LIVRE
Prière pour le roi Henri le Grand , allant en Limosin '.
O Dieu , dont les bontés de nos larmes touchées Ont aux vaines fureurs les armes arrachées , Et rangé Tinsolence aux pieds de la raison, Puisqu'à rien d'imparfait ta louange n'aspire , Achève ton ouvrage au bien de cet empire , Et nous rends Fembonpoint comme la guérison ^
Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage., Et qui si dignement a fait Tapprentissage De toutes les vertus propres à commander, Qu*ii semble que cet heur nous impose silence, Et qu'assurés par lui de toute violence. Nous n*avons plus sujet de te rien demander.
Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis ^ , £t n'en voit aujourd'hui nulle marque paraître, En ce miracle seul il peut assez connaître Quelle force a la main qui nous a garantis.
^ Quand VAcadémie n'avait rien à faire , elle lisait et examinait quelques-uns de nos pofites; «t pour cet effet il fat ordonné qu*il y en au^ rait toqjours dans le lieu de l'assemblée. Elle mit plus de trois mois à examiner ces stances ; encore n'acbeva-t-elle pas , car elle ne toucha pas aux quatre dernières. ( Pellisson, Htst de VAc. franc. ) Cette pièce est fort belle , pleine de dignité, de chaleur, de poésie , de sentiments nobles et patriotiques. Les pensées convenables au sujet, et l'expression convenable aux pensées, telle est l'opinion d'A. Chénier.
' Pellisson remarque que si l'on dit rendre la santé y la vie, on ne dH pas rendre la guérison , ce qui n'empêche pas André Chénier de trouver, ce vers ingénieux et excellent.
^ Malherbe voulait que les sixains eussent un repos h la fin du 3« vers. Ici cependant il va jusqu'au 4** sans se reposer ; mais, dit Pellisson, on ne doit point s'en étonner: cettjB pièce et quelques autres furent faites avant que Malherbe se fût imposé celte loi.
Mais quoi ! de quelque soin qu'incessamment il veille, Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille % Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien, Gomme échapperons-nous en des nuits si profondes , Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes , Si ton entendement ne gouverne le sien ?
Un malheur inconnu glisse parmi les hommes , Qui les rend ennemis du repos où nous sommes : La plupart de leurs vœux tendent au changement ; Et , comme s'ils vivaient des misères publiques , Pour les renouveler ils font tant de pratiques , Que qui n'a point de peur n'a point de jugement.
£n ce fâcheux état ce qui nous réconforte , Cest que la bonne cause e^ toujours la plus forte , Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui , Quand la rébellion , plus qu'une hydre féconde % Aurait pour le combattre assemblé tout le monde , Tout le monde assemblé s'enfuirait devant lui.
Ck>nfornie donc. Seigneur, ta grâce à nos pensées , Ote-nous ces objets qui des choses passées Ramènent à nos yeux le triste souvenir ; Et comme sa valeur, maltresse de l'orage , A nous donner la paix a montré son courage , Fais luire sa prudence à nous l'entretenir.
11 n'a point son espoir au nombre des armées , Étant bien assuré que ces vaines fumées N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités. L'aide quMl veut avoir, c'est que tu le conseilles : Si tu le fais , Seigneur, il fera des merveilles , Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.
' A nulle autre pareille, à nulle autre seconde. Boileaa a fait jusUce de ces locations, regardées avant lai comme très-poéUqaes.
'A. Chénier admire la beauté de l*expressioii de ces vers , qai , dit-il , feraient bonoear à Racine.
100 LIVRE n.
Les fuites des méchants tant soient-elles secrètes , Quand il les poursuivra, n'auront point de cachettes ; Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés : Il verra sans effet leur honte se produire , Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire Aussitôt confondus comme délibérés.
La rigueur de ses lois , après tant de licence , Redonnera le cœur à la faible innocence Que dedans ' la misère on faisait envieillir. A ceux qui l'oppressaient il ôtera l'audace ; Et , sans distinction de richesse ou de race, Tous , de peur de la peine , auront peur de faillir.
La terreur de son nom rendra nos villes fortes % On n'en gardera plus ni les murs ni les portes , Les veilles cesseront au sommet de nos tours ; Le fer mieux employé cultivera la terre ; Et le peuple , qui tremble aux frayeurs de la guerre , Si ce n'est pour danser, n'orra plus de tambours^ .
Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices , L'oisive nonchalance et les molles délices , Qui nous avaient portés jusqu'aux derniers hasards ; Les vertus reviendront de palmes couronnées ,
I Dedans est aujourd'hui considéré comme adverbe; il était alors préposition , ainsi que dessous. Dans les stances à Damon :
Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deux hivers perdu sa robe verte.
* Strophe très-belle, ainsi que le remarquent Racan et Â. Chénier, qui signale particulièrement le i*' vers , comme plein de sens et d'une expression nerveuse ; le 3« et le 4*>, comme à la fois pittoresques et d'une élégance, d'une pureté et d'une franchise admirables. La strophe suivante n'est pas moins belle.
3 Racan trouvait à redire de ce qu'on parle de danser au son des tambours, dans un poème adressé à Dieu ; ce qui lui semble peu respectueux. Mais à cela on peut répondre qu'on dansait devant le tabernacle , et que David excite les hommes à louer Dieu par le son des tam> bours : Lattdate Deum in tympanis et choro. (Mén.)
Ménage et Racan paraissent s'être mépris; il ne s'agit que des danses ordinaires dans les campagnes et les villes, aa son des tambourins. Quelques éditions portent n'aura au lieu de n'orra, qui n'est pas heureux.
Et ses justes faveurs aux mérites données feront ressusciter rexcellence des arts.
La foi de ses aïeux , ton amour et ta crainte , Dont il porte dans l'âme une étemelle empreinte^ D'actes de piété ne pourront Tassouvir ; Il étendra ta gloire autant que sa puissance; Et , n'ayant rien si cher que ton obéissance , Où tu le fais régner il te fera servir.
^ nous rendras alors nos douces destinées;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comMera nos familles ,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs >.
La fin de tant d'ennuis dont nous fâmes la proie Nous ravira les sens de merveille et de joie; Et d'autant que le monde est ainsi composé Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise, Ton pouvoir absolu , pour conserver notre aise, Conservera celui qui nous l'aura causé.
Quand un roi fadnéant, la vergogne des princes,
Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces ,
Entre les voluptés indignement s'endort ,
Quoique l'on dissimule , on en fait peu d'estime ;
Et, si la vérité se peut dire sans crime * ,
Cest avecque plaisir qu'on survit à sa mort. i
Mais ce roi , des bons rois l'étemel exemplaire,
• Vers tout à fait Virgilien, dit A. Cliénier.
' L'Académie essaya vainement d'exercer sa critiqae sar cette strophs <c divine, pleine de noblesse, de courage et de liberté; d'une force et « d'une franchise d'expression qui rend le poète respectable, et décè1« « une grande àme, dit A Cbénier. Il est beau d*oser écrire à un roi sur ce « ton : mais Henri IV pouvait tout entendre. Il y a d'autant plus d8 « mérite à avoir fait cette siroplie, qu'elle renferme une allusion évia dente au règne de Henri III. »
Pellisson y reprend pourtant le mot vergogne.
n>2 LIVRE II.
Qui de notre salât est Tangé tutélaire , L'infaillible refuge et l'assuré secours , Son extrême douceur ayant dompté Tenvie , De quels jours assez longs peut-il borner sa vie , Que notre affection ne les juge trop courts?
Nous voyons les esprits nés à la tyrannie , Ennuyés de couver leur cruelle manie , Tourner tous leurs conseils à notre afQiction ; Et lisons clairement dedans leur conscience Que , s'ils tiennent la bride à leur impatience, Nous n'en sommes tenus qu'à sa protection .
Qu'il vive donc , Seigneur , et qu'il nou^fa^se vivre ! Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre , Et, rendant l'univers de son heur étonné , Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque Que ta bonté propice ait jamais CQuronné !
Cependant son Dauphin , d'une vitesse prompte , Des ans de sa jeunesse accomplira le compte ; Et , suivant de l'honneur les aimables appas , De faits si renommés ourdira ' son histoire , Que ceux qui dedans l'ombre éternellement noire Ignorent le soleil ne l'ignoreront pas.
Par sa fatale main qui vengera nos pertes L'Espagne pleurera ses provinces désertes , Ses châteaux abattus et ses camps déconfits ; Et si de nos discords > l'infâme vitupère ^ A pu la dérober aux victoires du père , Nous la verrons captive aux triomphes du dis 4.
1 Ourdir, au figuré, est un mot très-beau , très-poétique; il est étrange que nos poètes ne veuillent plus s'en servir. (Men.)
' Discord est vieux ; il était énergique , et plus sonore que différend : les poêles devraient le rajeunir. (M\rhontel.)
3 Ce mot, déjà vieilli du temps de Vaugelas et de Ménage, est perdu pour notre langue.
* Celle pièce offre peu de stances où l'on ne rencontre quelque chose
pour la vicomtesse d'Aucby *.
Laisse-moi , raison importune !
Cesse d'affliger mon repos, En me faisant mal à propos Désespérer de ma fortune ; Tu perds temps de me secourir.
Puisque je ne veux point guérir.
Si l'Amour, en tout son empire Au jugement des beaux esprits, N'a rien qui ne quitte le prix A celle pour qui je soupire , D'où vient que tu me veux ravir L'aise que j'ai de la servir.'
A quelles roses ne fait honte De son teint la vive fraîcheur?
Quelle neige a tant de blancheur.
Que sa goi^e ne la surmonte ?
Et quelle flamme luit aux cieux Claire et nette comme ses yeux?
Soit que de ses douces merveilles Sa parole enchante les sens , Soit que sa voix de ses accents Frappe les cœurs par les oreilles, A qui ne fait-elle avouer Qu'on ne la peut assez louer?
Tout ce que d'elle on me peut dire ,
qae Ton souhaiterait pouvoir changer, en conservant ce beau sens, cette élégance merveilleuse , et cet inimitable tour de vers qu'on trouve partout dans les excellents ouvrages de Malherbe. (Pklllsson.; • Racan croit que Malherbe lit ces stances pour lui-même.
C*est que son trop chaste penser , Ingrat à me récompenser.
Se moquera de mon martyre ; Supplice qui jamais ne faut ' Aux désirs qui volent trop liaut.
Je l'accorde , il est véritable ; Je devais bien moins désirer :
Mais mon humeur est d'aspirer Où la gloire est indubitable.
Les dangers me sont des appas :
Un bien sans mal ne me plaît pas.
Je me rends donc sans résistance A la merci d'elle et du sort; - Aussi bien par Ja seule mort Se doit faire la pénitence * D'avoir osé délibérer Si je la devais adorer.
sur réioignement prochain de la comtesse de la Roche, on de la
vicomtesse d*Aachy.
J^ dernier de mes jours est dessus l'horizon ; Celle dont mes ennuis avaient leur guérison S'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes. Je fais ce que je puis , l'en pensant divertir : Mais tout m'est inutile, et semble que mes larmes Excitent sa rigueur à la faire partir.
Beaux yeux , à qui le ciel et mon consentement, Pour me combler de gloire, ont donné justement
' Ne manque.
' Ma1berl)e se reprochait de n*avoir pas arrêté le sens au quatrième vers de cette stance, comme aux précédentes. (Racan.)
Dessus mes volontés un empire suprême , Que ce coup m'est sensible ! et que tout à loisir Je vais bien éprouver qu'un déplaisir extrême Est toujours à la fin d*un extrême plaisir!
Quel tragique succès ne dois-je redouter
Du funeste voyage où vous m'allez ôter
Pour un terme si long tant d'aimables délices,
Puisque, votre présence étant mon élément,
Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices ,
Lorsque je m'en sépare une heure seulement !
Au moins si je voyais cette fière beauté , Préparant son départ, cacher sa cruauté Dessous quelque tristesse ou feinte ou véritable ; L'espoir qui volontiers accompagne l'amour, Soulageant ma langueur la rendrait supportable. Et me consolerait jusques à son retour.
Mais quel aveuglement me le fait désirer? Avec quelle raison me puis«je figurer Que cette âme de roche une grâce m'octroie , Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi , Son humeur se dispose à vouloir que je croie Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi?
Puis , étant son mérite infini comme il est, Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît , Quelques lois qu'elle fasse et quoi qu'il m'en avienne , Saus faire cette injure à mon affection, D'appeler sa douleur au secours de la mienne, Et chercher mon repos en son affliction?
Non, non : qu'elle s'en aille à son contentement , Ou dure , ou pitoyable , il n'importe comment ; Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite : Et quand de mes souhaits je n'aurais jamais rien , Le sort en est jeté , l'entreprise en est faite , Je ne saurais brûler d'autre feu que le sien.
Je no ressemble point à ces faibles esprits Qui, bientôt délivrés comme ils sont bientôt pris, £n leur fidélité n'ont rien que du langage : Toute sorte d'objets les touche également : Quant à moi , je dispute avant que je m'engage ; Mais quand je l'ai promis , j'aime éternellement.
'de la ReDommée au roi Heori le Grand, daos le ballet de la reine ,
dansé au mois de mars I609.
Pleine de langues et de voix,
O roi, le miracle des rois ,
Je viens de voir toute la terre ,
Et publier en ses deux bouts
Que , pour la paix ni pour la guerre ,
Il n'est rien de pareil à vous.
Par ce bruit je vous ai donné Un renom qui n'est terminé Ni de fleuve ni de montagne ; £t par lui j'ai fait désirer A la troupe que j'accompagne De vous voir et vous adorer.
Ce sont douze rares beautés, Qui de si dignes qualités Tirent un cœur à leur service , Que leur souhaiter plus d'appas , C'est vouloir avec injustice Ce que les cieux ne peuvent pas.
L'Orient, qui de leurs aïeux Sait les titres ambitieux , Donne à leur sang un avantage Qu'on ne leur peut faire quitter Sans être issu du parentage Ou de vous ou de Jupiter.
Tout ce qu'à frçonner un corps Natme assemble de trésors Est en elles sans artifice; Et la force de leurs esprits , D'où jamais n'approclie le vice , Fait encore accroître leur prix.
Elles souffrent bien que l'Amour Par elles fasse chaque jour Nouvelle preuve de ses charmes ; Mais sitôt qu'il les veut toucher , Il reconnaît qu'il n'a point d'armes Qu'elles ne fassent reboucher.
Loin des vaines impressions De toutes folles passions La vertu leur apprend à vivre, Et dans la cour leur fait des lois Que Diane aurait peine à suivre Au plus grand silence des bois.
Une reine qui les conduit De tant de merveilles reluit , Que le soleil , qui tout surmonte , Quand même il est plus flamboyant , S'il était sensible à la honte , Se cacherait en la voyant.
Aussi le temps a beau courir, Je la ferai toujours fleurir Au rang des choses éternelles ; Et, non moins que les immortels, Tant que mon dos aura des ailes, Son image aura des autels.
Grand roi , faites-leur bon accueil ; Louez leur magnanime orgueil, Que vous seul ayez fait ployable ; Et vous acquérez sagement ,
108 I^ÏVRE II.
Afitt de me rendre croyable, I>a faveur de leur jugement.
Jusqu'ici vos faits glorieux v Peuvent avoir des envieux :
Mais quelles âmes si farouches Oseront douter de ma foi , Quand on verra leurs belles bouches Les raconter avecque moi ?
tK)ur Henri le Grand, sous le nom d'Alcandre , au si]Jet ôa fabsence d« la princesse de Con^é, sous le nom d^Orantbe.
Donc » cette merveille des deux, Pour ce 3 qu'elle est chère à mes yeux , En sera toujours éloignée !
Et mon impatiente amour, Par tant de larmes témoignée, N'obtiendra jatnais son retour * !
Mes vœux donc ne servent de rien !
Les dieux, ennemis de mon bien , Ne veulent plus que je la voie !
' Ces stances sont parfaitement belles depuis le commencement Jusau'à la fin» dit Ménage. A. Chéoier ne partage pas entièrement cet avis, et n'aime point à voir la lyre de Malherbe devenir Venlremetieusejn roi et de plusieurs particuliers, quoique, ajoute-t-il , les vers qui a faits pour les amours d'autrui valent mieux que ceux ou U cbante^les siens Ces derniers, il est vrai, sont des ticUons, Malherbe «'fant Jf J^»^ aimé lui-môme: les dames de ses pensées sont des êtres Jmagmaires.
> Vaugelas. approuve l'emploi de cette particule affirmative au com. mencement de la période.
» L'oreille préfère parce que : on dit cependant pour cette raison, aussi bien et quelquefois mieux que par cette raison. On dit : cest pour cela, et on ne dit jamais : c'est par cela. ( Marmontel. )
* M. le Prince venait de quitter Fontainebleau, et s'était relire a Moret avec la princesse de Condé.
Et semble que les rechercher De me permettre cette joie Les invite à me Pempécher !
O beauté, reine des beautés , Seule de qui les volontés Président à ma destinée , Pourquoi n'est comme la Toison Votre conquête abandonnée ATeffort de quelque Jason?
Quels feux, quels dragons, quels taureaux, Quelle horreur de monstres nouveaux , Et quelle puissance de charmes Garderait que jusqu'aux enfers Je n'allasse avecque mes armes Rompre vos chaînes et vos fers?
M*ai-je pas le cœur aussi haut.
Et pour oser tout ce qu'il faut.
Un aussi grand désir de gloire Que j'avais lorsque je couvri D'exploits d'étemelle mémoire Les plaines d'Arqués et d'Ivry ?
Mais quoi! ces lois dont la rigueur Retient mes souhaits en langueur Régnent avec un tel empire , Que , si le ciel ne les dissout , Pour pouvoir ce que je désire.
Ce n'est rien que de pouvoir tout.
Je ne veux point , en me flattant , Croire que le sort inconstant De ces tempêtes me délivre ; Quelque espoir qui se puisse offrir, Il faut que je cesse de vivre , Si je veux cesser de souffîrir.
Arrière donc ces vains discours ,
n» LIVRE IL
Qu'après les nuits viennent les jours , Et le repos après l'orage !
Autre sorte de reconfort Ne me satisfait le courage, Que de me résoudre à la mort.
Cest là que de tout mon tourment Se bornera le sentiment ; Ma foi seule , aussi pure et belle , Gomme le sujet en est beau , Sera ma compagne éternelle , Et me suivra dans le tombeau.
Ainsi, d'une mourante voix Alcandre , au silence des bois , Témoignait ses vives atteintes ; Et son visage sans couleur Faisait connaître que ses plaintes Étaient moindres que sa douleur.
Orantbe , qui par les zéphyrs Reçut les funestes soupirs D'une passion si fidèle, Le coeur outré de même ennui .
Jura que , s'il mourait pour elle , Elle mourrait avecque lui.
poor Alcandre , sar le même so^et qoe les précédentes K
Quelque ennui donc qu'en cette absence Avec une injuste licence Le Destin me fasse endurer,
> De même qae dans la pièce précédente et dans la suivante, il y a 4'exoellentes choses; mais qaand un pofile fait des vers où l'amoar est de commande, il est difficile d*éviter la froidear.
Ma peine lui semble petite Si chaque jour il ne Tirrite , D'un nouveau sujet de pleurer!
Paroles que permet la rage A l'innocence qu'on outrage , Cest aujourd'hui votre saison ; Faites-vous ouïr en ma plainte : Jamais l'âme n'est bien atteinte , Quand on parle avecque raison '.
O fureurs dont même les Scythes N'useraient pas vers des mérites Qui n'ont rien de pareil à soi !
Ma dame est captive; et son crime C'est que je l'aime , et qu'on estime Qu'elle en fait de même de moi.
Rochers où mes inquiétudes Viennent chercher les solitudes Pour blasphémer contre le sort , Quoiqu'insensibles aux tempêtes >, Je suis plus rocher que vous n'êtes , De le voir et n'être pas mort.
Assez de preuves à la guerre , D'un bout à l'autre de la terre , Ont fait paraître ma valeur ; Ici je renonce à la gloire , £t ne veux point d'autre victoire Que de céder à ma douleur.
Quelquefois les dieux pitoyables Terminent des maux incroyables :
■ Bertaut a dit :
Le mal n'en guère grand , qui se peut bien dépeindre ; Et )e sais mieux souffrir que Je ne sais me plaindre.
* Les éditions de 1630 et 1631 ne portent que les deux premières letCn» . de œ vers. Ménage ne dit point comment ii les a remplis ainsi.
Mais , en un lieu que tant d'appas Exposent à la jalousie, Ne serait-ce pas frénésie De ne les en soupçonner pas ?
Qui ne sait combien de mortelles Les ont fait soupirer pour elles , Et, d'un conseil audacieux, En bergers , bétes et satyres , Afin d'apaiser leurs martyres , Les ont fait descendre des cieux > ?
Non, non : si je veux un remède.
C'est de moi qu'il faut qu'il procède , Sans les importuner de rien :
J'ai su faire la délivrance Du malheur de toute la France ; Je la saurai faire du mien.
Hâtons donc ce fatal ouvrage ; Trouvons le salut au naufrage ; Et multiplions dans les bois Les herbes dont les feuilles peintes Gardent les sanglantes empreintes De la fin tragique des rois >.
Pour le moins , la haine et l'envie Ayant leur rigueur assouvie , Quand j'aurai clos mon dernier jour, Oranthe sera sans alarmes , Et mon trépas aura des larmes De quiconque aura de l'amour.
A ces mots tombant sur la place , Transi d'une mortelle glace, Alcandre cessa de parler ;
' Allusion aux diverses métamorphoses de Jupiter. * Ces quatre vers sont merveilleux , et je les actièterais volontiers d'une centaine des miens. ( Mén. )
La nuit assiégea ses prunelles ; Et son âme , étendant les ailes .
Fut toute prête à s'envoler.
Que fais-tu, monarque adorable.
Lui dit un démon favorable?
En quels termes te réduis-tu.^ Veux-tu succomber à Forage , Et laisser perdre à ton courage Le nom qu'il a pour sa vertu ?
M'en doute point, quoi qu'il avienne , La belle Oranthe sera tienne; Cest chose qui ne peut faillir.
Le temps adoucira les choses , Et tous deux vous aurez des roses Plus que vous n'en sauriez cueillir.
Alcandre plaint la captivité de sa maîtresse.
Que d'épines , Amour, accompagnent tes roses ! Que d'une aveugle erreur tu laisses toutes choses
A la merci du sort!
Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire ! Et qu'il est malaisé de vivre en ton empire ,
Sans désirer la mort !
Je sers, je le confesse, une jeune merveille, Fm rares qualités à nulle autre pareille,
Seule semblable à soi ; Et , sans faire le vain , mon aventure est telle , Que de la même ardeur que je brûle pour elle
Elle brûle pour moi.
' Peodant le petit nonbre de Jours que le prince de Condé fut à Moret, il y tint madame la Princesse dans une espèce de captivité. ( Saint-Marc )
Mais parmi tout cet heur, ô dure destinée ,
Que de tragiques soins , comme oiseaux de Phinée ' ,
Sens-je me dévorer » !
Et ce que je supporte aveoque patience, Ai-je quelque ennemi , s'il n'est sans conscience , , Qui le vit sans pleurer?
La mer a moins de vents qui ses vagues irritent , Que je n'ai de pensers qui tous me sollicitent
D'un funeste dessein ; Je ne trouve la paix qu'à me faire la guerre ; Et si l'enfer est fable au centre de la terre ,
Il est vrai dans mon sein.
Depuis que le soleil est dessus l'hémisphère , Qu'ilrmonte ou qu'il descend , il ne me voit rien faire
Que plaindre et soupirer.
Des autres actions j*ai perdu la coutume; Et ce qui s'offre à moi , s'il n'a de Tamertume ,
Je ne puis l'endurer.
Comme la nuit arrive , et que par le silence Qui fait des bruits du jour cesser la violence
L'esprit est relâché , Je vois de tous côtés sur la terre et sur Fonde Les pavots qu'elle sènae assoupir tout le monde ,
£t n'en suis point touché.
S'il m'avient quelquefois de clore les paupières , Aussitôt ma douleur en nouvelles manières Fait de nouveaux efforts ;
• Les harpies. Phinée , roi de Bilhynie , pour avoir révélé aux hommes les secrets des dieux, devint aveugle, et fut tourmenté par les harpies.
» Tous les Parisiens disent ««nté-j>, menté-je, rompe- je , perdé-je^ etc. Pour rompé-Je, menté-je , je suis revenu à leur avis, parce que rompsje et mens-je se prononcent comme ronge et mange y et que les règles de la grammaire doivent céder , en ces occasions, à la douceur de la prononciation. Mais pour les autres mots sens-je^ perds-je, qui ne sont pas difficiles à prononcer, et qui ne font pofait d'équivoque, quoique je ne m'en serve plus , je ne puis encore blâmer ceux qui les emploient.
( MÉN. )
Et , de quelque souci qu'en veillant je me ronge , U ne me trouble point comme le meilleur songe Que je fiais quand je dors.
Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime , M'apparalt à Tautel , où , comme une victime ,
On la veut égorger.
Tantôt je me la vois d'un pirate ravie ; Et tantôt la fortune abandonne sa vie
A quelque autre danger.
En ces extrémités la pauvrette s'écrie : Alcandre , mon Alcandre, ôte-moi , je te prie ,
Du malheur où je suis !
La foreur me saisit , je mets la main aux armes : Mais son destin m'arrête; et lui donner des larmes,
C'est tout ce que je puis.
Voilà comme je vis , voilà ce que j'endure Pour une affection que je veux qui me dure
Au delà du trépas.
Tout ce qui me la blâme offense mon oreille ; Et qui veut m'afQiger, il faut qu'il me conseille
De ne m'aflliger pas>.
On me dit qu'à la fin toute chose se change ,
Et qu'aveoque le temps les beaux yeux de mon ange
Reviendront m'éclairer.
Mais, voyant tous les jours ses chaînes se restreindre, Désolé que je suis , que ne dois-je point craindre ?
Ou que puis- je espérer ?
Non, non , je veux mourir; la raison m'y convie Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie Ne peut être plus beau ;
' Malherbe était un grand poète, et Ton peut dire de lui ce que QuintUien dit de Stésichore, » qu'il soutenait avec sa lyre le poids de « la poésie épique; » mais il n'était ni tendre ni passionné. Ces trois dernières stances sont à peu près les seules, dans ses poésies, où il rappel W le ton de Tibulie et de Properce. ( Mén. )
El le sort , qui détruit tout ce que je consulte, Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte N'aura paix qu'au tombeau.
Ainsi le grand Alcandre aux campagnes de Seine Faisait , loin de témoins , le récit de sa peine ,
£t se fondait en pleurs.
Le fleuve en fut ému » ses Nymphes.se cachèrent^ Et r herbe du rivage où ses larmes touchèrent
Perdit toutes ses fleurs.
pour A.lcaiidre, au retour d'Oranthe à Fontaine-Bieau '.
Revenez , mes plaisirs , ma dame est revenue ; Et les vœux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux , Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue > ^ Ont eu grâce des cieux.
Les voici de retour ces astres adorables Où prend mon océan son flux et son reflux ; Soucis, retirez- vous, cherchez les misérables : Je ne vous connais plus.
Peut-on voir ce miracle, où le soin de nature A semé corn me fleurs tant d'aimables appas ,. Et ne confesser point qu'il n'est pire aventure Que de ne la voir pas ?
Certes l'autre soleil d'une erreur vagabonde ^ Court inutilement par ses douze maisons < ;
' Le prince de Condé , redoutant la colère du roi , quitta bientôt
Moret, et ramena la princesse à la cour. (Saint-Marc. )
^ Le composé est ici pour le simple. Taurais dit :
Bendanl par mes soupirs ma tristesse connue.
(MEir.)
3 Encore que nous disions les étoiles errantes, nous ne disons point
Terreur du soleil.
* Les douze signes du zodiaque.
Cest elle , et non pas lui , qui fait sentir au monde Le change des saisons.
4vecque sa beauté toutes beautés arrivent ; Ces déserts sont jardins de Tun à Tautre bout ; Tant l'extrême pouvoir des grâces qui la suivent Les pénètre partout!
Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle ; L'orage en est cessé, Fair en est éclairci; Et même ces canaux ont leur course plus belle, Depuis qu'elle est ici.
De moi , que les respects obligent au silence , J'ai beau me contredire et beau dissimuler; Les douceurs où je nage ont une violence Qui ne se peut celer.
Mais, ô rigueur du sort ! tandis que je m^arréte A chatouiller > mon âme en ce contentement, Je ne m'aperçois pas que le Destin m'apprête Un autre partement * . '
Arrière ces pensers que la crainte m'envoie ! Je ne sais que trop bien l'inconstance du sort: Biais de m'ôter le goût d'une si chère joie. C'est me donner la mort.
AU ROI HENRI LE GRAND, pour de peUtes Nymphes , menant l^Amoor prisonnier.
A la fin tant d'amants ,'dont les âmes blessées
' Ce mot déplaisait à Ménage. Racine l'a admirablement employé Ce nom de roi des rola et de chef de la Grèce CliatoaiUalt de mon cœur l'orgueillease faiblesse.
' Parlement pour dépari. Les portes postérieurs à Malherl)e Tont env ployé.
'J'ai appris deRacan que Malherbe fit tette pièce en un jour. (M£n.)
f f 8 LIVRE II.
Languissent nuit et jour, Verront sur leur auteur leurs peines renversées , £t seront consolés aux dépens de FAmour :
Ce public ennemi , cette peste du monde , Que l'erreur des humain-s Fait le maître absolu de la terre et de l'onde , Se trouve à la merd de nos petites mains.
Nous le vous amenons dépouillé de ses armes ,
O roi , l'astre des rois I Quittez votre bonté , moquez- vous de ses larmes , Et lui faites sentir la rigueur de vos lois.
Commandez que sans grâce on lui fasse justice ;
Il sera malaisé Que sa vaine éloquence ait assez d'artifice Pour démentir les faits dont il est accusé.
Jamais ses passions , par qui chacun soupire ,
Ne nous ont fait d'ennui :
Mais c'est un bruit commun que dans tout votre empire Il n'est point de malheur qui ne vienne de lui.
Mars , qui met sa louange à déserter la terre ,
Par des meurtres épais , N'a rien de si tragique aux fureurs de la guerre Comme ce déloyal aux douceurs de la paix.
Mais, sans qu'il soit besoin d'en parler davantage,
Votre seule valeur, Qui de son impudence a ressenti Toutrage , Vous fournit-elle pas une juste douleur?
Ne mêlez rien de lâche à vos hautes pensées ;
£t, par quelques appas Qu'il demande merci de ses fautes passées , Imitez son exemple à ne pardonner pas.
L'ombre de vos lauriers , admirés de l'Envie , Fait l'Europe trembler;
A.ttachez bien ce moDStre , ou le privez de vie i Vous n'aurez jamais rien qui vous puisse troubler.
sur la mort de Henri le Grand , au nom du duc de Bellegarde.
Enfin Tire du ciel et sa fatale envie , Dont f avais repoussé tant d'injustes efforts , Ont détruit ma fortune , et , sans m'ôter la vie , M'ont mis entre les morts.
Henri , ce grand Henri , que les soins de nature Avaient fait un miracle aux veux de l'univers , Gomme un homme vulgaire est dans la sépulture , A la merci des vers.
Belle âme, beau patron des célestes ouvrages. Qui fus de mon espoir l'infiadllible recours , Quelle nuit fut pareille aux funestes ombrages Où tu laisses mes jours ?
C'est bien à tout le monde une commune plaie , Et le malheur que j'ai chacun l'estime sien : Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie Comme elle est dans le mien F
Ta fidèle compagne , aspirant à la gloire Que son afDiction ne se puisse imiter , *
Seule de cet ennui me débat la victoire Et me la fait quitter.
L'image de ses pleurs , dont la source féconde 'Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n'a taris ,
' Cette pièce ne se trouve point dans le Recueil des vers sur le trépas de Henri IF, donné par du Payrat en i6io. EUe parut pour la première fois dans l*édiUon de 1630. Ce qui vient sans doute de ce que Malherbe, comme le dit Ménage d'après Racan, n'avait pas mis la dernière main à ees vers.
C'est la Seiue en fureur qui déborde son onde Sur les quais de Paris ' .
r^ulle heure de beau temps ses orages n'essuie , Et sa grâce divine endure en ce tourment ' Ce qu'endure une fleur que la bise ou la pluie Bat excessivement.
Quiconque approche d'elle a part à son martyre , Et par contagion prend sa triste couleur ; Car, pour la consoler, que lui saurait-on dire En si juste douleur?
Reviens la voir, grande âme : ôte-lui cette nue Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison ; Et Eus du même lieu d'où sa peine est venue Venir sa guérison.
Bien que tout reconfort lui soit une amertume Avec quelque douceur qu'il lui soit présenté , Elle prendra le tien , et , selon sa coutume , Suivra ta volonté.
Quelque soir en sa chambre apparais devant elle, Non le sang à la bouche et le visage blanc , Comme tu demeuras sous l'atteinte mortelle Qui te perça le flanc :
Viens-y tel que tu fus , quand aux monts de Savoie Hymen en robe d'or te la vint amener ; Ou tel qu'à Saint-Denis , entre nos cris de joie , Tu la fis couronner.
Après cet essai fait , s'il demeure inutile , Je ne connais plus rien qui la puisse toucher ; Et sans doute la France aura , comme Sypile , Quelque fameux rocher.
> Malherbe, ordinairement s! sensé et si Juste, ne Test pastoi\jours. Ce fleuve devient quelquefois un torrent impétueux qui foit du fracas, et qui toml)e dans des précipices. (Bouhours.)
Pour moi , dont la faiblesse à forage succombe , Quaud mon beur abattu pourrait se redresser, rai mis aveoque toi mes desseins en la tombe ; Je les y veux laisser.
Quoi que pour m*obliger fasse la destinée , Et quelque heureux succès qui me puisse arriver, Je n'attends mon repos qu'en Fheureuse journée Où je t*irai trouver.
Ainsi , de cette cour l'honneur et la merveille , Aldppe I soupirait, prêt à s'évanouir.
On l'aurait consolé; mais il ferma l'oreille, De peur de rien ouïr.
A LA RETNE MARIE DE M£0IC3S, pendant sa régence-
Objet divin des âmes et des yeux *,
Reine, le chef-d'œuvre des cieux, Quels doctes vers me feront avouer Digne de te louer?
Les monts fameux des vierges que je sers
Ont-ils des fleurs , en leurs déserts , Qui , s'efforçant d'embellir ta couleur, Ne ternissent la leur?
LeThermqdon a vu seoir autrefois Des reines au trône des rois :
* M. de Bellegarde.
* Ces stances, dont tous les vers sont masculins ne purent être chantées, parce que le premier vers se trouve plus court d'une syllabe. Racan ooos apprend que Malherbe n'avait point d*oreille pour la musique, et qa*il ne put Jamais faire de vers fwr les airs que les musiciens lui donnaient.
Mais que vit-il par qui soit abattu Le prix à ta vertu?
Certes nos lis , quoique bien cultivés ,
IVe s'étaient jamais élevés Au point heureux où les destins amis Sous ta main les ont mis.
A leur odeur l'Anglais se relâchant ,
Notre amitié va recherchant; £t l'Espagnol, prodige merveilleux !
Cesse d'être orgueilleux « .
T)e tous côtés nous regorgeons de biens ,
£t qui voit l'aise où tu nous tiens De ce vieux siècle aux fables récité Voit la félicité.
Quelque disoord murmurant bassement
Nous fit peur au commencement :
Mais sans effet presque il s'évanouit ,
Plus tôt qu'on ne l'ouït.
Tu menaças l'orage paraissant,
Et , tout soudain obéissant.
Il disparut comme flots courroucé Que Neptune a tancés.
Que puisses-tu , grand soleil de nos jours.
Faire sans fin le même cours, Le soin du ciel te gardant aussi bien Que nous garde le tien !
Puisses-tu voir sous le bras de ton fils
Trébucher les murs 4e Memphis, Et de Marsdlle au rivage de Tyr Son empire aboutir!
> on venait d*eDtamer les négociations pour le double mariage qai fui conclu Tannée suivante entre Louis XIII et Tinfante d'Espagne , le prince d'Espagne et madame Elisabeth de France.
Les vœux sont grands : mais avecque raison
Que ne peut l'ardente oraison !
Et , sans flatter, ne sers-tu pas les dieux Assez pour avoir mieux?
chantées à la suite des précédentes par une Sibylle, aa nom de tous les
Français.
Donc après un si long séjour,
Fleurs de lis, voici le retour
De vos aventures prospères ;
Et vous allez être à nos yeux
Fraîches comme aux yeux de nos pères ,
Lorsque vous tombâtes des deux.
A ce coup s'en vont les Destins Entre les jeux et les festins Nous faire couler nos années , Et commencer une saison Où nulles funestes journées Ne verront jamais l'horizon.
Ce n'est plus comme auparavant , Que, si r Aurore en se levant D'aventure nous voyait rire, On se pouvait bien assurer , Tant la Fortune avait d'empire , Que le soir nous verrait pleurer.
De toutes parts sont éclaircis Les nuages de nos soucis ; La sâreté chasse les craintes ; Et la Discorde , sans flambeau , Laisse mettre avecque nos plaintes Tous nos soupçons dans le tombeau.
O qu'il nous eût coûté de morts , O que la France eût fait d'efforts , Avant que d'avoir par les armes Tant de provinces qu'en un jour, Belle reine, avecque vos charmes Vous nous acquérez par amour !
Qui pouvait , sinon vos bontés , Faire à des peuples indomptés Laisser leurs haines obstinées.
Pour jurer ^lenneUement, En la main de deux Hyménées , D'être amis éternellement ?
Fleur des beautés et des vertus , Après nos malheurs abattus D'une si parfaite victoire , Quel marbre à la postérité Fera paraître votre gloire Au lustre qu'elle a mérité?
ISon , non , malgré les envieux , La raison veut qu'entre les dieux Votre image soit adorée ; Et qu'aidant comme eux aux mortels, Lorsque vous serez implorée , Comme eux vous ayez des autels.
Nos fastes sont pleins de lauriers De toute sorte de guerriers :
Mais , hors de toute flatterie, Furent-ils jamais embellis Des miracles que fait Marie Pour le salut des fleurs de lis ?
FRAGMENT
au si^jet de la guerre des princes.
Allez à la malheure , allez, âmes tragiques , Qui fondez votre gloire aux misères publiques ,
Et dont rorguea ne connaît point de lois ; Les fléaux de la France et les pestes du monde ! Jamais pas un de vous ne reverra mon onde ;
Regardez-la pour la dernière fois.