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande , C'est qu'il faut laisser nos amours :
Amours qui , la plupart infidèles et feintes , Font gloire de manquer à nos cendres éteintes, Et qui, plus que l'honneur estimant les plaisirs, Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes. Acte digne du foudre ! en nos obsèques mêmes Conçoivent de nouveaux désirs.
Elles savent assez alléguer Artémise , Disputer du devoir et de la foi promise : Mais tout ce beau langage est de si peu d'effet , Qu'à peine en leur grand nombre une seule se treuve De qui la foi survive , et qui fasse la preuve Que ta Carlnice te fait.
Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deux hivers perdu sa robe verte. Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs, Sans que d'aucun discours sa douleur se console Et que ni la raison ni le temps qui s'envole Puisse faire tarir ses pleurs '.
Le silence des nuits , l'horreur des cimetières , De son contentement sont les seules matières ; « Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser ; Et si tous ses appas sont encore en sa face. C'est que l'Amour y loge, et que rien qu'elle fasse N'est capable de l'en chasser.
I Celte stance est admirable. (Chevreau. )
Mais quoi! c'est un chef-d'œuvre où tout mérite abonde , Un miracle du ciel, une perle du monde, Un esprit adorable à tous autres esprits ; £t nous sommes ingrats d'une telle aventure , Si nous ne confessons que jamais la nature rTa rien fait de semblable prix.
Tai vu maintes beautés à la cour adorées , Qui, des vœux des amants à l'envi désirées. Aux plus audacieux ôtaient la liberté : Mais de les approcher d'une chose si rare, Cest vouloir que la rose au pavot se compare, £t le nuage à la clarté.
Celle à qui dans mes vers , sous le nom de Nérée' J'allais bâtir un temple étemel endurée, Si sa déloyauté ne l'avait abattu* , Lui peut bien ressembler du front, ou de la joue : Mais quoi ! puîsqu'à ma honte il faut que je l'avoue , Elle n'a rien de sa vertu.
L'âme de cette ingrate est une âme de cire, Matière à toute forme incapable d'élire. Changeant de passion aussitôt que d'objet; Et de la vouloir vaincre aveeque des services , Après qu'on a tout fait , on trouve que ses vices Sont de l'essence du sujet.
Souvent de tes conseils la prudence fidèle M'avait sollicité de me séparer d'elle,
< Nérée est Panagrammede Eenée, qui, d'après ce quef ai oui dire, était le nom d'aoe dame de Proveoce. Da Bellay, par une anagramme sem- Jl)lable, appelait Olive sa maUresse, dont le nom était Yiole. ( Mén. )
> On objecte que la déloyauté de Nérée ne peut pas avoir abattu ce temple, puisqu'il n'était pas encore bâti : on répond qu'il était l)àU dans l'esprit du poète , et que c'est là que la déloyauté de la nymphe l'a abattu.
(MÉN.)
Et de m'assujettir à de meilleures lois : Mais l'aise de la voir avait tant de puissance Que cet ombrage £aiux m'ôtait la connaissance Du vrai bien où tu m'appelais.
Enfin, après quatre ans , une juste colère
Que le flux de ma peine a trouvé son reflux : Mes sens, qu'elle aveuglait, ont connu leur offense; Je les en ai purgés, et leur ai fait défense De me la ramentevoir plus.
La femme est une mer aux naufrages fatale ; Rien ne peut aplanir son humeur inégale; Ses flammes d'aujourd'hui seront glaces demain : Et s'il s'en rencontre une à qui cela n'avîenne , Fais compte , cher esprit , qu'elle a , comme la tienne Quelque chose de plus qu'humain.