‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 19 sur 124 · A M. LE PREMIER PRÉS.IDENT I>E VERDUN · texte numérisé non relu

A M. LE PREMIER PRÉS.IDENT I>E VERDUN

poar le consoler de la mort de sa première femme '.

Sacré ministre de Thémis ,

Verdun , en qui le ciel a mis

Une sagesse non commune , Sera-ce pour jamais que ton cœur abattu

Laissera sous une infortune , Au mépris de ta gloire, accabler ta vertu ?

Toi de qui les avis prudents En toute sorte d'accidents Sont loués même de l'envie ,

' Malherbe fat près de trois ans à composer ces stances , et quand il les publia, Bf. de Verdun était remarié en secondes noces; ce qui leur fit perdre beaucoup de leur grAce. (Ragan. )

Perdras- tu la raison jusqu'à te figurer

Que les morts revienuent en vie , Et qu'on leur rende Pâme à force de pleurer ?

Tel qu'au soir on voit le soleil

Se jeter aux bras du sommeil ,

Tel au matin il sort de l'onde.

Les affaires de l'homme ont un autre destin :

Après qu'il est parti du monde , La nuit qui lui survient n'a jamais de matin.

Jupiter, ami des mortels ' ,

Ne rejette de ses autels

Ni requêtes ni sacrifices :

Il reçoit en ses bras ceux qu'il a menacés;

Et qui s'est nettoyé de vices INe lui fait point de vœux qui ne soient exaucés.

Neptune , en la fureur des flots ,

Invoqué par les matelot3 ,

Remet l'espoir en leurs courages ; Et ce pouvoir si grand dont il est renommé

N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réelamé.

Pluton est seul entre les d ieux

Dénué d'oreilles et d'yeux

A quiconque le sollicite :

Il dévore sa proie aussitôt qu'il la prend ;

Et , quoi qu'on lise d'Hippolyte , Ce qu'une fois il tient , jamais il ne le rend.

S'il était vrai que la pitié De voir un excès d'amitié

' Tout ce passage est pris de Ronsard, liv. v, od. 4; et cependant Malherbe estimait si peu ce poète, qu'il avait effacé toutes ses poésies d'un bout à l'autre. Je me souviens d'avoir oui dire à Gombaud que , quand Malherbe Usait ses vers à ses amis , et iqu'il rencontrait quelque chose de dur ou d'impropre , il s'arrêtait tout court, et leur disait ensuite : Ici je ronsarduais. (MÉN.)

Lui fit faire ce qa^on désire , Qui devait le fléchir avec plus de couleur

Que ce fameux joueur de lyre Qui fut jusqu^aux enfers lui moutrer sa douleur?

Cependant il eut beau chanter,

Beau crier, presser et flatter,

Il s'en revint sans Eurydice ; Et la vaine faveur dont il fut obligé

Fut une si noire malice.

Qu'un absolu refus l'aurait moins affligé.

Mais quand tu pourrais obtenir Que la mort laissât revenir Celle dont tu pleures Tabsence, La voudrais-tu remettre en un siècle effronté Qui , plein d'une extrême licence ,

Ne ferait que troubler son extrême bonté?

Que voyons- nous que des Titans

De bras et de jambes luttants

Contre les pouvoirs légitimes ■ ?

Infômes rejetons de ces audacieux

Qdi , dédaignant les petits crimes , Pour en faire un illustre attaquèrent les cieux.

Quelle horreur de flamme et de fer

N'est éparse, comme en enfer,

Aux plus beaux lieux de cet empire ?

Et les moins travaillés des injures du sort

Peuvent-ils pas justement dire Qu'un homme dans la tombe est un navire au port ?

Crois-moi, tondeuîl a trop duré.

Tes plaintes ont trop murmuré ;

Chasse l'ennui qui te possède ,

Sans t'irriter en vain contre une adversité

« * La Fraoce était alors troablée par les huguenots.

Que tu sais bien qui n'a remède Autre que d'obéir à la nécessité.

Rends à ton âme le repos Qu'elle s'ôte mal à propos Jusqu'à te dégoûter de vivre;

£t si tu n'as l'amour que chacun a pour soi , Aime ton prince , et le délivre

Du regret qu'il aura s'il est privé de toi.

Quelque jour ce jeune lion

Choquera la rébellion ,

En sorte qu'il en sera maître :

Mais quiconque voit clair ne connatt-il pas bien

Que, pour l'empêcher de renaître , Il faut que ton labeur accompagne le sien?

La Justice , le glaive en main , Est un pouvoir autre qu'humain Contre les révoltes civiles :

Elle seule fait l'ordre ; et les sceptres des rois N'ont que des pompes inutiles ,

S'ils ne sont appuyés de la force des lois.

pour M. le comte de Soissons, à qui Ton faisait espérer qu'il épouse rait madame Henriette-Marie de France, depuis reine d'Angleterre.

Ne délibérons plus, allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort,

Et l'honneur m'y convie :

Je n'ai que trop gémi.

Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie, * Je suis mon ennemi.

O beaux yeux , beaux objets de gloire et de grandeur. Vive source de flamme où j'ai pris une ardeur

Qui toute autre surmonte , Puis-je soufMr assez Pour expier le crime et réparer la honte De vous avoir laissés ?

Quelqu*un dira pour moi que je fais mon devoir. Et que les volontés d'un absolu pouvoir

Sont de justes contraintes :

Mais à quelle autre loi Doit un parfait amant des respects et des craintes ,

Qu'à celle de sa foi?

Quand le ciel offrirait à mes jeunes désirs Les plus rares trésors et les plus grands plaisirs

Dont sa richesse abonde.

Que saurais-je espérer A quoi votre présence , ô merveille d u monde ,

Ne soit à préférer?

On parle de l'enfer, et des maux étemels Baillés en châtiment à ces grands criminels

Dont les fables sont pleines :

Mais ce qu'ils souffrent tous , Le souffré-je pas seul en la moindre des peines

D'être éloigné de vous ?

J'ai beau par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour

Quelques restes de larmes;

Misérable qu'il est!

Contenter sa douleur et lui donner des armes ,

C'est tout ce. qui lui plaît.

Non , non; laissons-nous vaincre après tant de combats; Allons épouvanter les ombres de là-bas

De mon visage blême ;

Et , sans nous consoler, Mettons fin à des jours que la Parque elle-même

A pitié de filer.

Je connais Charigène , et n'ose désirer Qu'ejle ait un sentiment qui la fasse pleurer

Dessus ma sépulture;

Mais^ cela m'arrivant, Quelle serait ma gloire ! et pour quelle aventure

Voudraisje être vivant?

FRAGMENT

N'ayez jamais impression Que d'une seule passion , A quoi que l'espoir vous convie.

Bien aimer soit votre vrai bien ; Et, bien aimés ^ n'estimez rien Si doux qu'une si douce vie.

Quoi donc ! ma lâcheté sera si criminelle ; Et les vœux que j'ai faits pourront si peu sur moi , Que je quitte ma dame , et démente la foi Dont je lui promettais une amour éternelle ?

Que ferons-nous , mon cœur.' Avec quelle science Vaincrons-nous les malheurs qui nous sont préparés? Courrons-nous le hasard comme désespérés? Ou nous résoudrons-nous à prendre patience?

Non , non ; quelques assauts que me donne l'envie , Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir, Je ne céderai point , que du même pouvoir Dont on m'ôte ma dame on ne m'ôte la vie.

Mais où va ma fureur ? quelle erreur me transporte , De vouloir en géant aux astres commander?

Ai-je perdu l'esprit, de me persuader Que la nécessité ne soit pas la plus forte?

Achille , à qui la Grèce a donné cette marque D'avoir eu le courage aussi haut que les cieux , Fut en la même peine , et ne put faire mieux Que soupirer neuf ans dans le fond d'une barque.

Je veux , du même esprit que ce miracle d'armes ,

Chercher en quelque part un séjour écarté

Où ma douleur et moi soyons en liberté,

Sans que rien qui m'approche interrompe mes larmes.

Bien sera-ce h jamais renoncer à la joie D'être sans la beauté dont Tobjet m'est si doux : Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux Avecque le penser mon âme ne la voie?

Le temps qui toujours vole , et sous qui tout succombe, Fléchira cependant l'injustice du sort , Ou d'un pas insensible avancera la mort Qui bornera ma peine au repos de la tombe.

La fortune en tous lieux à l'homme est dangereuse ; Quelque chemin qu'il tienne, il trouve des combats : Mais, des conditions où l'on vit ici-bas , Certes celle d'aimer est la plus malheureuse.

PARAPHRASE D*tJNE PARTIE DU PSADHE CXLY.

N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ; Sa lumière est un verre , et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer » .

' Ces qaatre stances valent mieux que tout ce que Malherbe a jamais fait, et prouvent qu'on travaille plus lieureusement sur de beaux sujets que sur des niaiseries. (Lancelot.)

' Malherbe aime fort ces omissions de pronoms possessifs. Ainsi il dit glisser pour se glisser; plaindre pour se plaindre ; évanouir pour s\va-

Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre : C'est Dieu qui nous fait vivre , C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies ,

Nous passons près des rois tout le temps de nos vies

A souffrir des mépris et ployer les genoux :

Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont , comme nous sommes ,

Véritablement hommes ,

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit , ce n'est plus que poussière

Que cette majesté si pompeuse et si fière

Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers;

Et , dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines

Font encore les vaines ,

Ils sont mangés des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre , D'arbitres de la paix , de foudres de la guerre ; Comme ils n'ont plus de sceptre , ils n'ont plus de flatteurs ; Et tombent avec eux , d'une chute commune ,

Tous ceux que leur fortune

Faisait leurs serviteurs ».

SONNET

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