PARAPHRASE DU PSAUME CXXVIII
au nom du roi Louis XIII , à l'occasion de la première guerre des
princes.
Les funestes complots des âmes forcenées Qui pensaient triompher de mes jeunes années Ont d'un commun assaut mon repos offensé. Leur rage a mis au jour ce qu'elle avait de pire ,
Certes , je le puis dire :
Mais je puis dire aussi qu'ils n'ont rien avancé.
J'étais dans leurs filets , c'était fait de ma vie ; Leur funeste rigueur, qui l'avait poursuivie , Méprisait le conseil de revenir à soi ; Et le contre aiguisé s'imprime sur la terre Moins avant que leur guerre N'espérait imprimer ses outrages sur moi.
Dieu , qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle ,
Me témoignant contre eux sa bonté paternelle ,
A selon mes souhaits terminé mes douleurs.
Il a rompu leur piège ; et , de quelque artiûce
Qu'ait usé leur malice , Ses mains , qui peuvent tout , m'ont dégagé des leurs.
La gloire des méchants est pareille à cette herbe Qui ] sans porter jamais ni javelle ni gerbe, Croît sur le toit pourri d*une vieille maison. On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née ;
Et vivre une journée Est réputé pour elle une longue saison.
Bien > est-il malaisé que l'injuste licence Qu'ils prennent chaque jour d'affliger l'innocence En quelqu'un de leurs vœux ne puisse prospérer : Mais tout incontinent leur bonheur se relire,
Et leur honte fait rire Ceux que leur insolence avait fait soupirer.
FRAGMENT
au 8i]^et de la même guerre.
O toi qui d'un clin d'oeil sur la terre et sur l'onde
Fais trembler tout le monde , Dieu, qui toujours es bon ettoujours l'as été , Verras-tu concerter à ces âmes tragiques
Leurs funestes pratiques ?
Ne tonneras-tu point sur leur impiété ?
Tu vois en quel état est aujourd'hui la France ,
Hors d'humaine espérance.
Les peuples les plus fiers du couchant et du nord Ou sont alliés d'elle, ou recherchent de l'être ;
' Bien, au commencement de la période , a aussi bonne grâce en vers quMl l*a mauvaise en prose, pourvu qu^il soit placé avec goût, comm« M. de MaltierbCf cet excellent ouvrier, avait accoutumé de le faire.
(VAUCE1.AS.)
STANCES. m
Et ceux qu'elle a fait naitre Tournent tous leurs conseils pour lui donner la mort !
FRAGMENT
sar le même si^get.
Ames pleines de vent , que la rage a blessées , Connaissez votre faute , et bornez vos pensées
En un juste compas ; Attachez votre espoir à de moindres conquêtes : Briare avait cent mains , Typhon avait cent têtes , Et ce que vous tentez leur coûta le trépas.
Soucis, retirez- vous ; faites place à la joie , Misérable douleur dont nous sommes la proie;
Nos vœux sont exaucés.
Les vertus de la reine et les bontés célestes Ont fait évanouir ces orages funestes , Et dissipé les vents qui nous ont menacés.
Récit d'an berger au ballet du Triomphe de Pallas, où madame Ëlisal)elh, princesse d'Espagne, représentait Pallas. Ce ballet fut exécuté le 19 mars 1616, dans la grande salle de Bourbon, lorsque Louis XllI et la reine sa mère se disposaient à partir pour aller conduire cette princesse, et recevoir en même temps l'infante Anne d'Aulricbe, que le roi devait épouser.
Houlette de Louis , houlette de Marie >, Dont le fatal appui met notre be)^erie
Hors du pouvoir des loups , Vous placer dans les cieux en la même contrée
Des balances d'Astres , Est-ce un prix de vertu qui soit digne de vous?
' Malherbe, sur la lin de ses jours , préférait celle pièce à loules les aulres.
128 LtVRE.IL
Vos péDlbles travaux , sans qui nos pâturages , Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages ,
S'en allaient désolés , Sont-oe pas des effets que même en Arcadie ,
Quoi que la Grèce die , Les plus fameux pasteurs n'ont jamais égalés?
Voyez des bords de Loire et des bords de Garonne , Jusques à ce rivage ' où Thétis se couronne
De bouquets d'orangers, A qui ne donnez-vous une beureuse bonace ,
Loin de toute menace Et de maux intestins et de maux étrangers ?
Où ne voit-on la paix , comme un roc affermie , Faire à nos Géryons détester l'infamie
De leurs actes sanglants; Et la beUe Gérés , en javelles féconde ,
Oter à tout le monde La peur de retourner à l'usage des glands ?
Aussi dans nos maisons , en nos places publiques. Ce ne sont que festins, ce ne sont que musiques
De peuples réjouis ; Et, que l'astre du jour ou se lève ou se couche,
Pïous n'avons en la bouche Que le nom de Marie et le nom de Louis.
Certes , une douleur quelques âmes afflige Qu'un fleuron de nos lis séparé de sa tige
Soit prêt à nous quitter :
IVf ais , quoi qu'on nous augure et qu'on nous fasse craindre,
Élise » est-elle à plaindre D'un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter?
Le jeune demi-dieu ^ qui pour elle soupire
» La Provence.
^ La princesse Elisabeth.
3 L'infant , depuis Pliilippe lY, roi d*Ëspagne.
De la fin du couchant termine son empire
En la source du jour ; Elle va dans ses bras prendre part à sa gloire :
Quelle malice noire Peut, sans aveuglement , condamner leur amour?
Il est vrai qu*elle est sage , il est vrai qu'elle est belle ; Et notre affection pour autre que pour elle
Ne peut mieux s'employer :
Aussi la nommons-nous la Pallas de cet âge.
Mais que ne dit le Tage De celle qu'en sa place il nous doit envoyer !
Esprits malavisés, qui blâmez un échange Où se prend et se baille un ange pour un ange ,
Jugez plus sainement.
Notragrande bergère » a Pan » qui la conseille :
Serait-ce pas merveille Qu'un dessein qu'elle eût fait n'eût bon événement?
C'est en rassemblement de ces couples célestes Que, si nos maux passés ont laissé quelques restes ,
Ils vont du tout finhr.
Mopse , qui nous l'assure , a le don de prédire ;
Et les chênes d'Épire ^ Savent moins qu'il ne sait les choses à venir.
Un siècle renaîtra , comblé d'heur et de joie , Où le nombre des ans sera la seule voie
D'arriver au trépas.
Tous venins y mourront comme au temps de nos pères ;
Et même les vipères Y piqueront sans nuire , ou n'y piqueront pas.
La terre en tous endroits produira toutes choses ; Tous métoux seront or, toutes fleurs seront roses,
» La reine mère Marie de Médicis.
• Le maréchal d'Ancre, qui gouvernait alors. ' » La forêt de Dodone.
Tous arbres oliviers ; L'an n'aura plus d'hiver , le jour n'aura plus d'ombre;
Et les perles sans nombre Germeront dans la Seine au milieu des graviers.
Dieux , qui de vos arrêts formez nos destinées , Donnez un dernier terme à ces grands byménées ;
C'est trop les différer :
L'Europe les demande , accordez sa requête.
Qui verra cette fête Pour mourir satisfait n'aura que désirer.
sur le mariage du roi Louis XIII avec Anne d'Autriche , infente
d'Espagne.
Mopse S entre les devins l'Apollon de cet âge ,
Avait toujours fait espérer Qu'un soleil qui naîtrait sur les rives du Tage En la terre du lis nous viendrait éclairer.
Cette prédiction semblait une aventure Contre le sens et le discours , N'étant pas convenable aux règles de nature Qu'un soleil se levât où se couchent les jours.
Anne , qui de Madrid fut l'unique miracle ,
Maintenant l'aise de nos yeux , Au sein de notre Mars satisfait à l'oracle , Et dégage envers nous la promesse des deux.
Bien est-elle un soleil; et ses yeux adorables,
Déjà vus de tout ^'horizon , Font croire que nos maux seront maux incurables , Si d'un si beau remède ils n'ont leur guérison.
« Mopse était fille d'Apollon et de Manto , tille de Tirésias.
Quoique Tesprit y cherche , il n'y voit que des chaînes
Qui le captivent à ses lois.
Certes , c'est à l'Espagne à produire des reines, Comme c'est à la France à produire des rois.
Heureux couple d'amants , notre grande Marie
A pour vous combattu le sort ; Elle a forcé les vents , et dompté leur furie : Cest à vous à goûter les délices du port.
Goûtez-les , beaux esprits , et donnez connaissance , ^
£n l'excès de votre plaisir, Qu'à des cœurs bien touchés tarder la jouissance . Cest infailliblement leur croître le désir.
Les fleurs de votre amour, dignes de leur racine ,
Montrent un grand commencement : Mais il faut passer outre, et des fruits de Lucine Faire avoir à nos vœux leur accomplissement.
Réservez le repos à ces vieilles années Par qui le sang est refroidi.
Tout le plaisir des jours est en leurs matinées : La nuit est déjà proche à qui passe midi.
Fragment d'une prophétie du dieu de la Seine contre le maréchal d'Ancre.
Va-f en à la malheure, excrément de la terre ' ;
' Ces deaxBtrophes sont pleines d*énergie. A. Chénier regrette de voii Malherbe insulter à la Juste disgrâce d'un homme qu'il avait loué d^ns la prospérité. L'hémistiche final du premier vers a été imité par la Fontaine:
Va-fen, cliétif insecte, excrément de la terre, etc.
Ménage blâme l'emploi de ce mot , qui lui semble trop bas pour étro appliqué & un tyran plus haï que méprisé. Excepté ce mot, il admire ce fragment de strophes.^
132 LIVRE n.
Monstre qui dans la paix fais les maux de la guerre ,
£t dont Torgueil ne connaît point de lois. £n quelque haut dessein que ton esprit s'égare , Tes jours sont à leur fin, ta chute se prépare : Regardez-moi pour la dernière fois.
C'est assez que cinq ans ton audace effrontée , Sur des ailes de cire aux étoiles montée ,
Princes et rois ait osé défier :
La fortune t'appelle au rang de ses victimes ; Et le ciel , accusé de supporter tes crimes ' , Est résolu de se justifier.